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Le blog philosophique de francois CHARLES
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LE SYNDROME DE LA PELOUSE

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #management


Paul voulait se faire construire une belle et charmante maison. Julie, elle, désirait également une maison mais pour disposer d’une belle pelouse, où elle pourrait voir gambader les enfants et faire pousser des fleurs. « Sinon, disait-elle, autant aller en appartement », en pensant très fort à son mari pour tondre cette pelouse, évidemment. Les voilà partis acheter un terrain. Visitant la région, ils tombèrent vite sur un joli village disposant d’un lotissement en pleine construction. « Voilà, ce qu’il nous faut, ne cherchons pas plus loin », conclurent-ils ensemble.

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

Sur ce, il fallut choisir la maison et la faire construire. Ils
optèrent pour une bâtisse de plein pied. Toutes les procédures
s’étaient bien déroulées et les travaux touchaient à leur fin
quand Julie décida de se rapprocher d’un jardinier, afin de lui
demander conseil sur son projet « à elle ».
Elle déchanta vite : tous les jardiniers déclinèrent le travail.


En plus d’une terre calcaire, la maison était construite sur un
terrain anciennement insalubre qui avait été remblayé. Rien ne
pousserait de façon durable. Et pas question de rajouter un
remblais supplémentaire de fait de l’architecture de la maison…
« Vivement que les travaux soient terminés pour revendre
cette maison », pensa Julie, en jurant qu’elle achèterait cette
fois-ci une maison… toute faite !


Enseignement


Si l’exemple du Stade de France, construit sur un site où résidait
un risque hydrographique et polluant important, peut paraître
loin de vos préoccupations, la construction de votre maison le

sera probablement beaucoup moins. Même si l’installation de
la pelouse apparaît à t + 10, le jardinier n’a-t-il pas son mot à
dire à t0, dès le choix sur plan ou sur site ? À moins, bien sûr,
que vous le fassiez en connaissance de cause. Prenons d’autres
exemples.


La maintenance logistique et assistance doivent s’analyser
lors de l’achat d’un appareil. Même si vous l’achetez parce qu’il
est beau et pratique, vous désirez avant tout qu’il fonctionne.
En conséquence, n’attendez pas la panne pour analyser le
service qui vous assurera sa disponibilité.


Lors d’un rapprochement d’entreprise, la présence des
financiers dans l’équipe d’ingénierie de départ permettra
certainement d’aider à une meilleure prise de relais lorsqu’ils
devront intervenir, et à un meilleur cadrage des actions pendant
la phase de recherche.


Travailler en vision globale et en ingénierie concourante est
donc précieux pour optimiser ses efforts, son temps et son
argent, en anticipant l’organisation pas à pas des tâches à réaliser.
La présence, trop rare, d’un coordinateur travaillant en
vision globale bonifie généralement toute réalisation de projet.


LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
54

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l'heure de la séduction

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #politique

 

déjà en 1988, Charles PASQUA avait un certain regard sur les éléecteurs du Front National. Cela s'est traduit par le plus grand score de la gauche au deuxième tour...

 

même si je disais que le Nouveau Centre avait le droit d'exister et que l'invitation avait été faite trop tôt, le FN est un vrai risque dans une segmpentation différente   . C'est pourquoi cette "main tendue" est peut être dans ce cas un peu tardive !

 

depuis 1998, je dis que le FN est démocratique et républicain car autorisé. De plus, il n'est pas classé dans l'extrême droite

 

d'un point de vue psychologique, une marginalisation n'est jamais bonne et développe un risque

 

la recréation d'un parti très ancré à droite assurant un pont entre l'UMP et le FN peut être judicieux

 

quant aux électeurs FN, je leur rappelle une de mes fables...

 

L’APPARTEMENT TÉMOIN
Une cigogne avait décidé de choisir une nouvelle cheminée lors
de sa prochaine migration. Sans tarder, elle fit alors passer le
mot auprès de ses congénères.
Le maire d’une petite ville vint alors la trouver.
— Dame cigogne, le bruit court que vous cherchez meilleur
abri pour votre prochaine migration. Permettez-moi de vous
présenter ma ville : il y fait bon vivre, vous y serez en sécurité
et au calme. Je vous logerai au-dessus de la plus belle maison,
dotée de la plus belle cheminée. Un abri protégera votre nid de
la pluie ou des prédateurs, vous serez élevée au rang de
résidente d’honneur, ainsi que votre famille. Vous serez de
toutes les discussions quant à l’avenir de la ville et ma porte
vous sera toujours ouverte.
Et le maire de lui montrer nombre de photos paradisiaques
de l’endroit.
La cigogne, surprise, lui répondit :
— Cher Monsieur, votre geste me touche. Pourquoi ne m’a-ton
pas parlé de cet endroit plus tôt ? J’accepte.
Le moment venu, la cigogne arriva sur les lieux, enchantée
par avance de pouvoir profiter des bienfaits annoncés.
Elle se présenta à la mairie. Le maire étant absent, un
responsable du tourisme la reçut bien volontiers.
— Bonjour, dame cigogne, vous êtes la bienvenue, avez-vous
fait bon voyage ? Je vous ai apporté ce contrat que vous voudrez
bien signer.
— Un contrat ? Quel contrat ? questionna la cigogne. Le maire
ne m’a rien dit de tel.
FABLES ET TABLEAUX CHOISIS
49
Les fablaiux du managent•MEPok 10/06/03 17:14 Page 49
— Hum, ne vous en faites pas, ce ne sont que quelques
formalités pour les nouveaux arrivants. Tenez, voici le plan de
la ville avec votre emplacement.
— Mon emplacement ? Ma résidence, voulez-vous dire ? Avezvous
un guide du nouvel arrivant justement ?
— Oui, oui, excusez-moi pour ces termes malencontreux. Le
maire ne m’a pas prévenu de ce cas particulier, mais tout n’est
qu’une question de vocabulaire, répondit le conseiller qui
n’osait plus en rajouter. Par ailleurs, nous n’avons pas ce dont
vous me parlez, mais j’ai la liste des personnes à contacter pour
la maison si vous le souhaitez. Bonne installation !
Après avoir trouvé difficilement l’adresse, la cigogne
découvrit une immense maison, très ancienne, au milieu d’un
parc en friches.
Elle retourna aussitôt à la mairie.
— Ne vous êtes-vous pas trompé d’adresse ? Quand pourraisje
voir le maire ? demanda-t-elle.
— Oh, vous savez, il est très pris, peu de gens le voient
réellement ou travaillent avec lui. Il est souvent en voyage.
La cigogne se dit alors qu’elle n’avait peut-être pas tout
compris et commença les travaux d’aménagement et d’embellissement
de sa nouvelle demeure.
Les semaines passèrent. Elle réussit néanmoins à voir le
maire pour converser et boire le thé, mais non pour travailler
sérieusement. Trop polie, elle n’osa pas l’interpeller, et lui dit
presque qu’elle était satisfaite de son sort.
Elle décida un jour de découvrir la ville et tomba sur un
couple d’aigles perché en haut d’une tour.
— Que faites-vous donc à cet endroit ?
— Nous pourrions te poser la même question, lui répondirentils.
Nous supposons que tu t’es également fait séduire par
l’appartement témoin ! Notre présence attire les touristes, le
lieu d’habitation n’est qu’un leurre. As-tu lu les petites lignes
du contrat et les prestations que tu dois effectuer ? As-tu vérifié
qui était véritablement le maire ? As-tu demandé à rencontrer
un autre responsable de la mairie ? As-tu fait les mêmes erreurs
que nous ?
LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
50
Les fablaiux du managent•MEPok 10/06/03 17:14 Page 50
Enseignement
Qu’il s’agisse d’une relation client ou de la recherche d’un
nouveau poste, vérifiez ce que l’on vous dit avant de vous
engager.
En effet, vous qui désirez intégrer une entreprise, y allezvous
« en toute confiance », quel que soit le travail à accomplir,
les gens à côtoyer et les bureaux derrière lesquels vous allez vous
installer, ou alors, sans forcément rechercher une ambiance
feng-shui1, y cherchez-vous un lieu d’épanouissement ?
Mais peut-être n’êtes-vous pas sensible à ces préoccupations.
Ne nous voilons pas la face. Si vous vous accommodez de tout,
cette attitude ne sera certainement que provisoire et ne peut
s’inscrire dans la durée, avec toutes les dérives que cela peut
engendrer pour le salarié comme pour l’employeur.
Prenez le temps de bâtir sur de bonnes bases. Cherchez à
connaître le véritable fonctionnement de l’entreprise, avec qui
vous allez réellement travailler. Demandez à rencontrer vos
supérieurs et vos collègues pour confronter les discours. Exigez
que l’on vous ouvre les dossiers, demandez à visiter les
installations – en un mot, à découvrir votre environnement.
Existe-t-il un guide d’organisation ? Quels sont les groupes
de travail ? Existe-t-il un livret d’accueil ? Quelle va être votre
rémunération globale, vos couvertures sociales comprises ?
Êtes-vous prêt à poser les questions embarrassantes ou à
accepter de signer à la seule vue de l’appartement témoin,
quitte à découvrir ensuite qu’il ne correspond pas à la réalité
de votre poste ou de votre fonction ? Mais peut-être l’avez-vous
déjà fait ?
Attention aux entretiens de recrutement, aux intermédiaires
qui ne vous présentent que les avantages sans vous exposer les
pièges, simplement par manque de professionnalisme.
Ces réflexions s’adressent bien sûr aux managers, voire aux
conseils, qui ont envie d’optimiser leur recrutement. La
FABLES ET TABLEAUX CHOISIS
5 1
1 Art asiatique de décoration intérieure de type zen.
Les fablaiux du managent•MEPok 10/06/03 17:14 Page 51
numérologie, la graphologie, les tests psychotechniques, et j’en
oublie, sont des outils qui peuvent aider à déceler ou à
confirmer certains aspects, mais travailler en approche et en
vision globale doit être le cadre fondamental de départ.
LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
52

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LES BÛCHERONS ET LE VOYAGEUR

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #stratégie


Comme tous les ans à la même époque, les bûcherons d’un
riche village gaulois se rassemblèrent pour les coupes annuelles.
Au bout d’un mois de dur labeur, ils se demandèrent,
remplis d’entrain, s’il n’était pas opportun de couper d’autres
stères pour les stocker ou pour les vendre aux villages voisins.
Les discussions allaient bon train.
Une semaine passa avec sa vie quotidienne, son marché, ses
rumeurs. Puis le village reçut la visite d’un voyageur, diplômé
disait-il de l’Institut romain de climatologie et de ressources
naturelles, qui leur tint ces propos :
— Les études sont formelles, les hivers prochains seront très
brefs, peu rigoureux et le cours du bois va chuter. Rien ne sert
de couper, ni de stocker, ni de vendre, hormis bien sûr les stocks
déjà constitués, mais rapidement si vous souhaitez en tirer
quelque profit.

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

Sur ces mots, les bûcherons remercièrent vivement le sage
de leur avoir permis d’éviter une erreur magistrale, et de leur
avoir prodigué un conseil commercial si avisé. Le voyageur fut
l’invité du village pendant une semaine.


Les bûcherons s’exécutèrent et vendirent leur bois avec une
grande facilité, à croire qu’ils étaient doués pour le commerce.
L’automne toucha à sa fin, l’hiver arriva. Les réserves de
bois se réduisaient mais les habitants étaient confiants : l’hiver
serait court, se rappelaient-ils. Mais l’hiver s’installa. Un hiver
comme on n’en avait rarement connu. La situation devenait
critique.


Le chef du village alla trouver le druide de la région en haut
de la colline sacrée. Il le trouva autour d’un grand feu et muni
d’une réserve de bois conséquente. Il lui expliqua la situation
et lui demanda :
— Dis-moi, ô sage entre les sages, l’hiver sera-t-il rude cette
année ?


Notre druide répondit :
— L’hiver s’annonce rude, surtout pour les superficiels, les
imprévoyants, les candides et les fanfarons.
Puis d’ajouter :
— Je connais vos projets d’alliance avec vos voisins et la
compensation que vous leur demandez. Un des chefs du village
en question est venu me trouver cet été pour me demander
conseil. Je lui ai simplement recommandé de prendre son
temps, de mûrir l’approche, de se renseigner davantage et de
saisir sa chance en profitant des cycles et des opportunités qui
pourraient se présenter. Je crois savoir que le voyageur n’était
autre qu’un espion à sa solde. Comment pouvez-vous
consolider un tel historique et une telle richesse, et faire
confiance au premier venu ? Désormais vous n’avez plus qu’à
coopérer en essayant de payer votre bois de façon raisonnable.
Je vous servirai d’intermédiaire si vous le souhaitez, afin de
maintenir un esprit de partenariat et non de fusion-acquisition1,
avec la perte d’identité de l’un au profit de l’autre.


Et de conclure :
— N’hésitez pas à m’en apporter quelques stères en pénitence.
Enseignement
Personne n’est à l’abri de l’espionnage2 et de la manipulation.
Vérifiez l’indépendance des conseils. Assurez-vous que votre
interlocuteur n’est pas marié à votre concurrent. Vos personnels
sont-ils formés aux notions d’intelligence économique et de
protection du secret ? Savent-ils réagir face à un prédateur ?
Savez-vous que personne n’en est à l’abri et que l’espionnage
ne concerne pas que les groupe internationaux ?

Les bûcherons n’auraient-ils pas dû consulter le druide ?
Celui-ci ne les a-t-il pas laissés face à leurs responsabilités ?
Et vous, comment êtes-vous organisé ? Combien de stères
allez-vous vendre… avant de devoir les racheter ?

 


1 Imaginons que, déjà à l’époque, on employait ce type de concept…
2 L’espionnage industriel est plus connu sous le nom d’intelligence économique.

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LE SURFEUR ET LES REQUINS

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #stratégie


Un jour, un surfeur découvrit une superbe plage avec des
vagues « à en manger sa planche ». Il revint un moment où les
conditions étaient optimales, se prépara, mit sa combinaison et
s’approcha du rivage.


Soudain, il vit un panneau mettant en garde contre la
présence de requins. Courageux mais pas téméraire, il rebroussa
vite chemin et alla chercher conseil auprès des habitants du
village voisin.

 

tiré des Fabliaux du Management par françois CHARLES

 

Un homme lui répondit :
— C’est vrai, il y a des accidents, mais une étude1 a démontré
qu’il n’y avait quasiment pas d’attaque entre douze et quatorze
heures. Tentez votre chance !
Réconforté de ne pas avoir fait le trajet pour simplement
contempler la plage, notre surfeur prit son mal en patience et
attendit midi. Pas totalement rassuré, il cria au requin qui voudrait bien l’entendre :
— Ô toi, beau poisson si féroce, est-il vrai que tu laisses le gentil surfeur en paix à la pause de midi ? pourrais-je évoluer en sécurité ?
Entendant ces mots, un vieux requin se rapprocha de la
plage et lui répondit :
— Pas de doute, si les villageois te l’ont dit !
Voici notre homme réconforté. Midi arrivant, il prit sa
planche et s’aventura dans l’eau. Les vagues étaient encore plus
belles que celles du matin. Il s’adonna à son sport favoripendant de belles minutes quand deux requins l’attaquèrent
soudainement, croquèrent (effectivement) sa planche, et luimême
en passant.

1 Si l’histoire est inventée, l’étude est vraie !

Enseignement


Vérifiez toujours ce que l’on vous dit. Sachez poser les bonnes
questions. Voir n’est pas comprendre, et il est facile de se
tromper de question ou de ne pas essayer d’en comprendre
mieux la réponse que l’on vous donne. N’est-ce pas uniquement
celle que vous attendiez ? L’erreur risque alors de vous
être fatale.


Revenons à notre histoire. Pourquoi le requin attaque-t-il
l’homme ? De nombreux chercheurs se sont penchés sur la
question. Le surfeur et sa planche ressemblent, semble-t-il, à
d’autres animaux marins. La côte hawaïenne est connue pour
la présence de ses surfeurs comme de ses requins, ces derniers
mettant en danger la vie des premiers. Après l’analyse de
multiples scénarios, un scientifique a conclu qu’un surfeur
muni d’une planche zébrée noir et blanc courait moins de
dangers. L’explication de cette apparence protectrice n’a pas
encore été découverte. Mais analysons les faits plus en amont.
Notre scientifique trouva une étude signifiant que d’après les
statistiques, il y avait moins d’attaques entre douze et quatorze
heures, et qu’il était donc plus prudent de se baigner dans ce
créneau horaire. L’auditeur avait fait un travail objectif. Une
approche plus globale aurait pu lui permettre de situer cette
conclusion dans son environnement. Une étude ultérieure a
heureusement montré qu’évidemment, la baisse du nombre
d’attaques était en réalité due au fait que les baigneurs
déjeunent à cette heure-ci et que l’attitude des requins n’a rien
à voir là dedans !


Ce constat édifiant peut très certainement être retrouvé dans
bon nombre de rapports et d’analyses où l’on s’aperçoit après
coup, soit que l’étude était trop parcellaire et non ramenée dans
un environnement global, soit que l’on s’était trompé de
question ou de cible.

J’ai trouvé une histoire identique à propos d’un tracé
d’autoroute : partant du constat statistique que le trafic existant
sur le tracé A était plus dense, il avait été décidé de construire
une autoroute sur ce même tracé. Avait-t-on pensé à d’autres
solutions ? L’autoroute apportant un flux d’origine plus
lointaine avec des objectifs certainement différents, ne fallaitil
pas peut-être étudier un tracé B jusqu’alors peu fréquenté,
car ne répondant pas forcément aux contraintes locales ? Seule
une vision globale peut remédier à ce type de problème.
Et vous, avez-vous le sentiment que les bonnes questions
sont posées dans l’entreprise ?


FABLES ET TABLEAUX CHOISIS
45

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LA FOURMI ET LA LIBELLULE

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #management


Un jour, une libellule lança un défi à une fourmi.
— Si tu parviens la première de l’autre côté de la rivière, ma
soeur ou moi te porterons, toi et tes amies, dans les airs tout le
restant de notre vie.
La libellule savait bien que ce défi était impossible à tenir,
étant donné le courant, la profondeur du lit de la rivière et la
présence du brochet habitant les lieux. A priori, une victoire de
la fourmi était inconcevable.

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

La fourmi réfléchit. Elle accepta :
— D’accord, mais je donnerai le départ.
Elle se rendit dans sa colonie et expliqua à chacune de ses
congénères quel énorme avantage elles obtiendraient en cas de
victoire : que de temps gagné à être transportée, pour les loisirs,
et que d’efficacité accrue dans la prospection de nourriture dans
des contrées plus lointaines. Toutes les fourmis acceptèrent et
se dirigèrent vers la rivière. Une fois arrivée, notre fourmi se
détacha, parcourut une certaine distance et appela la libellule :
— Je suis prête. Que la meilleure gagne !


La libellule répondit qu’elle n’était pas pressée.
Soudain, toutes les fourmis se rassemblèrent et s’accrochèrent
entre elles pour former une énorme pelote1, qui roula vers la
rivière et flotta en tournant sur elle-même pour éviter toute
immersion trop prolongée.
La pelote avançait vite et avait déjà parcouru la moitié de la
distance. La libellule et sa soeur voyant cela se précipitèrent au-
1 C’est la technique employée par les fourmis amazoniennes.

dessus de l’eau et, curieuses, tournèrent, autour de cet énorme
radeau de fortune, sans se soucier du danger.
Alerté par ce manège, le brochet arriva sur les lieux. Se
méfiant de cette boule inconnue, il se précipita par contre avec
plaisir sur une des libellules, qu’il attrapa d’un saut agile.
Arrivées de l’autre côté de la rivière, les fourmis purent
profiter une par une des services de la seconde libellule pour
revenir chez elles et, ensuite, comme promis, pour leurs besoins
quotidiens.


Enseignement


Rien n’est impossible. L’union fait la force et peut dans bien des
cas créer une dynamique nouvelle pour résoudre les problèmes.
Une fourmi ne peut a priori traverser une rivière sans utiliser
un pont, un élément naturel ou artificiel. On voit ici que leur
esprit de groupe les entraîne à s’unir pour répondre au défi.
Une seule fourmi est emportée mais des milliers forment un
bloc plus lourd et contrôlable. Elles ont chacune leur spécificité,
mais c’est le groupe qui parvient à trouver la solution.
Dans un orchestre, un instrument peut jouer seul. Plusieurs
instruments rassemblés et donnant des sonorités différentes et
complémentaires joueront en harmonie sans exécuter exactement
la même partition. Comprendre le fonctionnement d’un
orchestre est une des méthodes d’écoute en management de
groupe.


Dans une équipe de foot, un seul joueur peut marquer mais
l’exercice est souvent plus facile à plusieurs, en conjuguant les
actions. De la même façon, même si le roseau plie et ne se
rompt pas, il reste fragile. Par contre, dix roseaux assemblés
peuvent servir d’arme.


Enfin, que ce soit sur mer ou sur terre, l’utilisation de la
multitude pour troubler les prédateurs est chose courante : plus
une foule est nombreuse, plus les risques sont réduits. On
pourra se souvenir des figures de réactivité des petits poissons
ou des martinets face à l’attaque du prédateur, image utilisée
par un grand cabinet d’ingénierie.


LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
42

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LE GRAND FOYAKA ET LE MANAGER

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #management


Un jour, le grand Foyaka, apparatchik diplômé, convoqua ses
disciples et ses serviteurs, et leur dit :
— Le roi vient de décider que sa demeure avait besoin d’un
nouveau système d’éclairage avant la prochaine lune.
Puis s’adressant à son bras droit :
— Toi, ô manager suprême, prends une équipe et charge-toi
du bâtiment au fond de la propriété au milieu de la forêt. Je
prends pour ma part les appartements principaux.
Et tout le monde de se mettre à l’oeuvre. Les jours passaient,
l’échéance se rapprochait. Les deux équipes travaillaient
d’arrache-pied. Puis la lune apparut. Le roi arriva.

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

Il fut reçu par le grand Foyaka, qui lui fit aussitôt visiter les
appartements royaux et lui montra que les travaux réalisés par
ses serviteurs et ouvriers étaient terminés et conformes. Il fit
part néanmoins de toutes les prouesses que cela avait exigées.
Le roi le remercia, demeura deux jours dans ses appartements,
puis, à l’aube du troisième, alla se promener dans la forêt avec
son épouse.


Le soir approchant, il se rappela qu’il possédait une maison
au milieu des bois et en prit le chemin. Il distingua soudain une
lueur agréable se dégageant derrière une butte et comprit qu’ils
étaient arrivés. Le manager suprême, averti par ses collaborateurs,
accueillit le couple avec humilité et leur laissa découvrir
le lieu à leur convenance.


Les jours passèrent. Le grand Foyaka s’inquiétait de
l’absence du roi quand, soudain, un messager vint le trouver :
— J’apporte un message de son altesse : ses appartements sont
transférés dans l’autre demeure où seront également reçus les
amis et visiteurs de marque. Prenez vos dispositions. Vous êtes
nommé dorénavant le grand Yavaika.


Sur ces mots, ce dernier courut interroger un membre de
l’équipe du manager suprême :
— Qu’a donc fait ton maître pour transformer le roi ?
— Le manager nous a simplement dit : imaginez-vous en train
de bâtir un château des Mille et Une Nuits.


Enseignement


Donner envie est meilleur qu’imposer. Savoir motiver une
équipe, c’est prouver que l’on peut aller ensemble dans une
même direction avec des objectifs compris et validés par tous.
Encore une fois, tout n’est souvent qu’une affaire de
communication. Par exemple, au lieu de travailler dans l’objectif
d’une certification, sensibilisez vos équipes sur la vision de
l’enjeu à construire à plus long terme. L’obtention de la norme
ne sera plus un but, mais une étape. En allant au-delà de la
norme, votre travail pourra même être pris pour exemple afin,
peut-être, de faire avancer la réglementation.
Si vous agissez en tant que conseil, vous aurez davantage
de mérite et de reconnaissance en avertissant le client que,
par éthique, vous ne travaillez que dans une optique de
construction et non uniquement pour lui faire obtenir un
certificat. Face à son client, l’entreprise pourra tenir le même
langage.


Sans forcément parler de norme, la mise en place d’un
système d’information quel qu’il soit peut tourner au cauchemar
si vous n’informez, ne motivez ni ne sensibilisez les
personnels sur le besoin réel qui justifie ces travaux, qui doivent
être « leurs » travaux.


Il est généralement plus porteur d’afficher : « Notre objectif
est de… et pour cela il convient de… », que de simplement
annoncer que « nous devons parvenir à mettre en place ceci
pour le bien de l’entreprise ».


Bon nombre de managers se demandent souvent pourquoi
certains collaborateurs disent que « désormais, ce n’est plus leur
affaire ». Ne devraient-ils pas chercher à analyser la source de
cette perte de motivation plutôt que se borner à appliquer les
procédures coûte que coûte ?


Cherchez le contact, fondez-vous dans la masse de vos
salariés, allez prendre le pouls de l’équipe, ne vous contentez
pas des remontées d’information. Faites des exercices d’échange
de rôles.


Allez vous rendre compte par vous-même de l’impact de vos
ordres directs ou indirects, de l’état d’esprit et de la façon dont
on parle de vous. Confrontez-vous à ceux qui ne pensent pas
comme vous. Cherchez à savoir pourquoi certains développent
une résistance contagieuse, souvent due simplement à un rejet
de l’imposition par rapport à un besoin d’intégration. Le tout
pour assurer la nécessaire stabilisation de la base.
Alors, chez vous et autour de vous, qui sont donc les
managers et le Foyaka ?

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L’ARBRE ET LA MONDIALISATION

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #stratégie


Un jour, un capitaine d’industrie rend visite à l’arbre le plus
majestueux de la grande forêt du monde, et lui tient ces propos :
— Messire arbre, il y a vingt ans j’ai créé une petite entreprise.
Trois ans plus tard, nous étions vint-cinq avec trois produits.
Au bout de cinq ans nous étions cinq cents avec cinq produits
sur trois pays. Passés dix ans, nous étions mille avec dix produits
sur dix pays. Au bout de quinze ans, nous étions dix mille avec
vingt produits sur quinze pays. L’an dernier j’ai fait le point :
nous sommes vingt mille avec vingt-cinq produits sur vingt
pays. Nous avons racheté la moitié de nos concurrents connus.
Aujourd’hui, je me pose une question – votre sagesse ne pourra
que m’éclairer : j’ai le sentiment de ne pas être à l’abri et j’ai
peur de ne pas apercevoir à temps le début du précipice.
Jusqu’où continuer ?

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

L’arbre vénérable regarde l’homme :
— Tout d’abord merci de me consulter. Plus personne ne vient
me voir, ne me regarde ni me prête attention ces temps-ci,
comme si on avait pris l’habitude de ma présence ou comme si…
Tu me vois aujourd’hui en majesté. Pourtant, tout ne fut pas
facile. La loi de la jungle est applicable aussi aux arbres et aux
végétaux. Au départ, il y a bien longtemps, était un terrain en
friche, avec des buissons, des épines, de l’herbe, le tout enchevêtré.
Peu à peu, des graines enfouies depuis un certain temps,
apportées par le vent, les oiseaux ou un marcheur, donnèrent de
jeunes pousses. Vigoureuses, elles prirent bientôt le dessus. J’en
faisais partie. Ayant besoin de nourriture, nous prîmes celle de
nos voisins, qui moururent un à un. Nous poussâmes encore et
les broussailles affamées disparurent. Vint alors le temps de la
lutte entre les plus forts. Sur dix arbustes n’en subsistèrent que
cinq, puis trois, puis un seul dans un rayon de vingt-cinq mètres :
moi, qui suis bien seul en définitive. Mes branches et mes feuilles
s’étendent au loin et ma cîme atteint plus de trente mètres. Le
soleil peut enfin de nouveau éclairer le sol de la forêt. J’aurais pu
me débrouiller seul pour combattre et survivre, mais l’homme
m’a aidé, je le reconnais. Il a lui-même éclairci la forêt au
moment de ma plus belle croissance et m’a épargné. Mais qui
donc t’a envoyé à moi ?


— Tout le monde parle de toi, répond l’homme
— Ah, je vois. En tout cas, cela ne vient pas jusqu’à moi. S’agitil
de ma magnificence ou des jours qu’il me reste à vivre ?
Regarde autour de moi. Que vois-tu ? Regarde bien, retournetoi.
Depuis trois ans des graines poussent près de moi. Elles
attendaient le soleil depuis une trentaine d’années. De jeunes
arbres vont bientôt montrer leur vigueur. Mes racines sont
désormais trop longues pour empêcher la croissance de ces
arbres… si proches. Un beau jour, ils me détrôneront. Je suis
monté si haut que je ne les ai pas vus. Il est maintenant trop
tard et j’ai l’impression que tout le monde désire ma mort à
présent. J’ai appris à être philosophe : tout n’est que cycle et il
faut passer la main. Je pense t’en avoir assez dit.


À la fin de cette conversation notre homme prend son
téléphone portable et contacte son secrétaire général :
— Réunion demain matin. Ordre du jour : vente des filiales
inutiles, recentrage sur les métiers et les clients prépondérants,
préparation de ma succession. Dites à mon assistante d’annuler
mes rendez-vous du mois prochain, de m’organiser un tour du
monde et d’appeler mon médecin pour faire un contrôle
complet.
Puis il appelle son épouse :
— Chérie, ce soir je dîne à la maison.
Il regarde l’arbre de nouveau :
— Merci, cela fait trop longtemps que j’attends ce message.
Quand je pense à tous mes collaborateurs et partenaires en qui
je pensais avoir confiance…
Il part, la larme à l’oeil mais soulagé.

Enseignement


Tout n’est que cycle, taille critique, survie. Tout le monde, toute
chose meurt un jour naturellement, accidentellement ou
de façon provoquée. Méfiez-vous des envies boulimiques.
Remettez-vous en cause et sensibilisez votre environnement
régulièrement. Montrez vos préoccupations : la chute sera
moins grande car la convoitise moins aiguë. La taille critique
de l’arbre l’a empêché de voir les jeunes pousses, donc la faille,
là où il ne s’y attendait pas. Il est seul désormais, à un moment
où il aurait vraiment besoin d’aide. L’éléphant, le plus gros
animal de la brousse, n’a pas d’ennemi, au moins en apparence.
Aussi imposant soit-il, verra-t-il la petite souris entrer dans sa
trompe et le rendre fou ?
Au cours des conférences en management stratégique, j’ai
pour habitude de projeter un arbre et de poser la question : « Si
je vous parle de mondialisation, que vous inspire un arbre dans
une forêt ? »


Certains ne voient rien ou ne voient plus rien quand
d’autres m’énoncent clairement la théorie des cycles. Or,
détrompez-vous, les plus loquaces ne sont pas forcément les
plus âgés et gradés. Certains font semblant de tout savoir mais
sont contents de profiter d’une question posée par un autre
pour prendre des notes ! Ils sont tout simplement déconnectés
de la réalité. Par eux-mêmes volontairement ou par leur
entourage, qui n’ose pas ou ne veut pas parler, voire par leur
assistante qui décourage toute tentative d’approche constructive
avec les collaborateurs ou certains clients, fournisseurs, prestataires
ou consultants.


Plus vous prenez de l’importance, plus vous on vous cache
de choses car de facto vous ne pouvez plus les voir. Ne négligez
pas les collaborateurs consciencieux qui osent franchir le cap
de votre assistante, qui sait pourtant manier le bâton même si
votre porte est ouverte. N’a-t-elle pas pris trop d’importance ?
Serait-elle devenue l’homme clé illégitime de l’entreprise ? Et
qu’en est-il de votre chef de cabinet ? N’est-il pas en train
s’accaparer la stratégie de l’entreprise ? Qu’en pensent vos
cadres ou collaborateurs ? Les wagons sont-ils toujours
accrochés à la locomotive ? Votre système d’information est-il
top down ? bottom-up ou bottom-up-down et transverse,
favorisant notamment le retour d’expérience ? Qui est le patron
chez vous ? Vos cadres viennent-ils toujours vous voir ? Pourquoi
vous envoie-t-on davantage de courriers électroniques, au
risque de déstabiliser l’ordre hiérarchique avec les impacts
directs ou indirects sur les hommes et les organisations ?
Le directeur local d’une grande banque me rétorqua un jour
que cette vision de l’arbre et de la mondialisation n’était pas
très terre à terre. Je lui ai répondu que le banquier devait au
contraire faire circuler ce type images compréhensibles par tous,
et ne pas uniquement parler d’argent.


Dure est la chute pour les entreprises qui n’ont pas su
analyser régulièrement leur santé et celle de leurs concurrents,
ou s’apercevoir des problèmes de taille critique. La faille
apparaît généralement le jour où elles ne s’y attendent pas.
Qui aurait pu se douter de la montée fulgurante du « germe »
Microsoft et de son fondateur, qui travaillait autrefois chez
IBM ? Combien de temps se souviendra-t-on de l’UAP « n°1
oblige » ou d’Arthur-Andersen, un des temples de l’audit,
disparu sans doute pour s’être trop reposé sur son image de
marque ?


Les crises disparaissent souvent par un simple élan de
volonté collective ou sont évitées par une conjonction d’éléments
qui, ensemble, créent une nouvelle dynamique.
L’euro est le ciment fondateur réel de l’Europe. Jean Monnet
disait à son époque que l’Europe se ferait avec sa monnaie ou
ne se ferait pas. Quarante années ont été nécessaires. La fenêtre
s’est ouverte juste à temps et suffisamment longtemps pour que
le mouvement créateur soit impulsé. Une année supplémentaire
aurait été suffisante pour repousser, voire interdire ce stade
de la construction. Souvenez-vous : la crise asiatique ne nous
effrayait pas, pas plus que celle qui sévissait aux États-Unis.
Quand les soubresauts ont atteint la Russie, l’Europe a
commencé à s’enrhumer. Mais le mécanisme était lancé, les
banques centrales ont mis tout leur poids pour équilibrer la
mise en oeuvre. Les taux d’intérêts ont même davantage baissé.
Aujourd’hui, l’euro fait face au dollar et gagne du terrain
comme valeur de référence dans certains pays ou pour certains
produits.


Par ailleurs, plus l’Europe gagne en force, plus les particularités
remontent et réapparaissent comme les langues, les
savoir-faire nouveaux ou les niches. Dans notre exemple de
l’arbre et de l’entreprise comme pour Microsoft, il s’agit bien
de particularité. Plus l’entreprise se croit en situation de
monopole, plus elle court le risque de faire germer des métiers
nouveaux. À elle de savoir les porter plutôt que de les subir.
Pour en terminer et vous inviter à nouveau à penser
autrement, je dirai volontiers qu’être anti-mondialisation, c’est
ne pas vouloir profiter de la mondialisation. Lors de mes
interventions sur l’euro, je commençais mes exposés en
répondant d’abord aux objections et en donnant une mission
à chaque auditeur, jeune ou vieux, pour mieux en faire
comprendre et accepter les enjeux : celle de devenir les
« ambassadeurs de l’euro ». Le chemin était tracé.


FABLES ET TABLEAUX CHOISIS
37

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LA THÉORIE DU PISSENLIT

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #management


Un jour, un jardinier croise un pissenlit.
— Monsieur le jardinier, je connais vos intentions, lui dit ce
dernier. Si l’on vous emploie, c’est bien sûr pour votre savoirfaire.
Écoutez cependant mes doléances : si le maître de maison
était passé, il m’aurait coupé et non déraciné comme vous vous
apprêtiez à le faire. Sans doute par manque de temps, voire par
ignorance. Il ne sait pas que pour se débarrasser de moi, il faut
m’arracher avec les racines. À quoi servirez-vous si vous n’aviez
plus à vous occuper de moi ? Laissez-moi pousser tout en me
surveillant. Je produirai de plus belle et vous donnerai l’occasion
de conquérir les égards de la voisine qui possède ces nombreux
lapins. Elle vous en offrira sûrement un aux étrennes.

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

À ces paroles pleines de promesses, le jardinier répond :
— Soit. Mais considère que tu n’es qu’en sursis et à l’essai.
Tout pissenlit que tu sois, ta place n’est normalement pas ici
dans le jardin, et du coup je risque la mienne.
Sur ces mots, le jardinier coupe le pissenlit.
Enseignement
Une action non effectuée ou effectuée différemment peut ne
pas être le fruit du hasard, s’il convient de faire réapparaître les
facteurs déclenchants. De même, la confiance n’exclut pas le
contrôle.
Cette fable est le fruit d’une conversation avec un haut
responsable industriel, qui se reconnaîtra sans doute et à qui je
rends hommage. Nous cherchions à illustrer certaines
méthodes de prise de décision après la découverte, souvent par
hasard, d’un dysfonctionnement.


FABLES ET TABLEAUX CHOISIS
3 1


Les fablaiux du managent•MEPok 10/06/03 17:14 Page 31
Par exemple, dans une entreprise possédant trois divisions
de fabrication, A, B et C, chacune correspondant à un centre
de profit et de coût, vous vous apercevez que la division A
réoriente peu à peu son activité sur les mêmes produits que la
division B. Que devez-vous faire ?
— Réponse a : vous convoquez tout de suite le directeur A (et
B pour l’en informer) et mettez un terme à cette aventure. Vous
arrachez le pissenlit.
— Réponse b : vous décidez profiter de la situation. Vous
demandez à A un rapport (vous coupez le pissenlit), vous
laissez faire en observant (et le laissez repousser en analysant
la situation) dans le but soit d’arrêter l’aventure A mais d’en
faire profiter B, soit de transférer le savoir-faire B sur A.
Imaginez un centre d’attraction possédant un bassin de
dauphins et un bassin d’orques. Certaines des figures sont
accomplies dans les deux bassins. Le spectateur risque d’être
déçu par le manque de diversité des numéros. Le manager
général en est-il conscient ? (Ce n’est pas forcément le cas.) Il
pourra en tout cas décider que certains exercices réalisés par les
dauphins le seront dorénavant par les orques, de façon plus
spectaculaire, sans pour autant discréditer le travail accompli
par l’équipe des dauphins.
Et vous ? Que faites-vous devant vos pissenlits ?


LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
32

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LE MAÇON ET LE VIEUX CRÉPI

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #management


Il était une fois un maçon chargé de poser un nouveau crépi
sur la façade d’une maison. Il s’apprêtait à faire son travail,
quand le mur lui dit ces mots :
— Le maître t’a demandé de mettre une nouvelle couche et tu
es prêt à effectuer ce travail sans sourciller, sachant qu’il faudra
recommencer dans peu de temps ? Ne vois-tu pas dans quel
état je suis ? Pourquoi n’enlèves-tu pas sieur Crépi, qui est en
train de tomber ? Son temps est venu.

 

tiré des Fabliaux du Management par François CHARLES

 

— Je ne parviens plus à agripper dame Maison, confirma le
crépi. Je tombe en lambeaux et tu voudrais me faire supporter
un frère sur le dos ? Nous avons confiance en toi, nous croyions
en ton travail consciencieux, quand tu ne penses qu’à ta bourse.
Ton client doit être satisfait, soit. Mais rien ne t’empêche de le
conseiller au mieux.


Et la maison de reprendre :
— Il sera moins coûteux pour ton client de gratter mon dos
puis de penser à un nouveau crépi que de mettre une seconde
couche avant d’être obligé de refaire le travail. Est-il pressé ?
Peut-être cherche-t-il à vendre ? Mais s’il vend et quitte la
région, ne resteras-tu pas ici, toi, à endosser les retombées
négatives quand les nouveaux occupants s’apercevront du
travail négligé que tu auras réalisé ? Nous nous sentons mal et
nous avons besoin d’un meilleur entretien pour faire honneur
à notre maître. Tout maçon que tu es, ne dois-tu pas prendre
en compte les éléments qui te permettent de faire un meilleur
travail pour ton client ?
Sur ces mots, le maçon repentant, la conscience professionnelle
aiguisée, range ses outils et s’en va trouver son client.

Enseignement


Cet exemple montre une nouvelle fois les avantages de la vision
globale et du risk management dans les prises de décision. La
solution préconisée ne sera peut-être pas adoptée, mais au
moins ce choix sera-t-il fait en connaissance de cause.
Chacun de nous peut comprendre que l’on ne remet pas
une nouvelle couche de crépi quand la première est en train de
tomber, sauf solution d’urgence à court terme.
De même qu’il n’est pas judicieux d’ajouter une couche sur
un mur qui s’effrite, il vaut mieux, dans l’entreprise, se poser
un certain nombre de questions de fond avant d’imposer une
formation de plus vouée à un impact éphémère.
Voici une anecdote qui illustrera mon propos.


Le directeur général d’une chaîne de magasins de cosmétique
implantée dans un pays étranger constata qu’après chacune des
trois formations commerciales qu’il avait commanditées, leur
effet bénéfique retombait au bout de quelques mois.
Les raisons de la baisse de motivation pouvaient être dues à
des problèmes de communication ou de marketing, mais
également liés à l’humain : fallait-il, par exemple, appliquer les
techniques françaises dans ce pays ? Dans ce cas précis d’échecs
répétés, les raisons étaient en fait liées à des problèmes sociaux,
de fonctionnement de l’entreprise et de communication
interne. La réalité confortait une fois de plus le vieil adage du
commercial selon lequel « qui ne se sent pas et ne s’épanouit
pas dans son entreprise ne cherche pas à la vendre ou à vendre
ses produits ».


Aussi, après une intervention en profondeur allant au-delà
des simples considérations commerciales, il est reparti sur des
bases solides, avec un investissement plus fort et des résultats à
plus long terme. L’entreprise a choisi de gratter le mur avant de
lui remettre une couche… et de soigner la douleur plutôt que
de se contenter de la calmer.

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LE PLOMBIER ET LA CHAUDIÈRE

4 Mars 2012 , Rédigé par francoischarles Publié dans #management


Un plombier fut appelé pour un problème de chauffage urgent
dans une maison très ancienne.
— L’eau arrive péniblement, déclara le propriétaire des lieux.
Il n’est besoin que de remplacer ma chaudière.
— En êtes-vous bien sûr ? répondit le plombier.
— Puisque je vous le dit ! J’habite cette maison depuis
longtemps. Je la connais mieux que vous. Changez-moi la
chaudière ou partez ! Par ce froid, il faut rapidement réparer.

 

tiré des Fabliaux du Management par françois CHARLES

 

Le plombier, ayant déjà fort à faire, ne discuta pas et
s’exécuta. Le travail réalisé, il vint trouver le propriétaire et lui
dit :
— Voilà, vous avez une belle chaudière qui fonctionne, vous
pouvez signer le bon de travaux où j’ai inscrit « une demande
unique et expresse de chaudière », comme vous le désiriez.
Mais ne la faites pas marcher trop fort les premiers temps, car
votre installation est ancienne et elle supportera peut-être mal
une brusque évolution du flux, conseilla-t-il.
Le lendemain, le plombier reçu un appel :
— Qu’avez-vous fait ? Je me suis couché en montant le
chauffage et je me suis réveillé ce matin avec une énorme fuite !
Venez vite me dépanner !
Et notre plombier de répondre :
— Vos exigences entameront certainement ma réputation,
restons-en là, à moins que vous ne me laissiez faire mon métier.
Enseignement
Ce n’est pas parce que le client est roi qu’il faut mettre en péril
d’un coup un professionnalisme chèrement acquis.


Par éthique et souci de pérennité, n’acceptez pas n’importe
quel travail. Valorisez-le plutôt par un conseil avisé. Dès qu’une
chose est mal faite, huit personnes sur dix en parlent. Personne
ne vous reprochera d’avoir refusé le travail à cause des risques
– non maîtrisables – qu’il peut comporter.
Changer une partie de l’installation risquait de produire une
réaction en chaîne par afflux d’une trop grande pression dans
des tuyaux entartrés. Le plombier l’avait identifié. Faites plaisir
à vos clients, mais limitez vos risques en cas de litige !
Il est souvent intéressant de s’approprier des constats
technologiques et physiques pour les appliquer au management
: résoudre un problème peut en créer ou en dévoiler un
autre, si l’on ne réfléchit dans une perspective globale.
En termes de vision globale et de culture, un grand cabinet
avait réalisé, pour une administration, une mission d’optimisation
des délais avant signature. Rappelant son client, le
consultant fut surpris d’entendre que ce dernier constatait les
mêmes délais en final : l’optimisation gagnée en amont
s’étaient en fait reportée en phase de signature ! La faute était
certainement due à une caste de signataires rongeant leur frein
de n’avoir pu exercer tout leur pouvoir lors de la préparation…
Le consultant n’avait-il pas subodoré cet aléa, ne l’avait-il
pas posé en postulat pour, soit éviter d’intervenir, soit protéger
son travail ? Devait-il ou non suivre l’attitude du maçon que
nous allons découvrir dans le fabliau suivant ?


LES FABLIAUX DU MANAGEMENT
28

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