Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog philosophique de francois CHARLES

defense

EM : "ne pas rendre possible la victoire russe"

20 Janvier 2024 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

Je relève souvent les égarements de vocabulaire du président de la République en utilisant les mots de guerre, économie de guerre, réarmement, ou mort cérébrale alors que nous n'y sommes pas ni dans le fonds ni dans la forme.

Par contre, il reste prudent dans les termes employés vis-à-vis de V. Poutine comme dernièrement quand il dit "qu'il ne faut pas rendre possible la victoire russe", qui ne signifie pas qu'il veut une défaite jusqu'au boutiste et improbable sauf dans une guerre longue, très longue mais la première phase de 8 ans entre 2014 et 2022 ne l'était elle déjà pas

Comme pour les intérêts vitaux, il ne dit pas de quelle victoire ni de quelle défaite contrairement aux principaux anciens "pays de l'est" qui, comme l'Ukraine, ne considèrent une victoire qu'avec un retour derrière les frontières sans conditions et ils ont raison mais sans pour autant savoir quand et avec des pouvoirs financiers et matériels limités sauf à compter sur les Etats-Unis. 

Et quant au départ possible des Etats-Unis de leurs bases d'Europe, qui ne se fera pas du jour au lendemains, seuls les Français en parlent voire le désireraient alors que les autres ne le ressentent pas réellement sachant que les Etats-Unis n'avaient jamais autant investi en Europe que dans le premier mandat de Donald TRUMP qui a un discours électoral, qui n'est pas fou mais qui risque néanmoins de tout faire pour arrêter cette guerre couteuse en matériels et en personnels. Et n'oublions pas que le peuple étasunien, même issu de l'Europe, est isolationniste sauf quand ses troupes, ses matériels ou son sol sont attaqués, comme ils peuvent l'etre aussi en Europe. 

Lire la suite

Coup de théâtre, causes et conséquences sous-jacentes pourtant prévisibles au proche et moyen Orient

9 Octobre 2023 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

Israël vient de connaître une sorte de 11 septembre d'horreur, après un e sorte d'accalmie précédant la tempête, rappelant par là même que le renseignement technique ne remplacera jamais le renseignement humain qui peut être néanmoins trompé et que le système réputé le plus fort a été balayé rapidement, comme l'a été l'armée française en 1940, point noir d'Hitler car réputée meilleure armée du monde.

Les Palestiniens - ou du moins les forces terroristes du Hamas qui n'a jamais voulu la paix et s'opposent à l'autorité palestinienne et au Fatah - ne gagneront rien et ne peuvent qu'être condamnés après les attaques faites et surtout la façon dont elles ont été faites, notamment pour le rassemblement des jeunes, jugés sans doute mécréants, rappelant de vraies opérations de guerre, comme nous les avons revues récemment en Ukraine, et auparavant également en Europe dans les Balkans entre des gens qui se cotoient pourtant sans crainte apparente, sans forcément remonter à la dernière guerre mondiale.

Le Hamas a finalement renversé la table, reprenant les propos d'un élu local, comme un volcan en subitement en irruption, constatant bien que tout le monde se moque de la situation, déjouant même techniquement la veille israélienne, mais avec un coup de théâtre pourtant prévisible voire attendu montrant qu'il ne s'agit plus que d'une simple guerre des pierres. Les Palestiniens vont subir désormais un nouveau déluge de feu.

Dans une analyse des faits à charge et à décharge, il est de toute façon évident de soutenir Israël, comme il faut soutenir l'Ukraine, alliés du monde occidental. Il convient aussi d'oublier bien entendu tous les faits et méfaits passés ayant pu être commis par des pays occidentaux ou assimilés, ces derniers étant passés à autre chose. Sans défendre d'aucune façon les assaillants et leur violence, Il est bien entendu également plus opportun de rappeler les souffrances que ces derniers ont vécus, avec leur statut d'éternelle victime leur donnant hélas un certain et trop grand droit d'extension sur les territoires voisins pauvrement défendus, provoquant soumission et enfermement. Israël relance un nouveau siège de la bande de Gaza. Espérons qu'elle na va pas, en représailles, réitérer les massacres de Sabra et Chatila au sud Liban en 1982. 

L'Etat hébreux n'est pas encore en conflit contre les autres nations sauf avec la communauté palestinienne et ses terroristes et donc juridiquement non en guerre sauf donc à reconnaitre qu'il s'agit d'un autre Etat. Mais n'étions nous pas "en guerre" contre les terroristes de Daesh, qui avaient pourtant créé un "Etat islamique", et contre le covid ?  

V. Poutine n'avait-il pas non plus finalement renversé la table, avec une façon plus que condamnable, à moins que ce ne soit les Ukrainiens qui l'aient fait auparavant mais sans volonté de tuer et que V. Poutine voulaient la redresser ? Mais pourquoi étions nous interdits d'aller organiser une mission d'observation dans les territoires de l'est quand nous voulions oeuvrer pour la paix en 2016 ? Peut être pas forcément une paix acceptable par tous, alors que tout le monde s'en moquait ? V. Zelinsky va encore devoir revenir à la charge pour obtenir des armements sans pouvoir blâmer tout possible désintérêt.

S'agissant de la prise de recul, les spécialistes de chaines d'information nous ont bien montré les différents enjeux régionaux et le jeux des alliances avec impacts sur les BRICS élargis, les soutiens de l'Iran et potentiel du Qatar, la volonté de rayonnement de l'Arabie Saoudite et Mohammed Ben Salman, les essais et gels de certains rapprochements. Ils nous informent d'une Russie prudente, d'une Turquie  qui ne l'est pas moins avec une demande de justice globale, un monde arabe jugeant les Hébreux responsables de l'étincelle sauf l'Egypte. Ils nous montrent le déploiement des forces étasuniennes où l'on découvre "le plus gros porte-avions du monde" craignant une déstabilisation de la région plus que pour agir contre de simples terroristes. Les aides européennes, qui avaient la possibilité de rassembler Palestiniens et Israéliens seront-elles réduites ou gelées ?

Mais, reste une question : pourquoi cette attaque a-t-elle lieu maintenant, certes en profitant du jour d'une fête religieuse ? Serait-ce finalement un genre de Baroud d'honneur mais au profit de qui et avec qui derrière, si cela est le cas ? Etait-elle vraiment préparée sachant que la mise en oeuvre des moyens souples est rapide contrairement à une armée lourde ? Les capacités de production de roquettes, désormais opérationnelles et sans doute aidées par l'Iran, étaient elles suffisantes ? Ont-ils profité de la grève des réservistes ? Mais surtout quelle nation ou groupe de nations aurait pu déclencher cette opération, au delà de simplement la soutenir, pour empêcher certaines dynamiques régionales ou mondiales, voire détourner l'attention ? La réponse est sans doute dans les lignes plus avant.  

Sans doute un cocktail de tous ces éléments. Et rappelons nous qu'il a été dit que l'étincelle viendra de l'est, même si l'on pensait un moment que ce serait à cause de l'Ukraine  

 

 

Lire la suite

Entre économie de défense et économie de guerre nationale et européenne

9 Juillet 2023 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

A l’heure où le chancelier allemand, impliqué à nouveau dans les réalités d’intervention et dont l’Etat ne sera désormais peut-être plus blâmé par la France sur le droit du sang, parle aussi d’économie de défense, à l’heure où les institutions européennes passent outre les traités en situation de crise allant au-delà des sanctions et blocus qui étaient ses seules armes, à l’heure où une guerre de haute intensité est à installée aux frontières de l’UE dans une Ukraine qui a su réagir moins étonnamment que l’on peut le penser suite aux investissements faits depuis 2014, il est important de rappeler certaines réalités entre économie de défense et économie de guerre dans une Europe unie dans la diversité.

 

Par François CHARLES

Economiste, conseil en stratégie et management, relations européennes, Président de l’I.R.C.E., ancien responsables d’affaires industrielles internationales à la DGA

 

La France et les pays membres de l’UE et même de l’OTAN ne sont pas en guerre directe. L’étaient-ils contre « l’Etat » islamique loin de nos frontières, dont en Afrique, ou en Afghanistan en opération extérieure ? Etions-nous en guerre contre le Covid ? Etait-ce opportun d’employer ce mot en France pour toute forme d’agression sauf à porter une certaine confusion, ou au contraire mobiliser les populations, les entreprises  et les territoires sur les possibles réquisitions, les blocages ou réservations de fabrication comme aux Etats-Unis, qui pourtant étaient rassemblées autrefois en France sous le couvert de la défense économique et de la défense civile ?

 

Désormais le canon réveille particulièrement certains pays en centre Europe qui veulent prendre une nouvelle revanche avec la Russie en entrainant les pays fondateurs de l’UE, plus à l’ouest réalisant bien qu’ils ne peuvent intervenir seuls et qui ont besoin de développer leur économie de guerre pour soutenir indirectement un conflit de haute intensité, comme pour la guerre d’Espagne puis la seconde guerre mondiale s’agissant des Etats-Unis et même de la France qui n’avait pu livrer les commandes d’avion de la Pologne.

 

Si pour certains contre leaders, l’OTAN était soit disant en mort cérébrale alors qu’en simple veille, il est nécessaire de maintenir une veille permanente sur l’économie de défense pour éviter les contres coup trop brutaux comme c’est le cas dans de nombreux pays européens, sans nous reposer uniquement sur la dissuasion nucléaire, réservée ou partagée.

 

Devant la consommation en obus, canons, chars et autres matériels constatée depuis 2022, l’opportunité est là afin de penser autrement pour agir autrement (ed. Chiron) certains développements, certaines innovations, l’accélération des cycles mais aussi pour faire des choix de fabrication plus rapides, pour acheter en interne ou en externe à coûts et efficacité optimisés, être plus réactif, choisir le juste besoin, la bonne analyse de la valeur pour savoir s’il faut par exemple construire un avion ou un drone, voire un système, analyser les bons sujets de ce que l’on veut vraiment et ce dont on n’a pas besoin entre matrice BCG et courbe de Gauss tout en gardant en mémoire que l’originalité fait parfois la différence.

 

Il faut aussi penser à l’après guerre et la gestion des matériels comme au retour à la paix même s’il faut auparavant gagner la guerre avec peut-être aussi certaines  prises  de guerre comme la France a su, en 1945, récupérer certaines compétences pour ses moteurs d’avions et d’hélicoptères.

 

C’est une opportunité pour revoir ou consolider les relations état-industrie dans une équation couts objectifs, livres ouverts, partages des risques, bonus et malus et solidarité momentanée ou permanente avec discussions sur les réserves de R&D dans une certaine résilience, comme il doit être important de le trouver dans les politiques et moyens de financement.

 

C’est une opportunité de réaliser des développements et des innovations intelligentes à travers l’Europe sur des savoir-faire reconnus et non avec saupoudrage géographique, et pourquoi pas avec les GAFAM avant notamment qu’ils ne s’engouffrent seuls dans la défense. C’est une occasion de reconnaitre les avantages d’une possible mono-construction forte soutenue autrement notamment financièrement et collectivement pour maintenir un effet d’échelle, avant de penser automatiquement projets en coopération qui sont, dans la défense, toujours plus chers que dans le civil.

 

C’est une chance pour une logique « European by design » en amont des processus avec segmentation des choix, dépendance dans l’interdépendance et gestion des dérogations nécessaires pour maintenir l’efficacité des armes tout en employant et adaptant au maximum des technologies civiles avec gestion du risque coût, délais, performance.

 

C’est une opportunité d’innovation en termes de maintien en condition opérationnelle décloisonnée entre besoins nationaux et extérieurs, en pensant aussi stratégie et tactique de fabrication et de logistique avec les clients partout dans le monde pour le besoin des forces nationales et européennes.

 

C’est une opportunité pour l’environnement du champ de bataille dont la robotique, le numérique et l’espace qui profiteront en interdépendance avec l’industrie civile sans forcément parler de finalité de destruction.

 

C’est une opportunité de normalisation et d’interdépendance entre les matériels avec recherche d’uniformisation de gestion de configuration raisonnable mais non forcée, surtout dans des identités différentes et sensibles, même si cela est parfois la solution.

 

L’économie de guerre et de défense passe bien entendu par l’énergie d’une part pour les matériels, avec toujours une ligne si possible responsable de l’environnement, mais réaliste de l’emploi des matériels sur des théâtres d’opération, avec des combinaisons croisées des savoirs faire mais aussi des dynamiques accélérées comme par exemples sur les batteries, mais aussi d’autre part pour les territoires et les populations concernant  l’origine mixée des sources d’alimentation.

 

C’est une opportunité de développement des réserves, non seulement civiles ou territoriales, mais également industrielles pour aller soutenir les militaires sur le terrain, voire de développer une nouvelle période de sensibilisation militaire en adéquation avec ce nouveau temps.

 

C’est aussi une opportunité d’innovation politique pour faire avancer les décisions communes notamment sur les autorisations à l’intérieur de l’UE comme pour exportations à l’international, en respect, cohérence et réalisme des valeurs affichées.

 

Il s’agit aussi de revoir les dynamiques financières pour les industries de défense et duales, à savoir civiles militaires mais aussi publiques privées, de savoir bloquer ou compenser l’inflation ou la taxonomie sur certains domaines chauds, de savoir pratiquer l’innovation financière en confiance comme le soutien par des titrisations.

 

Cette liste pourrait être longue. La guerre économique et l’économie de guerre doivent également et surtout profiter de tous les fondements de l’intelligence économique pour les entreprises et autres organisations, en passant jusqu’au niveau de l’UE, où l’on se bat souvent tous les jours dans l’environnement concurrentiel, mais également avec les partenaires, que ce soit pour les coopérations, des collaborations ou des alliances. N’oublions pas la 6e force de Porter que sont les Etats ou institutions, qui régulent mais peuvent déclencher les conflits et leurs effets directs ou sous-jacents sur les politiques générales.

 

Lire la suite

La place légitime de l’Ukraine dans l’OTAN

9 Mai 2023 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

"L'Ukraine a une place légitime dans l’OTAN au fil du temps » a ré-affirmé son secrétaire général lors de sa visite à Kiev en avril 2023 « et en deviendra membre » a–t-il ensuite précisé lors de la nouvelle réunion de Ramstein du 21 avril. Le secrétaire d’Etat étasunien à la défense a ensuite complété par « L’OTAN lui fournira ce dont elle a besoin pour vivre en liberté, dont matériels et formations ». Si l’identité juridique de l’Ukraine la laisse libre de choisir, comme les Etats membres de l’accepter, cette intégration, comme pour l’UE n’est pas qu’un simple processus.

 

Par François CHARLES

Economiste, expert défense, armement, relations européennes et internationales et président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe

 

En tant qu’ancien militaire, on me pose souvent la date de la contre offensive ukrainienne, sauf s’il s’agit finalement de celle des Russes. Je pourrais répondre comme J. Stoltenberg « au fil du temps » et surtout pas quand ni où tout le monde l’attend. Si j’avais une baguette magique sans changer l’histoire, j’aimerais me retrouver après coup pour savoir si celle-ci était risquée ou non ou s’il aurait juste fallu consolider les positions ou miser sur la reconquête de terres plus ou moins annexées avant toute cristallisation déjà bien entamée vu les protections érigées. Bien sûr je pourrais aussi l’utiliser pour remonter le temps jusqu’avant 2014 et analyser les possibles erreurs faites à charge et à décharge et sans être condamné de pro-Poutine. Désormais les horreurs de la vraie guerre intensive sont arrivées du fait des actions russes et assimilées mais également de la résistance héroïque ukrainienne. Je dirai simplement que les chars - très lourds - Abrams, vont pouvoir faire leur baroud d’honneur car prévus il y a longtemps, l’étaient les Leclerc heureusement ensuite remotorisés, pour une guerre en Europe, et qu’ils ont plutôt besoin de temps sec. Mais les Léopards et autres chars plus légers seront présents. Je dirai d’autre part, au-delà du renseignement, et toute maitrise aérienne par ailleurs, que si l’on veut faire un coup de feu, il faut beaucoup de matériels dont moyens de génie. Mieux vaut savoir s’en servir avec une formation efficace, qu’il faut prévoir une deuxième ligne de soutien ou de recueil, que les munitions doivent suivre mais uniquement à la limite de la frontière et mieux vaut déjouer les plans adverses. Notons que les Etats-Unis comme la Russie n’ont plus forcément des capacités infinies sauf à relancer un réel effort de guerre. Notons enfin qu’avec déjà 65 G$ donnés ou promis par les Occidentaux, le président ukrainien remet encore sa longue liste de besoin en armes sans peur d’être trop insistant, comme le souligne aussi D. Trinquant et nous rappelant à nos risques alors que nous sommes, nous, déjà protégés au sein de l’OTAN qu’il ne peut à l’heure actuelle encore intégrer. Peut-être fait-il déjà comme pour les pratiques normales d’achats au sein de l’organisation ? Sachons garder la tête froide tout en maintenant les objectifs.

 

Mais revenons à la « bonne question » du titre en structurant la réponse entre stratégie à travers de nombreuses réalités, avec si possible des options réalistes, réalisables et déterminées dans le temps, en clin d’œil au fil du temps de J. Stoltenberg.

 

S’agissant du « quoi », juridiquement l’Ukraine peut bien entendu rentrer dans l’OTAN. Elle en a le droit même si l’Autriche n’y est pas en respect de ses conventions avec les soviétiques d’à lors, que la Suède n’y est pas encore et n’est peut être plus pressée pour ne pas répondre aux exigences turques, désormais que la Finlande, qu’y l’a intégrée, protège désormais les frontières et que l’alliance NORDESCO consolide l’approche nordique. V. Poutine sait aussi user du droit quand il réclamait l’application des accords de Minsk. Notons d’ailleurs aussi que la Suède ne se presse pas non plus pour accorder l’autorisation de réexport de ses avions Gripen que la République tchèque attend de livrer à l’Ukraine. Notons que les frontières de l’OTAN sont déjà aux portes de la Russie avec l’Estonie, la Lettonie, désormais la Finlande, la Roumanie, la Turquie et qu’il ne faut pas s’émouvoir des réactions de V. Poutine ni du fait que cela risque de renforcer l’autocratie du Kremlin comme le fait pourtant remarquer H. Védrine. L’engagement de ne pas étendre l’OTAN est souvent soutenu par les Russes répétant que James Baker et Hans Dietrich Genscher l’avaient annoncé du temps de Gorbatchev, déchu depuis. N. Sarkozy et A. Merkel, qui avaient demandé que Ukraine et la Géorgie y rentrent mais pas tout de suite sont désormais partis et tout est possible, la  constitution ukrainienne l’ayant même adoptée, comme le souligne Pierre Lellouche. On peut aussi comprendre une certaine légitimité du fait que l’Ukraine a été attaquée, au même titre que les anciens PECO s’y sont apparemment réfugiés.

 

Quant au « pourquoi et qui », il s’agit bien entendu de protéger le pays notamment dans la zone de voisinage et peut-être prochainement de l’UE qui le demande en urgence. Il s’agit aussi de capitaliser tous les efforts de l’OTAN depuis 2024 voire avant. C’est une suite logique avec un des pays qui sera désormais bien équipé, formé, avec des retours d’expérience précieux, qui va s’adapter au système OTAN sans doute plus rapidement que les anciens pays dits d’Europe Centrale et Orientale (PECO) qui ont du faire un saut extraordinaire, un allié stratégique qui a montré une capacité à combattre désormais que l’on voit que la menace est bien toujours réelle, sauf à considérer qu’il ne s’agit que d’une affaire entre cousins. Enfin un pays grand comme la France, en pleine restructuration financée par l’UE avec une richesse bien reconnue, déconstruite puis reconstruite par Staline et à nouveau par V. Poutine et qui pourra participer à la solidarité économique de l’article 2 de l’OTAN. L’entrée dans l’OTAN aura moins d’impact que celle dans l’UE qui est aussi une des raisons de l’invasion. Rappelons-nous que l’ancien président ukrainien déchu avait subi des pressions de Moscou et une fois s’y être réfugié, avait commencé sa conférence de presse en blâmant l’UE qui l’obligeait à changer l’écartement des voies de chemin de fer, élément assez stratégique. L’OTAN pourra jouer son rôle de vecteur d’intégration européenne où les Etats peuvent mieux se parler en détachement, même au niveau industriel et économique.

 

Au détriment de qui ? Quant à la Moldavie et de la Géorgie, espérons qu’elles ne seront pas sacrifiées dans un grand partage de négociation.

 

Comment qui complète le quand et le qui: une des questions les plus importantes est « avec quelles frontières » qui est le thème de conférences depuis 2014. Considérant que tous les pays membres de l’UE ont pour l’instant accepté une candidature avec les frontières d’origine, tout l’espoir est mis dans cette contre offensive. Il parait inconcevable d’intégrer un pays occupé, même si V. Poutine a déclaré avoir annexé les territoires occupés et en guerre, que ce soit pour l’OTAN ou l’UE avec une clause de défense mutuelle garantie grâce à l’OTAN, en entrainant de facto tout le monde immédiatement alors qu’actuellement et juridiquement, l’OTAN n’est pas en guerre. Les déclarations à Kiev et Ramstein sont faites en connaissance de cause. Elles sont sans doute aussi un jeu d’annonce pour montrer la force, maintenir le moral des troupes comme un jeu de négociation. Reste à savoir, si la contre offensive ne fonctionne pas, si les Ukrainiens accepteront le principe des Alsace semi Lorraine sans forcément perdre. La Crimée autrefois donnée en cadeau personnel à l’Ukraine serait-elle reconnue comme une Meilleure Solution de Rechange de V. Poutine alors qu’il la considère déjà comme acquise ?

 

Avec qui ? Même si un Français ira apparemment davantage mourir pour un Ukrainien qu’un Estonien, la France pays de poids dans l’OTAN sans vraiment l’utiliser, considérant comme la Turquie et les Etats-Unis, qu’elle n’en n’est pas dépendante, semble isolée cette fois pour sa volonté de maintien du dialogue quand tous les autres m’ont déjà coupé, avec un certain rapprochement avec l’Allemagne, réservée également. Même si la Pologne bloque désormais les céréales ukrainiennes, Il est certain qu’elle soutiendra cette adhésion. La Turquie quant à elle se tient prête pour faciliter le dialogue sans forcer les choix

 

La question du combien ne mérite même  plus d’être posée tant la dépense est large, hors mis les avions non encore fournis ou sinon avec quels risques et considérant sans doute que la liberté, la paix et la sécurité n’ont pas de prix.

 

Quant au contre qui et aux alliés possibles de la Russie, même si certains spécialistes font remarquer qu’un partenariat stratégique global, pour reprendre les mots diplomatiques et officiels, n’est pas une alliance, je répondrai qu’il faut veiller à la Chine qui peut dire et faire le contraire le lendemain ou sait s’adapter, si elle le veut, prise la main dans le sac. Rappelons-nous qu’elle fait déjà des manoeuvres en méditerranée avec la Russie et que le Président Xi galvanisa ses troupes à Djibouti en leur disant « préparez vous à la guerre ». Pour autant elle ne fera rien tant qu’elle ne sera pas prête ne voulant plus subir les affronts des anciennes défaites face au Vietnam, même si désormais elle est passée dans une autre dimension. Mais une certaine histoire est également écrite.

 

 

 

 

 

Lire la suite

La décison allemande des chars pour l'Ukraine : clé de l'identité européenne ?

25 Février 2023 , Rédigé par francoischarles Publié dans #europe, #défense

A l’heure de l’anniversaire du Traité franco-allemand, il est utile de rappeler que l’on retrouve souvent, dans de nombreux domaines,  la France, l’Allemagne puis les autres, dépendants et rejoignant cette dernière pour finalement gagner la partie, même si ce n’est pas un jeu. Pour autant, la Pologne, autre moteur européen du centre Europe, monte peu à peu en puissance et opposition sur différents sujets dont la forme du soutien à l’Ukraine, suivis par d’autres pays dans toute l’Europe dont plutôt frugaux, rapprochant finalement aussi les deux grandes anciennes nations antagonistes, notamment sur le sujet de la défense et de l’armement pour mieux faire valoir une certaine identité européenne au sein de l’OTAN. Et pourquoi pas dans d’autres secteurs au sein d’un même label multifacettes

 

Par François CHARLES

Economiste, ancien responsable d’affaires industrielles européennes à la DGA, conseil en stratégie, management et affaires européennes, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (IRCE).

 

Réalités et options

Le grand show étasunien de Ramstein de janvier en Allemagne, précédé par une réunion la veille entre Etats européens, visait à définir une position cohérente sur la fourniture d’armes, bien montrer le caractère défensif de l’OTAN et figer la ligne de défense pour faire jouer ensuite la négociation, au grand désespoir des Ukrainiens. Celui de février réaffirma un soutien mais cette fois plus « lourd » par pression interne européenne mais sans doute aussi étasunienne comme quand l’UE acceptait l’échange de données UE-EU en contrepartie de gaz.

La reprise des avancées russes, pour l’instant minimes, et la peur engendrée à nouveau chez les Polonais, en guerre depuis 10 ans dans les Etats-Majors et les ministères, a su relancer les dynamiques, comme à Vienne qui s’endormait sous les batteries de cuisine de Talleyrand avant que Napoléon ne rentre de l’île d’Elbe, et modifier certaines décisions pourtant encore estimées encore trop frileuses par le Président Zelinsky ne devrait pour autant pas blacklister les autres dirigeants comme il peut le faire étonnement avec les personnes qui cherchent la paix depuis 2014.

La contre-offensive russe, certes d’un groupe spécialement entrainé, impose toujours des matériels immédiatement disponibles à la fois pour les Ukrainiens mais aussi désormais pour de nombreux pays comme la Pologne ou l’Allemagne, achetés surtout en dehors d’Europe qui n’a plus de disponibilités, sauf peut-être cachées, ou avec remise à niveau, avec de l’argent en propre ou en solidarité. Reste à prévoir la formation, avec des délais adaptés en lien avec la technicité.

Certains découvrent les réalités d’une vraie guerre avec impacts civils, avec certaines attitudes d’horreur ou d’une opération spéciale ou extérieure, comme la nomme les Français pour les leurs. Certains diront que les Etats-Unis alimentent le grand Laboratoire ukrainien de l’armement comme ils l’ont fait avec la guerre des étoiles. D’autres mettront le doigt sur le discours ukrainien demandant toujours plus, jusqu’à désormais des avions, bateaux et sous-marins et entrainant peut-être peu à peu les servants étrangers camouflés pour éviter de tomber dans le statut de belligérant comme sait le faire V. Poutine jusqu’à un certain stade, sachant aussi parler de droit pour faire respecter les Accords de Minsk. Leur échec l’a semble-t-il poussé à annexer les provinces et donc de recevoir le blâme de ne pas les avoir respectés, comme sans doute ensuite d’autres raisons qui ont provoqué la tentative d’invasion.

D’autres craignent les débordements ukrainiens en territoire russe. D’autres enfin en profitent pour bousculer l’ordre établi au sein de l’UE sans forcément vouloir jouer le rôle de contre leader, comme l’ont fait les Britanniques.  Au-delà des visioconférences, nous assistons à des Conseils et visites à Kiev, des invitations à Strasbourg puis à Bruxelles même au Conseil européen, afin de consolider l’unité, d’assurer d’une prise de guerre, comme dans les années 1990 au mépris de la valeur de certains critères. L’Ukraine n’en demande pas mieux pour accélérer son adhésion à l’UE qui est d’ailleurs sans doute une des principales raisons de l’invasion, plus que l’OTAN qui est déjà aux frontières de la Russie. Encore faudra-t-il qu’elle retrouve ses frontières d’origine ou que les membres modifient les conditions initiales,  

L’Ukraine mise sur son Président médiatique, pour jouer à « battez-vous » tout en sachant aussi déjà vers qui elle souhaite se raccrocher, à moins que ce soit un autre jeu, en inventant parfois des faits et en communiquant à la place des autres pour mieux les impliquer, comme avec le missile au-dessus de la Roumanie ou de la Moldavie. Mais sachons aussi que tout est possible quand on sait que des avions russes survolent aussi parfois la Bretagne mais très bien détectés et encadrés. Je dois m’arrêter là sous peine d’être officiellement déclaré pro-russe par de multiples lecteurs et autorités.

Enfin, on assite récemment à des limogeages en masse en Ukraine pour corruption alors que l’UE finance la réorganisation de l’Etat depuis longtemps dans le cadre de la politique de voisinage. Peut-être est-ce une possible actuelle pression vers l’Ukraine en contrepartie de l’envoi de nouvelles armes plus lourdes sans accepter non plus les avions qui demandent aussi plus de temps de formation qu’en 1940. Reste à savoir aussi qui financera tout cela, même s’il le faut sans doute, coûte que coûte, au nom de la liberté comme de la sécurité. Quant aux atouts de l’Ukraine pour l’Europe, si cela est peut-être bon les Ukrainiens et pour les consommateurs européens, nous pourrons aussi demander leurs avis, aux agriculteurs franco-allemands au-delà de la solidarité. Regrettons que les atouts de chaque Pays entrants soient moins considérés que les manques, constatant régulièrement aussi que l’UE n’est forte ensemble que sur le papier ou quand il y a des crises et que l’on ne vit pas que de valeurs comme d’eau fraiche. Mais je vais arrêter sous peine d’être suspecté de soutenir les agresseurs.

Faudra-t-il se préparer à faire le deuil de ne pas avoir assez donné et pas assez tôt ? Si les Russes envahissent l’Ukraine, l’apocalypse écrit, en lien avec la Chine, que l’OTAN considère enfin, sera un peu repoussé.

Les Russes ont attaqué l’Ukraine avec des chars et méritent certainement d’en être repoussés de la même façon, au-delà de construire une ligne Maginot défensives sur les limites actuelles, de quasi 2014 et de janvier 2022, et vers une guerre sans fin. Les uns veulent retrouver leur bien historique et n’acceptent pas cette sous identité ukrainienne et sa volonté de rentrer dans un autre espace, avec des valeurs différentes et avec des écartements de voies de chemin de fer différents avec leurs effets induits, ce qui est loin d’être ludique. Les autres veulent retrouver leur frontière, condition notamment de l’entrée dans l’UE qui est plus importante que d’intégrer l’OTAN. Les uns luttent contre le soi-disant « nazisme ukrainien » quand les autres combattent le « fascisme poutinien », sans parler de stalinisme. Les uns ne veulent pas dialoguer avec V. Poutine, comme quand la France ne voulait pas parler à Bachar el Assad, sachant bien que l’un et l’autre resteront sans doute en place longtemps…et que tant que VP sera présent, le deuil de l’Allemagne de l’Est ne sera pas fait.

On voit par ailleurs, que les Ukrainiens rentrent chez eux et que l’économie fonctionne dans les zones non occupées de ce grand Pays, comme en France en dehors des zones détruites ou occupées lors des guerres. Le fait que les Ukrainiens aient repris une partie des régions annexées par la Russie n’a pas déclenché de guerre nucléaire, sans doute ce n’en vaut pas la chandelle mais qui pourrait finalement arriver si le conflit s’étendait à l’OTAN. On peut aussi se poser la question de ce qu’il serait advenu si V. Poutine avait réussi son coup en février 2022 ou sur quelles cibles peut-il porter ses efforts dans une sorte de meilleure solution de rechange, comme la Moldavie ou le reste de la Géorgie, où finalement l’Occident ne bougera plus, sans imaginer la Roumanie, ni les pays Baltes bien intégrés au sein de l’OTAN.

Les journées pour la paix de Munich ont rappelé, devant le monde quasi entier, intéressé par les convois de nourriture, que la Russie ne doit pas gagner, que la guerre pourra être longue et que l’heure n’est pas (plus) au dialogue avec la Russie. Il est surtout question de reconquérir les esprits, voire les cœurs de pays du Sud non solidaires qui accueillent la Russie et son lobbying sur les autres continents et se sent soutenue.

Enfin, il n’est pas forcément bon de militer pour la paix avec concession quand on se souvient que l’assassin de Jaurès n’a pas été condamné, comme l’agresseur de Dreyfus, mais que celui de Louis XV a été écartelé et ensuite « découpé », contre l’avis du roi.

La problématique et la force de la décision allemande

Face à cela, ou plutôt en l’intégrant, la France, jusque-là leader politique, a réintégré le rang au sein de l’OTAN qui n’était pas en mort cérébrale mais en sommeil et en veille défensive, tant que l’on n’avait pas réellement besoin d’elle. L’Allemagne, quant à elle, commence à prendre des décisions qui affirment son rôle pivot, avec un impact fort, tout en montrant des liens cohérents avec les Etats-Unis dont elle est liée grâce à sa constitution, qui ne l’oublions pas, à veillé à casser autrefois son unité, mais aussi en leader européen en intervenant aux cotés et à la place du secrétaire général de l’OTAN ?

La position allemande peut aussi sembler ambigüe, voire difficile pour elle-même. Gardons en mémoire qu’elle devait limiter son armement, que la France a été la dernière a accepter son réarmement et qu’elle prend seule, désormais, la décision sur des bases humaines à reconstituer, comme a dû le faire le Japon, dont les soldats vont désormais au combat bien armés dans les opérations internationales.

S’agissant de l’export de matériels sensibles, celui-ci est interdit en France comme en Allemagne, sauf autorisation gouvernementale. Cette dernière est avant tout ancrée sur des valeurs et désire harmoniser, au niveau européen, à partir de ses principes forts liés aux valeurs du Conseil de l’Europe. La France, quant à elle, veut se garder le droit d’agir au cas par cas et davantage sur des principes de géopolitique. Nous avons vu les résultats d’une part pour les bateaux MISTRAL et d’autre part pour les missiles MBDA. Pour autant elle se trouve désormais confrontée à une réexportation aux portes de l’UE dans un pays qui fait une certaine unanimité de soutien et potentiellement déjà intégré dans l’UE, alors que bien des critères ne font pas l’affaires, rappelant aussi l’entrée de ceux du Centre Europe.

Si la France avait promis déjà des véhicules avec des canons de 105, il n’était pas question de le faire pour les chars Leclerc, qui vont pouvoir être comparés aux Léopards et autres chars étasuniens beaucoup plus lourds. L’Allemagne a accepté la licence d’exportation pour les Léopards 2 de la Bundeswehr mais aussi, et finalement, pour des Léopards 1 actuellement en stocks dans divers endroits, nécessitant d’ajouter certes aussi un financement pour les remettre en état de fonctionnement et assurer leur approvisionnement en munition. Cela rejoint le fait que la Pologne et les ex PECO ont donné des chars très rustiques d’origine russe, ce qui peut être un point de liaison dans le groupe de Visegrad qui n’est pas toujours à l’unisson, sauf peut-être sur cette absence de règle. Mais l’Allemagne a su user de son parent normatif, toujours en accord avec les Etats-Unis, et ses propres valeurs, pour refuser, au moins pour l’instant, la livraison d’avions, quand elle cherche surtout à renforcer ses propres forces.

Le regain de permission d’identité polonaise en rebond des demandes ukrainiennes

La Pologne s’affiche, d’une certaine façon, comme « contre-leader », et peut parler plus librement car tout le monde soutien d’Ukraine, sans doute en prenant un peu la vedette à la Hongrie, qui s’était vue blâmée autrefois par certains membres du Conseil de l’Europe, qui lui reprochait de mettre en avant ses valeurs chrétiennes pour ne pas répondre aux autres valeurs européennes de justice et de démocratie, qui d’ailleurs ne sont généralement pas plus respectées par les Pays fondateurs.  

En devenant un autre moteur en dehors de la zone euro, la Pologne montre qu’elle sait aussi fédérer, avec également les Etats-Unis qui y investissent directement depuis longtemps et accroissent le déficit de balance avec les autres membres de l’OTAN. La Pologne achète hors Europe des matériels déjà disponibles sur étagère, et notamment en Corée du Sud, qui a aidé Sagem à se démarquer de ses maitres d’œuvres français. Elle le fait cette fois sans contreparties attaquables, en conformité avec les règles de l’UE, deviendra peut-être la nation la plus armée du centre Europe, voire de l’Europe, grâce peut être cette fois aussi avec des fonds autorisés européens, qu’elle reconnait désormais comme effet de levier, mais aussi un budget propre, apparemment relevé à 4% de son PIB. Elle va le faire d’ailleurs comme l’Allemagne, qui n’arrête pas de rajouter des milliards et se fait blâmer par la France, comme celle-ci le reprochait il n’y a pas si longtemps à la Suède avant de comprendre l’équilibre historique européen qu’elle ne peut qu’accompagner, n’étant plus assez forte individuellement. Reste à savoir par ailleurs si ses achats externes sont justifiés car les produits européens ne sont pas compétitifs, trop contraignants, inexistants ou s’il s’agit simplement de géopolitique.

La Pologne menaçait de passer outre l’accord d’exportation de l’Allemagne utilisant cette fois le jeu du « sans toi », et en « contre-leader », avec un certain nombre de pays en soutien et une Union Européenne en osmose ukrainienne, utilisant même un fonds pour servir de centrale d’achat, dans un domaine dépassant ses compétences. Les affrontements de même nature germano-polonais, vus dans l’environnement et l’économie, ne pouvaient se reporter aussi dans la défense sur une zone d’influence revendiquée et surtout protégée également par les Etats-Unis.

Les Polonais ont aussi une histoire allemande, et savent rappeler à la France qu’ils avaient acheté des avions en 1939, qui n’ont jamais été livrés, et que les pilotes ont dû partir en Angleterre pour continuer à se battre. Si la Pologne est entrée dans l’UE, elle sait nous rappeler qu’elle l’a fait avec son identité, qu’elle ne souhaitait pas se retrouver une nouvelle fois dépendante et qu’elle n’avait pas forcément le même projet politique. Elle assure son rôle dans le groupe V4 de Visegrad, créé en 1335 puis réactivé en 1993. Si elle continue sempiternellement de reprocher à la France de ne pas être intervenue lors des différentes invasions, oubliant l’Histoire un peu plus ancienne et la chute de l’Empire à cause notamment de la Campagne de Russie pour sécuriser la Pologne, elle s’affronte peu à peu à l’Allemagne, cette fois sur le terrain économique.

La Pologne a toujours cherché à se battre avec panache et se distinguer. Serait-elle un laboratoire ukrainien pour l’intégration, sauf pour quelques domaines, comme par exemple l’énergie où l’Ukraine maitrise déjà le nucléaire.

Il serait intéressant d’entendre ses dirigeants s’exprimer désormais sur le Triangle de Weimar institué en 1991, qui est plus qu’un axe, chacun pouvant discuter avec l’un des deux autres, en espérant que ce n’est pas le triangle des jeux psychologiques de Karpman où chacun a sa place en tant que victime, sauveteur ou persécuteur…

Le resserrement des liens, voire du label franco-allemand capable de prendre la bonne décision grâce à certains modèles de solutions

La France regarde vers le Sud, d’une part avec un traité franco-italien déjà mis à mal par la visite du Président ukrainien à Paris, sans inviter l’Italie, et d’autre part avec l’Espagne dans la défense et aussi avec le Portugal sur l’énergie verte, incluant désormais l’Allemagne. Celle-ci regarde vers l’Est mais avec une relation difficile avec la Pologne et pourquoi pas, du moment que cela est fait en intelligence et en complément, dans une certaine « boussole stratégique » qui, pour certains, n’en n’est rien mais appuyée aussi par le Parlement européen.

Les Français parlent de couple quand les Allemands parlent de moteur. Tout cela est lié à la culture. On ne sait pas forcément toujours bien pourquoi un couple se fâche entre les humeurs, émotions, raisons objectives et subjectives, les jeux de pouvoir et d’influence ! Un moteur est mécanique avec sa partie froide et chaude imbriquées ensemble dès la construction pour durer. La raison d’une panne est souvent vite trouvée, en fonction de sa construction et de son mode d’utilisation. Si un moteur a aussi une enveloppe, en revanche il n’a pas d’âme. Il convient de trouver une expression où l’un ou l’autre ne peuvent facilement se blâmer, comme c’est souvent le cas, mais simplement, savoir s’il faut et comment, relancer le moteur, changer les bougies, les injecteurs, faire de la maintenance permanente ou avec immobilisation, ou alors de façon prédictive.

Si les deux ont la volonté de réglementer l’export militaire ou de matériels sensibles, la façon d’y parvenir peut être différente sur une même destination. L’Allemagne a donné son accord sur la RGPD mais réaliser des affaires, elle certifie sur l’infrastructure du Cloud quand la France le fait sur les personnes, avec le risque avéré connu, et que dire sur la fiscalité, le social, l’énergie etc… Dans le domaine militaire, France et Allemagne s’affrontent, même sur la santé, alors que les compétences d’Etat-major de l’un et les compétences opérationnelles de l’autre peuvent être imbriquées. Il ne peut être pensable que certaines dispositions ou certains accords soient conclus pour éviter de limiter le pouvoir de l’un ou de l’autre, alors qu’il s’agit de les rendre les deux plus forts ensembles.

Les élément communs et compléments franco-allemands devraient les rendre tous les deux plus forts, comme entre pays de l’UE, sans chercher à imposer telle ou telle solution à l’un ni aux autres. La méthode souvent simple directive et tranchante française et la méthode consensuelle de coalition allemande ont chacune leur qualité et peuvent être choisie en fonction des sujets et circonstances. Les plans de relance ont été possibles grâce à la complémentarité entre le garant allemand et le financier français. La difficulté de création d’un label exportable européen, sujet récurrent de nombreuses agences européennes, qui ont les mains liées par leurs directions générales qui font la politique, est peut-être cet aspect multi-solutions dans une même membrane. Comme pour le Cloud, même si le miracle de la paix franco-allemande est un exemple dans le monde entier, il est temps aussi de faire réellement d’autres deuils, par exemple financiers sur les dettes de 1918 et 1945, peut-être rentrées dans la balance de l’acceptation de l’euro en compensation de la réunification.

Lire la suite

V. Poutine va-t-il sacrifier son peuple - et le nôtre - par impuissance ?

17 Avril 2022 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

La guerre éclair n’a pas eu lieu et la maîtrise de l’Ukraine semble difficile. V. Poutine (VP) dirigeant ses armées, comme d’autres grands leaders avant lui, se retranche dans le Dombass comme meilleure solution de rechange mais sans garantie de succès et voit ses grands navires coulés comme son territoire attaqué, avec le risque désormais d’une extension des alliances d’intervention. En ce jour de Pâques de libération du peuple juif puis de résurrection, la plus grande inconnue reste de savoir quelles seront les limites de VP en cas de nouvelle défaite et d’humiliation au-delà des fléaux connus ou à venir.

Par François CHARLES

Economiste, expert relations européennes et internationales, ancien responsable d’affaires industrielles de défense, et président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)

Au début du siècle, une jeune bergère apprit à écrire pour retranscrire ce que lui avait dit la Sainte Vierge qui lui était apparue. Les confidences sortent peu à peu du Vatican avec déjà deux prédictions accomplies dont notamment le retour de l’église auprès du pouvoir en Russie. La troisième annonce hélas une dévastation nucléaire avec des zones bien identifiées et avec une jonction des Russes et des Chinois en Méditerranée sans dire apparemment qui dominera finalement l’Europe.

Si Staline était fort, Poutine est un 6 introverti qui vit sur ses peurs et qui sait les transmettre à sa population, avec un deuil initial non fait de la perte de l’Allemagne de l’Est et désormais un discours de manipulation de l’occident empêchant toute gouvernance d’autocratie à sa façon, comme notamment de l’UE qui finance des actions de restructuration de l’administration pour notamment si possible éliminer la corruption, et qui apparait comme un intégrateur face à la Russie comme elle l’a déjà fait avec les pays du centre Europe. Il sait se transformer en 3 battant pour tout mettre en œuvre voire en 9 modérateur surtout finalement pour manipuler.

S’il active son arme ultime nucléaire, il confirmera ainsi son image inversée de faible au fort avec grande dévastation telle qu’hélas prévue. V. Poutine apparait comme investi par cette mission au risque de provoquer le processus et sombrer tel un baroud d’honneur à la tête de son navire, emportant par là même et sacrifiant de fait son peuple derrière lui qui le soutient largement, mais également en réaction attendue, ceux des pays soi-disant agresseurs qui ont accompagné le complot et avec le peuple russophone qui ne l’accueille pas.

Les épisodes de « serviteur du peuple », qui ont fait connaitre et élire le président ukrainien, montrent que les intentions de Poutine sur tout le pays étaient bien connues avant la guerre, déclenchée en conséquence d’une volonté de changement, d’indépendance, voire de non application des accords de Minsk, avec des réalités en fait bien différentes que celles que l’on croyait. En punition d’un départ désormais également écrit, VP semble désormais vouloir détruire les usines d’Ukraine qu’il ne pourra finalement pas exploiter, comme les centrales nucléaires. Il ne pourra peut-être plus non plus envahir la Moldavie ou d’autres pays devenus indépendants après la chute de l’URSS.

Nous l’avons vu, les mots ne servent plus à rien car même VP n’accepte plus les concessions demandées et finalement acceptées par le président ukrainien, comme autrefois celles de l’Autriche avec la Serbie en 1914, mais qui déclenchèrent tout de même la guerre, attendue par d’autres. Seule une occupation du terrain par les alliés sans chercher à affronter l’ennemi, comme en Géorgie, fera peut-être arrêter la guerre, au moins un temps. La Chine, vaincue autrefois par le Vietnam qui avait des canons contre des dragons de papier, et qui construit désormais en trois ans l’équivalent de la marine française, serait-elle finalement prête ? Et quel rôle clé occupera la Turquie dans cet enjeu régional ? En cas d’attaque et de riposte nucléaire l’Afrique serait finalement le nouveau territoire d’accueil, déjà largement investi par les Chinois. Il s’agit donc de retarder cette échéance et profiter de la vie pour ceux qui l’ont encore, notamment en Ukraine. Espérons que le 9 mai ne sera pas une date fatidique.

Lire la suite

Parler à V. Poutine, certes mais avec méthode

4 Mars 2022 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

En pleine crise, alors que les réactions germent, il en est par contre qui n’avancent pas : celles de attitudes de dialogue et de négociation pourtant en vigueur dans les prises d’otages ou en entreprise mais que les dirigeants politiques, qui n’ont peut-être jamais connu de problème de voisinage, ne veulent pas, imaginant régler le conflit par leurs paroles ou leurs votes alors qu’il faut aussi de la méthode.

Par François CHARLES

Conseil en stratégie, management, affaires européennes et internationales, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)

Les grands élus dirigeants savent-ils que les négociations ou plutôt les médiations, en cas de forte crise entre organisations et surtout entre leurs dirigeants, se règlent à 80% par des considérations psychologiques sans parfois même ouvrir les dossiers et ne donnent pas forcément la victoire au plus fort ? Savent-ils que si écouter est une chose, montrer que l’on assimile et partage les faits en reconnaissant peut être des torts partagés en est une autre ? Tout cela mérite aussi un effort d’adaptation pour celui ou celle capable de le faire pour être doux sur les personnes tout en restant dur sur les faits.

Dire de V. Poutine utilise les failles de la force et de l’injustice serait plus vrai que dire qu’il ne comprend que la force quand on sait qu’il pratique plutôt certains jeux rusés dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles avec un fort rire du pendu, ainsi que le judo qui est plutôt une technique de réaction que d’attaque en utilisant la force de l’adversaire. Certes E. Macron, plutôt perçu quant à lui avec un profil psychologique sous stress d’attaquant, cherche à rester en contact mais ses appels font apparemment un effet inverse que souhaité pour la paix.

Même si les actions de l’armée russe sont absolument condamnables, dire que V. Poutine doit sortir la tête haute est sans doute intelligent mais encore faudrait-il prendre conscience de ses besoins psychologiques sans forcément de parler d’alibis et qu’un dialogue gagnant-gagnant ne l’est pas forcément à 50%. Nous avons tous les outils à disposition de la morphologie, à l’écoute et au fonctionnement que l’on peut placer sur une matrice multi-outils analysant notamment les tendances sous stress, d’initiative ou de retrait pour comprendre que V. Poutine a des choses à nous dire et qu’il ira « jusqu’à ce que », avec soi-disant raison et projection en sois-parfait enfant voire devenu parent avec convictions et plutôt adapté rebelle qu’enfant libre, sauvé de la rue qu’il a été, ne voyant pas le danger, presque un peu d’une certaine façon comme Hitler et certain d’être désormais plus le successeur de Pierre le Grand que de Staline.

Doit-on le qualifier de fou et vouloir l’exclure, comme quand certains voulaient voir le départ de Bachar, qui est certes la solution pour cesser le jeu mais qu’il n’est pas vraiment possible d’imaginer sauf à utiliser ses méthodes. Lui-même fait de la projection en voulant exclure le président ukrainien qualifié de nazzi, peut-être pour rappeler certains drapeaux vus sur le front, mais aussi se souvenant qu’Hitler a continué la guerre « jusqu’à ce que » avec un profil de besoin de reconnaissance et de justice.

Pour aborder néanmoins le dossier, il ira sans doute « jusqu’à ce que » l’on reconnaisse que les accords de Minsk n’ont pas été respectés, qu’il ne soit plus possible que l’Ukraine rentre dans l’OTAN ou l’UE, que les deuils de ne pas avoir envahi le pays en 2014 quand l’Ukraine était faible et que ceux d’avoir perdu l’Allemagne de l’est et d’autres pays soient faits, que son peuple avec ses élites soit entièrement acquis à sa cause plutôt qu’être européen comme en 2014 avec un soi-disant complot des autres nations derrière l’Ukraine finalement non souveraine, comme tant d’autres considérations. Comme un enfant et un petit soldat, avec aussi la larme à l’œil, il joue avec le nucléaire pour en avoir plus que les autres alors que quelques ogives suffisent et veut récupérer les centrales ukrainiennes après avoir récupéré l’armement en espérant être compris.

C’est après avoir essayé de comprendre cela et d’agir correctement en conséquence pour tenter d’arrêter le feu ou créer un coupe-feu, que nous pouvons ensuite employer la force, parfois ultime recours comme dans toute crise, atténuant la tension définitivement ou momentanément.

Lire la suite

Le Dombass (partiel) ou la nouvelle “mesore” de Poutine …et des autres ?

23 Février 2022 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense, #europe

J’aurais pu continuer d’écrire mes notes humoristiques remerciant V. Poutine pour ses quasi concessions et son invitation à St Péterbourg, après 3h de discussions au téléphone avant sa décision, et ses remerciements reçus pour la caisse de Vosne-Romanée à destination de Xi Jinping pour avoir agi trop en avance. L’heure est néanmoins sérieuse avec de nouveaux morts en Ukraine mais avec une nouvelle meilleure solution de rechange (mesore) de V. Poutine, après celle déjà espérée pour la Crimée, avec des Occidentaux soutenant ce pays et condamnant l’agression sans pour autant avoir envie de mourir pour lui ni déclencher un conflit mondial, mettant en place une nouvelle ligne rouge.

Par François CHARLES

Economiste, expert en stratégie, management, relations européennes et internationales, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)

Je ne reviendrai pas sur l’origine à charge et à décharge de la création de cette situation à l’Est de l’Ukraine, largement exprimées dans les précédents articles, sauf peut-être pour souligner néanmoins les avertissements de blacklistage ukrainien si nous effectuions une visite au Dombass et rappeler que chacun pouvait mettre ses propres lunettes s’agissant du respect des accords de Minsk de 2014.

Même si condamnée de façon large, notamment par la Turquie et sans doute pour des raisons particulières, l’action décidée par V. Poutine et validée par son assemblée avec une psychose d’invasion imaginaire par l’ouest, a surtout le mérite de clarifier et cristalliser une situation qui perdurait sans évolution ni issue depuis 2014 empêchant certaines dynamiques.

Profitant de cet état de fait, sans annonces raisonnables d’interventions militaires pour reconquérir le terrain et considérant que les livraisons d’armes sont défensives, l’Ukraine peut donc désormais rentrer légitimement dans l’OTAN, entraînant de facto tous les autres pays derrière elle en cas de nouvelle d’agression qui certainement n’aura pas lieu. Elle peut aussi toujours rester en dehors comme la Suède, la Finlande, l’Autriche ou la Suisse avec des accords particuliers. Le pays peut aussi intégrer officiellement l’UE qui attendait l’intégrité du pays sauf à en conclure qu’elle ne le souhaite finalement pas même si elle y investit, comme d’ailleurs toujours en Turquie.

Notons que si V. Poutine tient des discours nationalistes remettant en question la création de l’Ukraine ou le cadeau de la Crimée, il semble s’engager à limiter son action aux républiques séparatistes de Lougansk et de Donetsk et non à tout le Donbass comme le réclamaient les russophones soi-disant secourus, rappelant aussi l’histoire et notamment de la Géorgie. Il n’est bien entendu pas question pour le moment d’envahir toute l’Ukraine sauf à envoyer cette fois un camion de Romanée Conti à Xi.

Aujourd’hui, l’UE unie dans la diversité ainsi que les Etats-Unis relancent le même type de sanctions surtout envers des personnalités russes en dehors de son Président et de son pays, qui semble bien s’y être adapté même avec un PIB officiel de celui de l’Espagne. Les sanctions inverses seront peut-être comprises puis rejetées par les écosystèmes économiques occidentaux ne comprenant pas les enjeux de géopolitique ou qui sauront encore les contourner. Notons aussi l’arrêt de l’autorisation de la mise en service du gazoduc Nord Stream II comme le souhaitaient les Etats-Unis même avec l’affirmation forte d’une certaine volonté allemande.

On imaginera bien que V. Poutine et son entourage n’ont pas été surpris par ces sanctions économiques et que toutes les dispositions avaient été prises auparavant, sans aller jusqu’à imaginer des réunions secrètes entre VP, J. Biden, mais également B. Johnson avec l’autre armée européenne et d’autres pour que tout le monde sauve la face et s’en sorte de façon plus ou moins gagnante, quoique…

 

 

Lire la suite

Vers une nouvelle votation Suisse pour son avion de chasse?

18 Août 2021 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

Alors qu’Armasuisse, l’Office fédéral de l’armement, n’a pas encore donné de réponse sur une éventuelle nouvelle votation concernant le nouveau processus d’acquisition des avions de chasse, nombre de Suisses rencontrés toutes classes et activités confondues, ne comprennent pas pourquoi leur pays ne choisit pas une solution voisine géographiquement et réclament une nouvelle consultation sur ce choix qui leur parait incohérent. Qu’en est-il des réalités apparentes et sous-jacentes depuis déjà l’ancien choix de l’avion suédois Gripen rejeté ?

 

Par François CHARLES

Economiste, expert relations européennes et internationales, ancien responsable d’affaires industrielles de défense, dont de maintenance aéronautique et politique de contreparties, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)

 

Sans révéler trop de de secrets de réunions et d’échanges, certaines décisions poussent tout de même à s’interroger sur leurs réalités.

 

Un précédent article à charge et à décharge sur les réalités du F-35, avion marketing étasunien pour l’Europe, avait souligné les intérêts belges, même discutables, nous souvenant aussi que les avions français occupent beaucoup de place dans le musée de l’espace de Bruxelles. Il en va cette fois de la Suisse, certes non partie prenante de l’UE, mais qui peut participer potentiellement à la défense européenne. Rappelons que le pays est partenaire pour la paix avec l'OTAN sur un strapontin avec une indépendance vis-à-vis de l'OTAN, comme avec l'UE. Elle peut participer à un engagement européen dans toutes les missions même sans être dans l'UE sans toutefois en accepter certaines règles de fonctionnement. Le pays promeut la paix mais est très armé et affiche son esprit de résistance et l'obligation de prévoir un coût d'envahissement. Un ancien diplomate affirmait qu’elle avait besoin d’une aviation efficace détenue ou assurée par ses voisins, dont la France, non seulement pour les missions de police mais pour protéger l’arsenal sur son sol et notamment ses trois brigades blindées, avec plus de chars en service que la France, sans toutefois le besoin de maintenance des OPEX.

 

Selon certaines sources, les dépenses de défense devraient s’accroitre d’environ 1,4% dont des dépenses d’armement de 16 milliards de francs suisses entre 2023 et 2032, se rajoutant au budget annuel de 5 milliards de francs.

 

La Suisse vole actuellement avec des appareils étasuniens et a donc bien le droit de continuer.  Mais il convient de noter qu’il s’agit ici d’un changement de constructeur donc d’un choix non plus logique mais plutôt sans doute diplomatique en dehors de toute cohérence opérationnelle ou stratégique dissuasive, étant donné qu’il ne s’agit pas de mettre de bombe nucléaire sous les ailes. Elle détient également des hélicoptères français anciennement assemblés ou fabriqués localement.

 

Si le Rafale français et l’Eurofighter européen (Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Espagne) se sont vus remercier pour le remplacement des F-5 Tiger, plus proches des Gripen, qui n’avaient finalement pas été achetés suite à un refus populaire à 53%, dont 74% en suisse romande et dans le canton du Jura, ils le sont cette fois face au F-35 de Lockeed Martin pour le remplacement des F-18 de Boeing et finalement des F-5 restant en service.

 

Même si peut-être moins reconnu comme vecteur numérique que le F-35, le Rafale a été à chaque fois le mieux noté sur le volet opérationnel. Pour autant, il ne compte que pour 55% de la note finale, le reste réparti entre l’assistance, la coopération et les compensations, en dehors du prix d’achat et d’entretien. Avec le désormais rapprochement franco-suédois et des avionneurs Airbus et Dassault-aviation sur le projet SCAF, on aurait pu imaginer une Concurrence intelligente entre le Rafale, le Gripen et l’Eurofighter pour au moins tenter de remporter le marché.

 

On sait parfaitement que le coût du Rafale est désormais maitrisé, d’autant plus réalisé en mono constructeur, la coopération s’avérant plus chère dans le militaire que dans le civil, par rapport à l’Eurofighter réalisé en coopération et surtout au F-35 qui est finalement aussi un programme en coopération avec certains sous-traitants européens, présentant ses avantages et ses inconvénients. Le Rafale et son concurrent européen sont désormais éprouvés en Europe et à l’export par leur technicité mais également facilité par leur positionnement géopolitique, en alternative aux Etats-Unis.

 

Le problème viendrait-il de l’offre de Dassault Aviation qui sait ne pas vendre à perte en réponse des contreparties demandées et parfois évite d’optimiser l’offre de maintenance qui représente des montants cachés et supérieurs à ceux de l’acquisition et qui peut aussi apporter des solutions de facilité de vente et de bonne gestion au-delà des stocks initiaux ? On se rappelle peut-être moins en France du scandale de 1964 de la demande du Conseil fédéral de rallonge de crédit et la première commission parlementaire de l’histoire de la Suisse, réclamant de fait la réduction du nombre de Mirage 3 commandés, et fabriqués chez désormais Ruag à Emmen. Cela risque sans doute d’arriver pour un F-35 non encore mâture et dont l’offre initiale de Lockheed Martin rentrerait davantage dans l’enveloppe autorisée par la population. Les Suisses auraient-ils finalement mieux apprécié les offres étasuniennes qui peuvent aussi faire jurisprudence en Europe ?

 

On connait les pratiques des avionneurs étasuniens préférant faire un chèque que remplir leurs engagements d’offset, souvent au détriment des sous-traitants, en conservant de plus leur technologie et les données mais qui peuvent vendre aux conditions étatiques de leur pays, qui parfois aussi peut accorder des prêts, mais sans objet pour la Suisse. Celles des européens tentent des coopérations plus larges, certes avec coefficients de valorisation, mais réduisant aussi les risques de pertes de compétences.

 

L’argument de la proximité avec la France, comme avec l’Allemagne et l’Italie, pourquoi pas dans une stratégie alpine, est mis en avant notamment pour l’entretien et la formation. Le gouvernement répondra sans doute, comme les Polonais déjà lors de l’achat des F-16, que ces avions volent partout en Europe et achetés par la Belgique. Même s’il s’agit de faire fonctionner les industriels suisses de fait des demandes de contreparties, des impacts industriels locaux auraient néanmoins pu être créés entre sous-traitants suisses et français, notamment la région Bourgogne Franche-Comté avec une filière aéronautique de 210 entreprises directes et 340 sous-traitantes soit 6 300 emplois directs et 14500 indirects. La Suisse s’était autrefois déclarée intéressée par notre nouveau projet de symposium d’achats industriels croisés.

 

Un élément clé qui n’est pas toujours mis en avant est le rôle potentiel du Service Industriel de l’aéronautique, dont un établissement à Ambérieux, entité étatique dépendant du ministère des armées, pouvant statutairement également agir à l’export avec une garantie de qualité, surtout chez ses voisins.

 

On connait aussi les pratiques étatiques étasuniennes de pression pour casser les dynamiques européennes, et surtout pour ne pas partager le ciel. Mais après tout, la Suisse est indépendante et ne fait pas partie de l’UE. Notons bien que la Direction Générale pour l’Armement (DGA), assez agressive vis à vis de la Belgique suite aux achats quasi obligés de F-35, n’a pas cette fois fermé les portes après l’annonce de l’achat des F-35, et a acheté de nouveaux Pilatus pour le compte des forces françaises, attendant peut-être aussi une nouvelle décision. S’agissant des attitudes diplomatiques suisses, notons parfois la non-reconnaissance de certaines positions protectrices, qui est pourtant un véritable laboratoire pour l’Europe, mais donc aussi en Interdépendance avec les Etats-Unis comme quasiment tous ses membres, unis dans la diversité.

Lire la suite

Réjouissons-nous ! l’Indonésie achète européen

22 Juin 2021 , Rédigé par francoischarles Publié dans #défense

lendemain de l’annonce de l’achat de frégates FREMM italiennes par l’Indonésie, construites par Fincantieri, on lit que la DGA et le gouvernement français se seraient émus sans trop de réaction de NavalGroup qui misait beaucoup sur les pays émergents. Reste à savoir de quel coup de théâtre il s’agit. C’est oublier l’achat précédent d’avions Rafale par ce même pays, une certaine attitude de chevalier blanc pour l’Europe, les réalités du programme FREMM avec l’OCCAR, celles de la JV Naviris, du contrat export et de deux anciens contrats brésilien et belge dans une moindre mesure. Mais heureusement, certaines réactions constructives existent pour aller de l’avant.

Par François CHARLES

Ancien responsable d’affaires industrielles à la DGA, économiste, conseil en stratégie et management, intelligence économique, affaires européennes et internationales.

Cette grimace française est-elle bien européenne ? Le pays se définissant le plus actif doit-il décider de tout dans cette Europe unie dans la diversité surtout dans l’armement et la haute technologie, même avec les essais d’intégration du Fonds Européen (de R&D de défense), ou ne faut-il pas plutôt se réjouir du chant du coq cette italien, qui chante d’ailleurs apparemment comme le Français, et pour certain opérer à un « refresh » salvateur.

Faut-il un Airbus naval, comme le réclame H. Guillou, peut-être désormais à nouveau possible avec cette fois la douce violence de politique industrielle de la Commission européenne, qui rappelle parfois qu’elle applique la volonté des Etats qui avaient créé Airbus. Cette anomalie juridique sans concurrence intra-européenne avait certes été créée essentiellement pour construire un champion d’avions civils, où l’on fait néanmoins la guerre tous les jours, certes commerciale, et où les coûts et les prix sont normalement plus bas en coopération, ce qui est encore loin d’être le cas dans la défense, avec une certaine valorisation immatérielle de la notion de souveraineté.

Il y a quelques années, je publiais un article saluant la vente d’avions « européens » Gripen au Brésil, réussissant ensuite à faire assimiler la notion de concurrence intelligente et relancer les coopérations entre la France et la Suède, soupçonnée de faire un double jeu, en oubliant parfois le sien comme avec les Etats-Unis. Après les achats diversifiés de la Belgique, nous avons hélas bien vu aussi le côté frustré et fermé du ministère français des armées lors de deux articles et conférences sur le sujet, souvent d’ailleurs en divergence de vue avec le MAE. Les réactions doivent-elles être identiques dans le domaine naval entre la France et l’Italie, qui mérite une écoute active de chaque instant pour ne pas relancer la délicate roue de l’interdépendance à chaque problématique ? Peut-être faut-il mieux s’assurer de la prise en compte de certaines réalités et la réalisation de certains deuils mieux faits pour éviter certaines émotions, croyances, voire généralités et en profiter pour faire une différence au sein des partenariats, entre alliances et coopérations à travers une vraie politique générale et ses quatre piliers de stratégie, d’identité, de structure et de prise de décision avec des grilles de lecture de pilotage et de rentabilité des investissements.

Le programme FREMM de frégates multi-rôles pour la France et l’Italie, a été confié à l’OCCAR, qui défend un management fort et se revendique comme étant une organisation à vocation internationale, dans son développement, la production et la maintenance initiale mais hélas pas sur le cycle de vie de maintenance globale, pourtant vecteur d’optimisation conséquent, même si revu lors de possibles modernisations. Il a été prévu 2 versions anti sous-marine et anti-aérienne, selon le choix de ses partenaires clients, comme pour le Tigre franco-allemand, avec ses avantages de complémentarité mais ses risques en matière de gestion de configuration, comme pour le Transall et de frustration si un client externe choisi une certaine version, ce qui vient donc d’arriver avec l’Indonésie.

NavalGroup, d’une part, surtout positionné dans le militaire, comme Nexter dans le terrestre, et Fincantieri d’autre part, à la fois civil et militaire comme Rheinmetal dans le terrestre, voire avec Arquus positionné défense mais avec la puissance du groupe Volvo), apprennent à se connaître depuis 20 ans sans expliquer ouvertement quelles sont les forces et faiblesses complémentaires et sans apparemment pouvoir résoudre les points durs. Les différents commentaires suite aux autres événements entre les deux groupes ne vont pas sans rappeler les ressentis différents de chaque côté du Rhin, après le rapprochement beaucoup plus structurel entre Nexter et KMW, de type PSA pour l’automobile, mais misant aussi sur les synergies de recherche, comme quand il faut une revanche après une soit-disant défaite et perte d’identité.

Le projet Poseïdon, devenu la Joint Venture Naviris, a été créé pour partager les bonnes pratiques, mener des projets des recherche et développement « sélectionnés », notamment avec l’OCCAR sur le programme FREMM ainsi que le rétrofit à mi-vie des frégates Horizons françaises, et préparer conjointement des offres pour des programmes binationaux et les marchés à l’export. Reste à savoir si les deux industriels avaient choisi de chasser en meute ou en escadre. On peut donc imaginer que NavalGroup savait, sans imaginer que son partenaire puisse lui avoir caché la copie, sauf à penser que le contrat de mariage ou de cohabitation était réduit aux acquêts uniquement communs.

S’agissant du contrat, sans trop dévoiler d’informations, imaginons tout de même que les deux constructeurs aient discuté ensemble en prenant en considération le choix du client et qu’ils pourront sans doute progresser avec les synergies de R&D « European by design », sans forcément encore imaginer un vrai rapprochement, qui n’est pas forcément utile, mais qui serait sans doute plus bénéfique à NavalGroup pour les compétences civiles apportée par Fincantieri. Imaginons que le client aura peut-être aussi choisi une maintenance associée entre les deux partenaires sauf pour les pièces initiales, avec des concepts optimisés notamment sur la 3D et les nouveaux processus continus en fil des pannes. Imaginons que les offsets, ou contreparties industrielles, toujours autorisées pour l’export et vecteurs de coopération sous-jacente sans remplacer, si possible, les sous-traitants, ont été négociés de façon commune avec éléments issus des deux partenaires, ce qui pourrait faire date en terme de bourse commune, surtout au niveau européen et pour faciliter de façon indirecte les structurations industrielles, comme l’ancien essai incompris de synergie sur les offsets en France entre tous les syndicats professionnels et les PME de défense, les dynamiques des uns pouvant aider à celles des autres.

Enfin, et pour revenir au contrat des Rafales, et même s’il ne s’agit pas de porte avion, imaginons, par un coup de baguette magique, mais réaliste et réalisable, une valorisation des liens entre Dassault Aviation et la marine en tentant enfin d’avancer sur « un seul écran » avec une opportunité de label export pouvant aussi servir au marché européen pour se développer.

 

Réjouissons-nous ! l’Indonésie achète européen
Réjouissons-nous ! l’Indonésie achète européen
Lire la suite
1 2 3 4 > >>