De la notion de solidarité sur l’accord UE-Mercosur
La signature de l’accord UE-Mercosur a été reportée pour les fêtes mais quelque chose sera-t-il changé d’ici là ? Au-delà peut-être du contenu et notamment du respect des normes européennes même avec un accord particulier, on peut aussi se demander si le changement ne viendra-t-il pas d’une lecture plus globale et d’une notion de solidarité qui manque souvent en inter secteur et intra-européen, notamment en guerre commerciale et en réaction intelligente, en dehors de celle contre la guerre militaire. Analysons quelques réalités et certaines solutions, si tant est qu’il faille en trouver.
Par François CHARLES
Economiste, Conseil en stratégie, management, affaires européennes, Président de l’Institut de Rechcrche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)
Pour mémoire, le Mercosur regroupe tous les pays d’Amérique du sud en dehors du Venezuela et des possessions étrangères françaises, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, soit 80% du PIB du sous-continent et 4e bloc économique de libre échange, un bon attrait pour l’UE qui cherche à prendre sa place sur certains marchés.
Pour mémoire, on peut rappeler que cet accord comporte d’une part un volet commercial, de la compétence exclusive de la Commission européenne, qui n’a donc besoin de personne pour le signer, sauf à imaginer que le Conseil des ministres puisse tout de même valider le contenu avant signature à la majorité qualifiée, et d’autre part un aspect partenariat stratégique sur différents aspects, généralement désormais tous les accords, comme par exemple l’éduction, le tourisme, la sécurité, les droits, où les Etats-membres doivent ici se prononcer. Et qui se souvient de l’ancien projet d’accord TAFTA avec les Etats-Unis ?
Le volet commercial ne traite pas que d’agriculture qui pourrait se retrouver déficitaire, mais aussi d’industrie automobile, de chimie, de secteur pharmaceutique, de textile et de services, qui eux devraient enregistrer des gains. Par ailleurs, au sein même de l’agriculture, seuls les secteurs bovin et sucriers seraient en peine.
La grogne bien légitime des agriculteurs des principaux pays de l’UE, dont la France qui récupère le plus grand budget européen de la PAC, réside surtout dans le risque de non respect des normes qu’un accord spécial ne peut excuser. Ceci signifie donc a priori que si ces normes sont respectées, ce qui est un élément essentiel, dirions nous même normal, et qui représente un coup initial pour le producteur et un coût administratif de contrôle, l’opposition tomberait, même si le bœuf français est en déficit alors que la filière ne s’en sort pas.
De la notion et solution de solidarité
Il serait bon de redécouvrir qu’au sein de l’agriculture, il existe plusieurs professions bien distinctes avec des exploitations de plus en plus grosses et que les agriculteurs en polyculture sont devenus rares. Les autorités devraient en profiter pour éviter de refaire le match, comme dit E. Macron et inciter à une certaine solidarité au sein même de la profession.
Il serait bon d’autre part d’écouter les professionnels bénéficiaires qui se taisent pour mieux comprendre leur gain et analyser également la balance et peut-être prévoir un système de compensation avec les déficitaires cités ci-avant. MEDEF et FNSEA qui se réunissent chaque mois avec d’autres syndicats pourraient sans doute nous en parler.
Ces dispositions devraient par ailleurs être organisées au niveau des institutions européennes avec pourquoi pas une ingénierie nouvelle au sein de la nouvelle PAC, qui a été une des premières et rares politiques européennes, et d’ailleurs en profiter pour relier le dossier des pêcheurs.
Il serait enfin opportun de réunir un Weimar, voire « plus » de l’agriculture entre les trois grands producteurs, en attendant sans doute l’Ukraine pour mieux peser mais avec intelligence face à l’industrie, créatrice de valeur, qui doit bien entendue être défendue.
Quant aux réalités juridiques du fonctionnement fédéral actuel de l’UE, peut-être seraient elles aussi à revoir, de façon permanente ou temporaire comme en Suisse ?
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