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L’Avenir des relations Hongrie-UE après les élections législatives de 2026
LesHongrois, et non uniquement les jeunes, ont voté pour changer de dirigeant à cause de son attitude personnelle, sa gestion particulière, ses atteintes à l’état de droit et ses relations extérieures, même pour des besoins énergétiques, qui faisaient mal voir et appauvrissaient leur pays en Europe. Pour autant, ce contre leader avait des choses à dire, souvent pour le compte des autres sur la politique générale de l’UE. Nuls doutes que le prochain cherchera à faire profil un peu plus bas pour recevoir les fonds européens, avec un changement dans une certaine continuité qu’il faut bien prendre en compte. Et qu’en sera-t-il du Président de la République, avec des pouvoirs plus que représentatifs, comme en Pologne, garant d’une certaine identité de non allégeance dans une certaine et nécessaire interdépendance. Au-delà de l’euphorie du lendemain d’élections, rappelons ci-après quelques réalités à charge et à décharge en toute indépendance et avec méthode, démontrant avant tout aussi une nécessaire prise de conscience par les institutions pour penser et agir autrement que de façon inconditionnelle ou forcée, sans blâmer si nous voulons conserver l’unité européenne dans une politique générale qui peut aussi évoluer, comme nous le voyons dans le domaine écologique.
Par François CHARLES
Eco et géopolitologue, expert stratégie et management, ancien responsable affaires industrielles internationales à la DGA, ancien cadre de partis, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)
Avec près de 80% de participation et deux tiers des sièges attribués au parti conservateur Tisza, plus proche du PPE, comme l’était V. Orban avant, et donc plus fréquentable que les Patriotes au Parlement européen, le peuple hongrois a rejeté le parti Fidesz après plus de 16 ans de règne dénotant tout de même une certaine politique intérieure soutenue et un rêve initial. Cette supermajorité rappelle aussi le premier raz de marée derrière E. Macron. Pour certains anciens, il s’agit d’une troisième révolution démocratique contre les Russes après 1956 et 1989 où d’ailleurs la Hongrie fut la première à briser le rideau de fer avant le mur.
Comme le Premier ministre polonais, P. Magyar, élu député européen, bel orateur faisant rêver avec en plus un nom évocateur, ancien des équipes de VO, annonce qu’il souhaite un retour aux normes européennes et apaiser les relations avec l’Ukraine. Nous verrons aussi comment il réussira à influer pour rétablir un approvisionnement énergétique convenable et non couteux à ses citoyens ou trouver des solutions de substitution soutenues ou non par l’UE à qui il fait désormais plutôt allégeance, comme l’enfant prodigue, mais aussi peut-être à la façon de G. Melloni (voir autre article). Rappelons que PM s’est initialement opposé à l’aide pour l’Ukraine et a toujours affirmé son identité souverainiste, non totalement aligné à la politique de l’UE, comme les forces dures du PPE en France et comme en Pologne, peuple plus frère que les Slovaques. PM ne sera pas forcément d’accord pour l’intégration de l’Ukraine mais essaiera, finalement comme VO auparavant, d’éviter que la Hongrie ne s’oppose à l’emprunt mais sans être ni favorable ni contributrice. Par contre, PM va désormais s’employer à démonter brique par brique, à détricoter et rétablir les fondations de l’état de droit, mais sans tout démolir non plus. Restera aussi, ce que personne ne dit, la position du Président de la République qui peut aussi bloquer certaines lois et dispositions comme récemment en Pologne. On se réjouira bien entendu d’une politique plus proche de l’UE mais encore faut il prouver qu’elle en était éloignée car contrairement à M. Farage, VO ne voulait pas casser l’UE, même si affiché « pro russe » pour son refus de soutien inconditionnel à l’Ukraine.
Dire les choses n’est pas de la désinformation mais de l’information, contrairement à ce que l’on peut avancer ou vouloir cacher, certes parfois par ignorance, même et surtout venant de dirigeants. La politique européenne dite « unie dans la diversité » est trop sérieuse pour ne pas être liée aux affaires de personnes alors qu’elle devrait être transparente, menée avec discernement, être équilibrée, réaliste et réalisable au-delà des dogmes, des rêves et des blâmes et où le management devrait aussi s’apprendre pour mieux fonctionner entre les institutions et les membres qui ont chacun leur identité au sein d’une approche commune.
V. Orban (VO) et la Hongrie
Comme dans beaucoup de pays du centre Europe – ex « pays de l’Est - les déceptions des promesses ont été grandes et le blâme est facile. « nous avions tout avant », « nous sommes désormais plus pauvres que les Roumains et les Bulgares ! » chiffres du PIB à l’appui. Le pays vivait-il grâce aux fonds européens et est il dépendant des décisions européennes qui impactent le pouvoir d’achat ? C’est à l’UE de trouver les solutions quand elle impose une politique inconditionnelle mais problématique, que ce soit pour l’énergie ou pour la crise des céréales, plutôt que blâmer les victimes – les 4 pays Visagrad - sous prétexte de solidarité avec l’Ukraine, comme si ces derniers n’avaient rien vécu et rien à dire, sauf de politiquement correct.
L’UE et la commission européenne n’ont rien dit sur le grand pipeline Nord Stream 2, ni le 1, avant que les Etats-Unis réussissent à ne pas le faire fonctionner.
Il aurait pu être compréhensible que VO s’accroche à son électorat sauf que l’ampleur des votes a prouvé aussi qu’il aurait pu faire une autre politique. La contre campagne des législatives ne s’est pas faite sur le domaine sociétal, pourtant attaqué par l’UE mais sur le domaine économique où VO a péché et aurait pu entamer un début d’indépendance énergétique mais a préféré miser sur un gaz russe à bon marché, tant la tâche était grande, comme d’ailleurs l’UE avant 2014. Il a choisi de s’insurger quasi légitimement quand l’Ukraine ne répare pas le pipeline cassé, oubliant qu’elle a bénéficié aussi de droits de passages énergétiques pour toucher de l’argent. La situation économique s’est aussi dégradée par la baisse de fabrication des voitures allemandes et l’on peut imaginer que Chinois et Arabes sont là pour compenser les fonds manquants.
La rencontre avec quelques parlementaires hongrois, nationaux et européens, sans réponse de PM, a également porté sur les minorités, bien négligées dans les critères d’intégration, tout comme aussi celle des Hongrois en Ukraine, empêchés de parler leur langue, rappelant une certaines réalités du Dombass véritable zone interdite, et que la France a connue en Alsace Lorraine. Cette France qui critique l’écoute des fétus avant l’IVG, devrait aussi se souvenir qu’elle a été le dernier pays de l’UE à supprimer la peine de mort et a inscrit l’IVG dans la constitution sous peine peut être d’éviter de se reposer la question au-delà de certaines valeurs acquises. Souvenons nous que nous avons été blâmé par le Conseil de l’Europe pour avoir organisé un diner sur les racines chrétienne de l’Europe avec la Hongrie même si les prêtres prêchent apparemment moins pour orienter les élections qu’en Pologne.
Historiquement, rappelons aussi que la Hongrie a été la première nation soviétique à faire sauter le rideau de fer et que depuis 1991, j’entends ses représentants et citoyens dire qu’ils ne sont pas forcément prêts à rentrer à nouveau dans un autre système fermé, tout en redécouvrant la liberté de parole et de mouvement sans être surveillés comme à l’ère soviétique. Un précédent ambassadeur nous rappelait par ailleurs que la Hongrie avait été grande et avait tout perdu par des décisions occidentales d’après guerre, parlant même ses accès à la mer du temps de l’empire austro-hongrois.
Les ayatollahs de l’idéologie de Maidan et surtout d’autres pays scanderont une fois de plus l’ingérence étrangère dont étasunienne mais est-elle prouvée au-delà d’un soutien physique et est-ce finalement condamnable, sachant qu’en plus elle a fait plus de mal à VO que de bénéfice ? S’agissant de l’alignement des planètes politiques, rappelons aussi que PM devra modifier la constitution pour avancer vraiment.
Relations avec l’UE
Il est ainsi terminé sine die le temps où VO se laissait taper sur la tête par JC Juncker, ce que ne pouvait se permettre la présidente Von der Leyen, qui annonce quinze minute après 20h, de façon rayonnante, que la Hongrie a choisit l’Europe. Sauf qu’elle n’en était pas partie sans menacer de la quitter. Fallait-il la pousser dehors ?
Je préfère l’attitude plus responsable du chancelier allemand. Elle n’aura peut être plus à faire effort envers l’Ukraine pour faire réparer le pipeline si elle propose d’autres solutions avec les 18 milliards bloqués. Mais sourit elle aussi peut-être pour la résolution d’un simple problème de management, comme quand elle ne pouvait fonctionner avec le Commissaire Breton ? La présidente de la Commission n’a pas du apprécier que VO se soumette à V. Poutine plus qu’à elle. Rappelons aussi que la Pologne n’est pas totalement revenue dans la politique de l’UE.
Cette élection doit aussi nous pousser à éclairer la politique générale de l’UE dont ses relations extérieures et à son management au-delà de danser autour du feu de joie ou se réjouir de la mort de la bête. S’agissant des réalités VO-UE, outre l’attitude personnelle et préférentielle, l’UE n’a-t-elle pas finalement poussé VO dans les bras de la Russie de par son attitude ? Le Brexit était une alerte, désormais avec un assouplissement de part et d’autre, comme avec l’Italie de G. Melloni.
On ne peut dire que VO était non européen. Il était un contre leader qui ne cherchait pas le pouvoir. Comme savait l’être le Général de Gaulle er certains dirigeants français, il avait des choses à dire sans en avoir le même pouvoir et savait s’opposer ou ne pas voter avec la chaise vide. Son regrettable bras de fer sur l’état de droit masquait toute autre considération ou demande, lui valant notamment des attaques cinglantes lors de sa présentation de la présidence hongroise au Parlement européen, lui préférant les menaces de LFI avec embrassades ainsi que les invitations officielles et remises de décorations au Ukrainiens. Bien entendu son opposition réaliste à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE n’a été jugée que comme une opposition à la politique de l’UE qui est très critiquée sur sa politique de voisinage et les accords commerciaux.
VO a-t-il compris que, rendue aveugle par ses valeurs, et au lieu d’aider ses Etat membres, l’UE pousse son influence à retenir ses fonds dus. Comment expliquer que VO ait pu accepter de reverser de l’argent par allégeance alors que l’UE ne trouve pas de solutions, même raisonnables, afin de maintenir les niveaux de revenus et réduire le prix des engrais azotés dont l’Ukraine n’a pas besoin étant donné ses terres riches ? Dans tous les pays du centre, j’entends qu’il n’était pas question de sortir d’un système fermé pour rentrer dans un autre. Souvenons nous comme il a été difficile de faire admettre à la Commission que la Pologne ne pourrait pas atteindre la neutralité carbone en peu de temps considérant la dépendance au charbon, et comme il a fallu du temps pour faire admettre les réalités bénéfiques du nucléaire.
S’agissant des intégrations, l’UE devrait mieux être réaliste économiquement et politiquement au-delà de suivre uniquement les valeurs et de l’état de droit. Il en est de même quand les pays passent à l’euro. Ils devraient être mieux encadrés par l’UE pour prévenir des inflations cachées et des intérêts générés avant la stabilisation de l’économie, avec une monnaie partagée qui permet de mieux emprunter et limiter les risques. Ce n’est pas une polémique, c’est une réalité mais que personne ne veut reconnaitre.
Le régime des travailleurs invités chinois, qui devrait être supprimé par PM, quand les Polonais mettent plutôt des robots par manque de main d’œuvre était une solution temporaire face à l’immigration même si Budapest est désormais remplie de Chinois et d’Arabes comme dans d’autres pays, ce qui n’est pas le cas en Pologne. Mais comme dit précédemment, les Hongrois avaient envie de changer le gestionnaire. VO a reconnu rapidement sa défaite douloureuse et a félicité son concurrent sans contestation, en accord avec l’état de droit, tout en restant dans la vie politique.
Comme pour l’énergie, la politique interne ne changera pas d’un coup de baguette magique. En matière de santé, il n’est d’ailleurs pas inscrit dans les valeurs de l’UE unie dans la diversité qu’il est interdit de faire écouter les fœtus sans pour autant empêcher l’avortement, la santé n’étant d’ailleurs pas une compétence de l’UE.
La Hongrie n’a pas travaillé en relais avec les autres pays pour la présidence du Conseil de l’UE et le pays semble avoir été le plus dur pendant les négociations d’adhésion. N’est-ce pas aussi une preuve de son caractère Magyar, même si elle peut apprendre à fonctionner avec les autres ? A noter que son ambassadeur a été le premier à vraiment nous nous expliquer ce qu’était la structure de Visegrad. Les dirigeants hongrois avaient aussi des choses à dire à la Suède avant de la faire rentrer dans l’OTAN, sans empêcher de la faire finalement rentrer.
Relations avec l’Ukraine
Cette élection amène à réfléchir aussi sur l’Ukraine, son soutien et sa possible intégration dans l’UE qui est tout sauf une évidence sauf peut être pour les idéologues des valeurs sans analyser les possibles conséquences négatives pour l’écosystème existant sous prétexte que les gens doivent être aidés et vivre en paix. Quand la politique voisinage a échoué, doit on la remplacer par une politique d’intégration ? Doit-on rappeler que l’UE ne s’insurge que trop rarement sur la politique de corruption en Ukraine sans s’émouvoir qu’elle réclame de l’argent pour le gérer dans son pays, faisant quasiment partie de la famille, sous prétexte de l’attaque russe ? Mais finalement, les pays du Centre n’en n’ont-ils pas profité aussi. Et comme disait un ancien ambassadeur turc, « on rentre et on verra ensuite » s’inspirant de ces expériences. Le fait que VO, accusé de corruption, s’y oppose, laisse aussi à réfléchir. Il a utilisé son droit de véto quand l’agence anti corruption ukrainienne avait utilisé les réseaux sociaux pour pouvoir faire connaitre certaines réalités. Mais comme diraient aussi certains syndicats professionnels, qui ont désormais changé d’attitude, peut-être finalement plus proche du pouvoir que de leurs adhérents, mieux les avoir avec nous…
On peut dire qu’au départ VO a toujours soutenu l’Ukraine, sans forcément accepter son intégration, et que son attitude a changé progressivement, en abstention puis en opposition, en voyant son manque de considération. Notons que les sanctions envers la Russie ont été votées par la Hongrie. Le fait que VO s’oppose au prêt tant que l’oléoduc n’est pas réparé peut sembler légitime. Nous verrons ce que décidera le nouveau PM.
Nous ne l’avons pas entendu sur l’agriculture et la crise des grains quand l’UE a blâmé les pays Visegrad plutôt que reconnaitre qu’elle n’avait pas sécurisé le processus de passage des semences ukrainiennes, ne voyant peut être pas les risques liés, trop aveuglée par ses valeurs et l’espace de paix et de sécurité qui pourtant pouvaient être remis en question.
Par ailleurs, discuter avec V. Poutine signifie t il être contre l’Ukraine quand d’autres dirigeants le souhaitent depuis longtemps. Peut-on dire aussi que critiquer l’Ukraine signifie être « pro russe ». Et que dire du fait que nous participons aux travaux de développement même si on peut se demander s’il s’agit d’avances sur fonds structurels étant donné qu’il ne s’agit pas uniquement de reconstruire et avons facilité 25000 euros pour des drones FPV sans aucun remerciements ni égards et plutôt de crainte étant donné nos volontés de transparence et relations diverses, qui font partir des membres et fermer des portes, sous prétexte que nous ne sommes pas dans la « ligne officielle ».
L’économie du pays fonctionne même sous les bombes. Pourquoi Kiev, plus riche que Budapest, empêche-t-il l’inspection du pipeline comme si elle avait quelque chose à se reprocher, comme pour le sabotage de NS 2 ou si elle était couverte par l’UE, comme pour les grains ? Est-ce plus une affaire psychologique ?
Par ailleurs pour revenir sur les minorités, pourquoi l’Ukraine empêcherait elle le hongrois comme le Russe, comme quand la France empêchait l’Allemand en Alsace Moselle. Mais d’ailleurs les minorités sont elles prises en considération par l’UE alors qu’elles sont inclues dans les critères d’intégration.
Mais si l’Ukraine de VZ est encore libre, est-ce une raison pour la faire rentrer trop vite dans l’UE avec ses frontières actuelles ? Quant à l’OTAN, c’est un autre sujet, sauf quand sa gouvernance européenne sera officialisée pour protéger l’UE.
PM semble d’accord pour dire qu’il n’est pas question que l’UE accueille un pays en guerre et peut être a-t-il lu nos interviews et articles sur Chypre et les Alsaces lorraines ukrainiennes.
Relations avec la Russie va VP et les Etats-Unis via DT
Beaucoup considèrent que l’on peut considérer la Hongrie de VO comme une sorte de cheval de Troie de la Russie, avec même parait-il des échanges d’information au-delà d’accords commerciaux, voire par compensation. L’accusation de « pro russe » vient peut être du fait que VO parlait à VP et non à VZ mais on connait aussi les réalités et problématiques notamment énergétiques.
Nous pouvons en demander la justification. La désinformation est facile surtout parfois quand elle n’est pas prouvée comme quand des députés ont été inculpés puis disculpés sans preuves. Mais comme dit précédemment, les Hongrois, eux, n’ont pas oublié l’époque soviétique, même si certains disaient aussi qu’ils avaient tout avant.
V. Poutine espère désormais des contacts pragmatiques, donc commerciaux avec PM et pas sûr que le nouveau PM soit enclin à autre chose. Peut être pourrait il agir intelligemment officiellement ou discrètement comme ambassadeur pour des contacts de la part des autres pays de l’UE pour aider à geler voire solutionner la guerre russo-ukrainienne car il faudra bien de toute façon reparler à V. Poutine.
La Russie n’a apparemment pas soutenu officiellement la candidature de VO lors des élections, contrairement aux Etats-Unis, comme le furent les candidats en Pologne et en Roumanie, agissant finalement en faveur des pro-Européens, même si la relation avec les Etats-Unis, et Donald Trump, le meilleur ennemi de l’UE, pourrait certes remplacer les Chinois et arabes pour un développement économique efficace sans trop heurter les Européens.
En somme un puzzle à plusieurs bandes où l’on voit finalement que les pays du centre Europe sont peut être les meilleurs garants d’une certaine identité européenne, avec peut-être une mention pour la Hongrie qui a toujours été particulière de par son histoire et son caractère, mais aussi qui peut nous aider à mieux réfléchir.
Donnons un an au nouveau Premier ministre pour essayer de progresser et donnons lui sa chance ….
Chypre, l’île qui ne devait pas être coupée en deux
La présidence du Conseil de l’UE par la République de Chypre, assez tournée vers la santé et la défense, aurait pu passer sous les radars en dehors de nos événements de bilan. Elle a finalement bénéficié de la crise avec l’Iran pour être redécouverte avec ses réalités mal maitrisées en dehors de certains initiés. L’opportunité de l’événement Battlefield Redefined sous le patronage de la Commission européenne, avec contacts gouvernementaux, institutionnels et industriels, donna aussi l’occasion d’une semaine d’étude historique, politique, artistique et sociétale qui rappela aussi certaines réalités internationales et européennes qui peut donner des éléments de réflexion dans la future politique d’intégration de certains pays, comme également imaginer certaines solutions pour l’île et son environnement.
Par François CHARLES
Eco et géopolitologue, expert stratégie et management, ancien responsable affaires industrielles internationales à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)
Qui se souvient que ce territoire européen, proche des côtes du Moyen Orient, a connu de longues histoires française, ottomane entrecoupées d’un passage italien et britannique, d’ailleurs toujours présent sur deux bases ? Les Français furent apparemment la première nation à aider la protection de l’île lors de son indépendance et jouissent d’une certaine reconnaissance pour l’industrie de défense terrestre et navale.
La visite de la ligne verte, qui aurait aussi pu être d’une autre couleur, et qui garde les anciennes traces de combats, rappelle à la fois le mur de Berlin avant sa fermeture complète et Belfast, et qu’il existe encore des murs en Europe. On peut aussi y faire certains clins d’œil à la Géorgie et à l’Ukraine en partie occupées, voire annexées de façon on reconnue, comme le furent maintes fois l’Alsace et la Moselle.
Contrairement aux accords sur l’indépendance de 1959, elle coupe le pays et la capitale en deux depuis la tentative de prise de contrôle grecque et la contre invasion turque de 1974, qui s’est sans doute arrêtée sur pression britannique toujours présente militairement dans le pays. La ligne marque concrètement une cassure désormais identitaire entre les zones d’influence des deux frères ennemis de très longue date, avec déplacements de population, ce qui n’avait pas été autant le cas lors de la guerre civile quand les Britanniques n’acceptèrent pas, avec répression à la clé, le référendum d’autodétermination de 1954 en faveur du rattachement à la Grèce, tout comme d’ailleurs les Turcs qui blâment également toujours l’attitude des institutions européennes quand au rattachement de Chypre à l’UE en 2004.
La république turque de Chypre du Nord n’est pas annexée et est reconnue uniquement par la Turquie qui y est omni présente, affichant même une communication de style Hollywoodienne, même éclairée la nuit sur la montagne au nord de la capitale. On peut y accéder avec un simple passeport tandis que les habitants de la partie nord ne peuvent se rendre au sud que quelques heures au sud. La partie sud n’est pas la Grèce même avec de très nombreux drapeaux surtout à Nicosie. L’UE a reconnu et finance toute l’île, comme elle finance d’ailleurs toujours aussi la Turquie dans sa politique de voisinage et d’intégration comme sur les accords d’immigration.
L’île ne fait pas partie de l’OTAN du fait du véto turc et de l’unique reconnaissance de la république du Nord par la Turquie. La partie sud n’a donc pas à se montrer solidaire d’une attaque sur le Nord ou la Turquie ni inversement. Les religions se mêlent plus au sud qu’au nord où mosquées et églises de toutes les tailles se côtoient, voire se toisent.
L’économie du sud est riche par les services, dont bancaires, avec son statut de quasi paradis fiscal pour certains groupes, et sera prochainement contributrice au sein de l’UE. Le réseau ferré n’existe pas. Si le réseau routier est assez bien développé dans le sud, permettant d’accéder aux principales villes il n’en n’est pas de même pour les moyens de transport au nord avec un certain manque de modernisation alors que les casinos inondent les villes côtières. Les monnaies sont l’euro et la livre turque. Le coût de la vie semble être beaucoup plus élevé au sud qu’au nord.
En dehors de la vieille ville de Nicosie assez rustique, ses parties sud et nord se sont construites sur un style occidental plutôt moderne. Les autres villes de l’ile ont des caractères différents mais développées. Le nord comme le sud sont dominés par le secteur tertiaire et le tourisme. L’agriculture est présente mais limitée à cause du climat.
Les musées et monuments rappellent les histoires du pays mais avec une forte rivalité, et une certaine revendication plus affirmée au nord. Les mots sont traditionnellement forts côté turc tel que martyrs, déjà pour les combats du 16e siècle, ou dans le musée de l’armée totalement en langue turque, qu’heureusement les smartphones traduisent désormais et avec un Président Ataturk immortel.
L’immigration est similaire, avec apports grecs ou turcs plus de nombreux migrants exotiques, l’ile ne faisant pas non plus partie de l’espace Shengen. Le sentiment de sécurité semble similaire et les gardes au check-point sont généralement souriants et courtois, loin d’être à l’image de ceux des deux exemples déjà cités plus avant.
Si le Président chypriote a mentionné la menace turque lors de son discours d’ouverture de l’événement mentionné, il est a noter que ni les Grecques, ni les Turcs n’ont réagi à l’envoi de chasseurs de chaque coté de l’ile suite aux attaques de drones iraniens, une innovation depuis 52 ans. Ceci confirme la reconnaissance d’une protection commune sur les bases de l’indépendance, ainsi que les discussions qui semblent avoir repris de part et d’autre de la zone verte entre les deux parties, en plus des réunions et facilitations permanentes de l’ONU, notamment sous pression des populations plutôt grecques que turques, dans une approche d’écoute active qui semble à nouveau progresser pour mieux regarder l’environnement et solutionner les problèmes liés, voire mieux montrer que les deux parties peuvent néanmoins cohabiter.
On rappellera néanmoins les revendications turques sur certains ilots grecs proches de ses côtes, (cf diner I.R.C.E.) qui pourrait peut être aussi se rappeler que la France ne revendique pas les iles anglo-normandes de la perfide Albion que sont Jersey et Guernesey, les Britanniques se montrant d’ailleurs plus revendicatifs que les Français.
En envoyant frégates et porte-avions, la France et l’Italie, nations méditerranéennes, se sont senties solidaires, sans doute aussi par leur histoire passée, pour protéger l’île mais aussi les bases britanniques. Pourquoi ne pas y tester un dôme de protection commun ? Reste à connaitre la position turque bien silencieuse.
En terme de laboratoire sur d’autres zones sous tension, potentiellement à terme réconciliables, même si le Conseil européen s’était montré au départ inflexible sur les frontières de l’Ukraine, l’UE pourrait donc intégrer le pays en entier avec une partie Est, non pas annexée mais indépendante sous protection russe, et pourquoi pas avec certaines bases militaires de part et d’autres du Dombass et de la ligne de front, mais sans forcément cette fois une capitale coupée en deux comme le furent Berlin ou Vienne et sans adhésion, sine die, à l’OTAN, comme l’Autriche, qui n’est certes plus en première ligne. Il pourrait en être de même en Géorgie. Quant à la possible intégration conditionnelle de la Turquie dans l’UE, c’est une autre histoire, mais qui en semble peut être liée, ce qui ne sera sans doute pas le cas de la Russie, même jusqu’à l’Oural. Mais qui sait…
L’Italie de Giorgia Meloni, la nouvelle clé de l’UE unie dans la diversité ?
Alors que les Français voudraient bien imposer un fédéralisme européen comme Napoléon commençait à le construire, alors que les Allemands digèrent encore la réunification et misent sur leur force économique qui va leur redonner également une place militaire redoutée, une nation a des choses à dire, qui veut jouer un rôle et ne pas être la roue de secours du tandem des deux premiers : l’Italie de Giorgia Meloni, qui finalement incarne peut-être désormais celle qui a le mieux compris ce que signifie unis dans la diversité à travers son histoire et l’univers, voire la magie, de Tolkien.
Par François CHARLES
Eco et géopolitologue, expert stratégie et management, ancien responsable affaires industrielles internationales à la DGA, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)
Autant on découvre une facette du Président Ukrainien à travers sa série serviteur du peuple, mais également en fait comme chef d’entreprise de spectacles à succès venu ensuite aux affaires publiques comme Donald Trump, autant on peut mieux connaître la nouvelle présidente du Conseil italien, quant à elle professionnelle de la Politique, à travers la série culte du Seigneur des Anneaux qui l’a « forgée » pendant de longues années avec une équipe diversifiée mais soudée et des alliances improbables telle celle des anneaux où les elfes et les nains sont capables de combattre ensemble comme quand Tito maintenait l’unité de la Yougoslavie.
Certes adoubée par des pairs qui ont voulu tester une candidature qui finalement a fonctionné là où rien de réussissait, leur chose est devenue forte et a su créer un parti officiellement de centre droit alors qu’elle se revendique de Mussolini, se positionnant sans doute comme l’aiguillon d’une idée à la fois nationale et socialiste. Elle l’a fait en partenariat avec l’héritage Berlusconi, nommant comme vice premier ministre un ancien co-fondateur de Forca Italia, ancien président du Parlement Européen et ancien commissaire, qui connait donc bien le système européen, ses déceptions et petits arrangements politiques, et qui l’a sans doute poussée à effectuer son premier déplacement à la Commission européenne pour rassurer quant à ses intentions constructives.
L’Italie récemment assemblée a vécu des hauts et des bas durant toute son histoire, avec aussi des alliances heureuses ou malheureuses. Force motrice économique dans certains secteurs, comme les machines outils, et avec de grands groupes dans les domaines automobile et de défense, elle ne veut pas se faire guider par la France, et œuvre vers la recréation de l’axe germano italien.
Au moment où les droites plutôt dures se renforcent en Europe, Miss Frodon est peut être un atout pour à la fois faire valoir des méthodes réalistes et efficaces, que même la France attendait sur les migrants, tout en restant ancrée dans la dynamique européenne sans trop bousculer les valeurs fondamentales sous peine de grimaces institutionnelles et ses impacts financiers mais qui doit accepter l’évolution de sa politique générale. Son savoir faire relationnel et son regard de « tête à tête », les yeux dans les yeux, s’incommode du travaillomane persévérant E. Macron mais sait, comme l’Allemagne, voire mieux, attendre et obtenir le consensus des Hemtes. Nous analyserons prochainement sa réforme de la justice sur fond, en même temps, de relations internationales.
L’envoi de frégate vers Chypre, qui a aussi une histoire génoise et vénitienne, comme la France et le Royaume-Uni, d’ailleurs toujours présent comme à Gibraltar depuis notamment la problématique gestion de l’indépendance de l’île, est officiellement fait par solidarité défensive avec un pays de l’UE mais aussi voire avec une certaine marque d’affirmation comme pays de l’OTAN, dont Chypre n’est pas, comme Malte toute proche.
Misons sur son bon sens pratique au sein de l’UE et dans sa politique de voisinage pour le soutien à l’Ukraine dans sa lutte pour rester indépendante, tout comme pour l’analyse de sa potentielle rentrée dans l’UE avec apports mutuels.
Mais attention à l’envoutement de l’anneau qui peut également être destructeur s’il n’est pas doublement protégé.
Et pourquoi pas un porte-avions européen ?
Au moment où Emmanuel Macron annonce, depuis l’étranger, le lancement effectif du nouveau porte avions français de classe étasunienne, on peut finalement se demander si cette similitude reflète la sempiternelle projection psychologique française envers les Etats-Unis ou si elle serait digne de l’envergure européenne, comme nous essayons aussi de le faire sur l’espace avec les lanceurs mais également les satellites, les infrastructures et les services. Encore faut-il poser le(s) objectif(s), les réalités et les options pour concrétiser ce projet, avec des regards et solutions pourquoi pas innovantes en terme opérationnel, industriel et financier, sauf s’il ne s’agit finalement que d’une pierre dans la mare de l’Europe politico-militaro-industrielle de la défense ?
Par François CHARLES
Economiste, expert défense, armement, relations européennes et internationales, ancien responsable politique industrielle européenne à la DGA, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe
S’agissant du besoin opérationnel, il s’avérait évident que la France ne pouvait suivre le constat négatif de son éternel rival sur les mers. Mais on peut se poser de la question de la taille, les avions n’étant pas plus gros, sauf bien entendu à en emporter davantage même si le nombre d’aéronefs n’augmente pas, voire à tendance à baisser, sauf si bien entendu nous pouvons en emporter d’autres dont européens ou étasuniens, dont les pilotes ont toujours l’impression de se poser sur une boite d’allumettes par rapports à leurs quasi aéroports de la mer. Sauf enfin à embarquer d’autres types d’appareils et de matériels, et augmenter le nombre de marins. Quant à leur vulnérabilité, l’escadre, qui est de plus en plus européenne, peut prendre en charge la protection contre les drones navals et notons que ce genre de navire a perduré même avec les kamikazes japonais, les drones aériens ayant d’ailleurs souvent besoin de bases plus proches sauf issus de navires !
D’un point de vue industriel, le programme est lancé sans avoir laissé entendre un possible programme partagé. Et d’ailleurs pour quoi faire considérant que la France possède toutes les compétences et que tout le monde sait bien qu’un programme en coopération coute toujours plus cher dans l’armement, sauf peut être s’il est fait en collaboration ou en alliance pour l’extérieur, voire en supranational ? S’agissant du management de programme et les délais, misons sur l’intelligence humaine et artificielle, voire la refonte de la DGA, pour rester dans ceux de nos bâtiments actuels, voire des jalons réduits même avec des dimensions plus grandes, au besoin épaulée par le management fort de l’OCCAR qui fait ses preuves, et qui peut être sollicité pour un programme mono-constructeur.
Et le lien arrive naturellement vers le financement qui serait de 10 milliards glissants sans MCO, si l’on compare avec les bâtiments étasuniens et bien malin qui pourrait dire le prix final. Mais les choix de défense sont des choix politiques et non forcément économiques surtout pour un tel projet stratégique et diplomatique. La France pourra-t-elle le supporter ? Et pourquoi pas un financement commun et solidaire des Etats-membres, ou partenaires et de l’UE, en pleine imagination de nouveaux dispositifs, même pour un seul constructeur et même par des pays qui n’ont plus accès à la mer. Il n’est pas trop tard. Le retour géographique auquel veille la Commission européenne, déjà sensibilisée, également attentive à certaines innovations, pourrait être résolu non pas forcément sur ce programme mais sur d’autres affaires militaires ou industrielles, voire annexes sur la base d’une assiette globale, comme sait le faire l’OTAN et l’UE sur les contributions générales.
Reste sans doute à convaincre que le modèle Airbus n’est pas toujours la solution, et la France d’œuvrer en faveur de l’UE avec un pavillon français et européen et la même problématique opérationnelle du partage des créneaux horaires de satellites dans une boussole partagée, à l’heure de la création d’une gouvernance européenne de l’organisation en s’inspirant notamment du fonctionnement de l’ESA dans le domaine spatial en relation avec les agences européennes et les partenaires extérieurs. Ceci fera peut-être aussi avancer la dissuasion partagée que sait le faire l’actuel animateur étasunien qui cherche plus ou moins à se désengager.
De la notion de solidarité sur l’accord UE-Mercosur
La signature de l’accord UE-Mercosur a été reportée pour les fêtes mais quelque chose sera-t-il changé d’ici là ? Au-delà peut-être du contenu et notamment du respect des normes européennes même avec un accord particulier, on peut aussi se demander si le changement ne viendra-t-il pas d’une lecture plus globale et d’une notion de solidarité qui manque souvent en inter secteur et intra-européen, notamment en guerre commerciale et en réaction intelligente, en dehors de celle contre la guerre militaire. Analysons quelques réalités et certaines solutions, si tant est qu’il faille en trouver.
Par François CHARLES
Economiste, Conseil en stratégie, management, affaires européennes, Président de l’Institut de Rechcrche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)
Pour mémoire, le Mercosur regroupe tous les pays d’Amérique du sud en dehors du Venezuela et des possessions étrangères françaises, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, soit 80% du PIB du sous-continent et 4e bloc économique de libre échange, un bon attrait pour l’UE qui cherche à prendre sa place sur certains marchés.
Pour mémoire, on peut rappeler que cet accord comporte d’une part un volet commercial, de la compétence exclusive de la Commission européenne, qui n’a donc besoin de personne pour le signer, sauf à imaginer que le Conseil des ministres puisse tout de même valider le contenu avant signature à la majorité qualifiée, et d’autre part un aspect partenariat stratégique sur différents aspects, généralement désormais tous les accords, comme par exemple l’éduction, le tourisme, la sécurité, les droits, où les Etats-membres doivent ici se prononcer. Et qui se souvient de l’ancien projet d’accord TAFTA avec les Etats-Unis ?
Le volet commercial ne traite pas que d’agriculture qui pourrait se retrouver déficitaire, mais aussi d’industrie automobile, de chimie, de secteur pharmaceutique, de textile et de services, qui eux devraient enregistrer des gains. Par ailleurs, au sein même de l’agriculture, seuls les secteurs bovin et sucriers seraient en peine.
La grogne bien légitime des agriculteurs des principaux pays de l’UE, dont la France qui récupère le plus grand budget européen de la PAC, réside surtout dans le risque de non respect des normes qu’un accord spécial ne peut excuser. Ceci signifie donc a priori que si ces normes sont respectées, ce qui est un élément essentiel, dirions nous même normal, et qui représente un coup initial pour le producteur et un coût administratif de contrôle, l’opposition tomberait, même si le bœuf français est en déficit alors que la filière ne s’en sort pas.
De la notion et solution de solidarité
Il serait bon de redécouvrir qu’au sein de l’agriculture, il existe plusieurs professions bien distinctes avec des exploitations de plus en plus grosses et que les agriculteurs en polyculture sont devenus rares. Les autorités devraient en profiter pour éviter de refaire le match, comme dit E. Macron et inciter à une certaine solidarité au sein même de la profession.
Il serait bon d’autre part d’écouter les professionnels bénéficiaires qui se taisent pour mieux comprendre leur gain et analyser également la balance et peut-être prévoir un système de compensation avec les déficitaires cités ci-avant. MEDEF et FNSEA qui se réunissent chaque mois avec d’autres syndicats pourraient sans doute nous en parler.
Ces dispositions devraient par ailleurs être organisées au niveau des institutions européennes avec pourquoi pas une ingénierie nouvelle au sein de la nouvelle PAC, qui a été une des premières et rares politiques européennes, et d’ailleurs en profiter pour relier le dossier des pêcheurs.
Il serait enfin opportun de réunir un Weimar, voire « plus » de l’agriculture entre les trois grands producteurs, en attendant sans doute l’Ukraine pour mieux peser mais avec intelligence face à l’industrie, créatrice de valeur, qui doit bien entendue être défendue.
Quant aux réalités juridiques du fonctionnement fédéral actuel de l’UE, peut-être seraient elles aussi à revoir, de façon permanente ou temporaire comme en Suisse ?
Le Grand Rubricabrak de l'intégration européenne
Les demandes d’intégration de l’Ukraine au sein de l’UE, mais également des Balkans, de la Moldavie et de la Géorgie, qui ont chacunes leurs spécificités, doivent nous faire réagir sur les options à adopter de façon mesurable, accessible, réaliste, réalisable et déterminées dans le temps et sur la base des retours d’expériences passés et des réalités anciennes, répétées et nouvelles, avec une certaine prise de considération des impacts, conséquences, engagements à prendre, ou trop rapidement pris, sous prétexte d’émotion vécue et de situation particulière. Evitons un rubricabrak, pour ne pas dire un nouveau bricolage, afin d’accueilir au mieux les possibles nouveaux entrants et éviter les déceptions perturbantes de part et d’autre.
Par François CHARLES
Economiste, conseil en stratégie et management, relations européennes et internationales, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (I.R.C.E.)
Avant et plutôt qu’apporter de grandes réponses toutes faites, posons-nous déjà les bonnes questions. Ne confondons pas non plus vitesse et précipitation. L’amitié et la solidarité, si possible non à sens unique, ne doivent pas empêcher de prendre des décisons la tête froide de façon logique plus qu’avec le cœur et l’émotion. En définitive, faire en connaissance de cause et de façon raisonnée.
Comme dans la négociation des grands accords internationaux, il est important de savoir qui est demandeur et pour quelle raison. Quand le socle européen occidental pense valeurs européennes sauvegardées au Conseil de l’Europe, dont état de droit et zone de paix, les nouveaux entrants pourtant plus propices aux perturbations et aux risques géopolitiques, pensent souvent économie sans vouloir se retrouver dans un nouveau système contraignant sous prétexte d’être libre. Sur la sécurité, l’OTAN est plutôt faite pour cela en attente d’une possible dynamique interne en la matière au-delà qu’industrielle, même si toute intégration y est soumise à approbation au consensus.
Nous avons entendu des élus raconter que les pays du centre europe (PECO) n’avaient pas été préparés notamment pour gérer la somme des fonds reçus que certains représentants de pays considéraient comme négligeables dans leur économie. Certes la politique de voisinnage n’était pas facile à mettre en place avant la chute du rideau de fer et que la vitesse de décison d’intégration a été surtout motivée par cette fenêtre ouverte, comme si elle risquait de se refermer.
Ne regrettons surtout pas la précédente intégration avec des pays à culture industrielle mais elle doit nous amener avec courage et lucidité à des analyses et de possibles recadrages. Si les fonds peuvent être bloqués au sein de l’Union pour l’état de droit, la démocratie, la lutte contre la corruption, le blanchiement, parfois sur des régions et non un pays en globalité, n’oubions pas d’autres sujets juridiques et des attitudes de pilotage où tous les pays semblent être concernés, même les plus anciens fondateurs qui sont parfois loin d’être les meilleurs élèves.
Le cas ukrainien est-il différent ? Le bar est-il ouvert sous prétexte de guerre qui ne peut d’ailleurs faire rentrer le pays dans toute forme d’organisation, ce qui n’était pas le cas des pays du Centre Europe ? Certes à situation exceptionnelle mesure exceptionnelle mais devons-nous une nouvelle fois réagir dans l’urgence ? Devons nous accepter des dérogations ? Et finalement peut-on faire confiance ?
L’UE investit en Ukraine depuis 2014 pour aider à retructurer l’administration. Notons qu’il a fallu mettre une certaine pression à son actuel président soldat pour qu’il consente à limoger une liste de hauts responsables corrompus en échange d’armements et de sommes dédiées. La politique de voisinnage n’est pas forcément en cause car prévue pour le monde entier. Bien entendu, l’Ukraine semble européenne mais pourquoi entendons-nous aussi que la Commission européenne était obligée d’inviter officiellement l’Ukraine pour répondre à la provocation russe ? Quand on voit que cette même Commission a réagi néagativement aux actions des pays voisins de l’Ukraine sur le blocage des céréales, apparemment non canalisées, a-t-elle bien réfléchi au fait que l’intégration de ce pays va bousculer la Politique Agricole Commune (PAC), qui a été élaborée au lendemain de la guerre et tant mieux si cela va dans un sens positif, mais où sont les analyses ? Même si on y trouve les plus grandes centrales nucléaires, comment doit on digérer cet énorme pays très disparate économiquement ? Les aides à la reconstructrion seront-elles gérées comme les fonds structurels et ces derniers seront-ils conditionnés ? Des sanctions envers l’Ukraine seront-elles acceptées voire acceptables en cas de découverte d’éléments incorrects même si elle a connu l’horreur de la guerre d’agression ? Que dira madame Van der Leyen et M. Michels, très complaisants, s’ils sont encore en poste ? Les Etats-Unis ont semble-t-il plus de sang froid.
Les cas moldaves, géorgien et des Balkans ont aussi leurs spécificités et leurs points noirs sans réel points forts économiques pour l’UE sauf à considérer des intégrations davantage liées à des questions de paix et de sécurité, voire d’avantages territoriaux ou pour faciliter l’accès d’investissements et bénéficier de main d’œuvre plus facile d’accès.
Mais où est l’analyse des dernières intégrations avec des pays qui désormais défendent leurs efforts et s’opposent à faire plaisir aux nouveaux candidats et qui semblent vouloir prendre une certaine importance par acquis de confiance et grâce aussi à la guerre en Ukraine ? Où est l’analyse du Brexit qui n’est pas que le fruit d’une politique intérieure ? Pourquoi la Norvège, pourtant solidaire dans une certaine résilience, n’intègre-t-elle pas l’UE ? Quels sont les critères à risques de chaque cas ? En matière de finance, que penser par exemple des pays qui ne sont pas volontairement passés à l’euro ?
Le discours de séduction de Bratislava annonce une meilleure écoute mais sans doute pour mieux réorienter avec savoir-faire vers le socle des critères initiaux sans pour autant réviser la roue à cliquet des acquis, alors qu’il est pourtant possible de le faire comme dans toute politique générale d’organisation connaissant une augmentation de taille par croissance externe avec des identités différentes ou par impacts externes.
On entend enfin une proposition d’intégration progressive, déjà économique, qui bouleverse les postulats de base mais qui montre au moins que l’UE vit d’autre chose que de valeurs et d’eau fraîche. Pour autant, elle devra être faite de toute façon en dehors de l’UE car que deviendraient les actions actuelles de la Commission envers les pays membres récalcitrants à l’état de droit selon les règles européennes, dont les principes sont constatés dans les pays candidats ? Qu’en sera-t-il au lendemain de l’échec de l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans Shengen, peut être plus par rejet politique de certains pays que pour des questions de critères ? Que pensera-t-on du principe turc « on rentre et on verra » qui a aussi certaines limites de dépendance, comme quand l’UE s’est engagée à financer certaines infrastructures en Turquie pour éviter les flux migratoires.
Y aurait-il des différences de vues entre les « grands pays » et les « petits pays » qui étaient aussi parfois de grands pays, quand ils se font entendre sur la décision à l’unanimité, au consensus plutôt que la majorité qualifiée ? Faut-il finalement de grands sursauts étatiques et institutionnels, certes gagne pain des parlementaires, ou simplement d’une part une révision de la méthodologie d’attribution pour en faire moins mais mieux avec même de possibles réintégrations dans les états-membres historiques pour des besoins d’infrastructure et d’autre part surtout ensuite une meilleure gestion et pilotage des fonds ? La Communauté Politique Européenne, peut-elle être un sas d‘entrée mais que penser alors du positionnement du Conseil de l’Europe également en dehors des institutions exécutives, pour les non initiés qui s’y retrouvent ?
Le prix Charlemagne part aussi en Ukraine lors d’une nouvelle tournée de sagesse ?
Après l’attribution du Prix Charlemagne aux militantes biélorusses des droits civiques, le Prix Charlemagne 2023 est décerné au président ukrainien Volodymyr Zelensky et au peuple ukrainien pour leur combat en défense de la démocratie et contre la guerre non provoquée et injustifiée menée par la Russie. La distinction était remise lors d’un nouveau périple européen entre Italie, Allemagne, France et Royaume-Uni pour remplir le panier d’armes dans un soutien durable tout en restant un peu moins insistant sur les avions dans une certaine conscience.
Par François CHARLES
Economiste, conseil en stratégie et management, relations européennes, Président de l’I.R.C.E., ancien responsables d’affaires industrielles internationales à la DGA
Le Prix international Charlemagne d’Aix-la-Chapelle est la récompense la plus ancienne et la plus célèbre décernée en reconnaissance de l’engagement en faveur de l’unification européenne. Qui pouvait le plus le recevoir actuellement, en présence des autorités institutionnelles, que l’actuel président ukrainien et son peuple qui défendent les valeurs de la liberté et qui peuvent aussi employer la force pour se protéger et qui « mérite de faire partie de l’unité atlantique » avec un remerciement sur l’accueil des réfugiés ukrainiens.
Notons une réaction de soutien de la Banque Européenne d’Investissement, sur son site, qui témoigne d’une solidarité sans faille avec l’Ukraine, après avoir décaissé 1,7 milliard d’euros de financements et 3,6 millions d’euros d’aide humanitaire depuis le début de la guerre avec un appel à contributions en faveur du fonds fiduciaire de la BEI « EU for Ukraine » pour soutenir les efforts de reconstruction.
Cet effort est bien entendu à rajouter à ceux des Etats-Membres dont l’Allemagne qui vient d’attribuer une nouvelle enveloppe de 2,7 milliards d’euros pour des munitions, chars, système de missiles et d’anti missiles lors de la venue du Président combattant qui a salué le « rôle de leader de l’Allemagne, élément clé de stabilisation des relatons internationales, et sa deuxième place après les Etats-Unis ». Nous ne saurons pas si ces mots flatteurs ont réjoui les chefs italiens, français et britanniques en espérant qu’ils ne sont pas fait pour jouer la concurrence à la chinoise.
Notons que la conférence de presse en Allemagne pourrait être qualifiée de sagesse sans aborder les avions, sujet certes rattrapé ensuite par les journalistes. La question des interventions possibles en Russie a même été abordée et non repoussée par le Chancelier répondant qu’il fallait tout faire pour rétablir les frontières de l’Ukraine. S’il s’agit désormais de V. Zelensky (VZ), il en va surtout toujours de celle des alliés.
Merci commissaire Breton, interviewé sur une chaine française, pour avoir rappelé que c’est bien l’Ukraine qui mène cette guerre aidée par les Etats-Membres de l’UE et de l’OTAN et qui vaincra, même si tente souvent d’intégrer les Européens et leurs alliés dans la guerre.
T. Breton rappela aussi que les achats d’armes des Etats Membres de l’UE, gérée par l’agence de défense, comme cela se pratique au sein de l’OTAN et comme cela a été le cas d’ailleurs pour les médicaments. Pourront se rajouter des financements pour les lignes de production.
Quant aux visites de plus annoncées par VZ pour remplir son panier et peut-être d’avions, certes la supériorité aérienne est essentielle notamment pour le moral des troupes au sol mais pas totalement obligatoire si les appareils de l’ennemi ne peuvent survoler le territoire comme c’est le cas. On peut d’ailleurs former sur des avions école pour la pratique des opérations sans forcément ensuite piloter sur Rafale ou Mirage 2000. Sous des alibis de conserver des moyens nationaux, reste la question de savoir si l’on peut avoir confiance en VZ ou à ses militaires, voire ses ministres qui ont des discours parfois surprenants. Et pourrons-nous récupérer les matériels en cas d’engagement non tenu, voire si la guerre est terminée ?
Enfin, faudra-t-il reconstruire tout le pays sauf à en profiter pour tout rénover mais avec de simples fonds structurels. L’intégration doit sans doute être particulière mais de toute façon pas avec un pays en guerre et avec des responsabilités et une solidarité reconnues pour calmer les avis et apriori négatifs ou les déceptions.
La décison allemande des chars pour l'Ukraine : clé de l'identité européenne ?
A l’heure de l’anniversaire du Traité franco-allemand, il est utile de rappeler que l’on retrouve souvent, dans de nombreux domaines, la France, l’Allemagne puis les autres, dépendants et rejoignant cette dernière pour finalement gagner la partie, même si ce n’est pas un jeu. Pour autant, la Pologne, autre moteur européen du centre Europe, monte peu à peu en puissance et opposition sur différents sujets dont la forme du soutien à l’Ukraine, suivis par d’autres pays dans toute l’Europe dont plutôt frugaux, rapprochant finalement aussi les deux grandes anciennes nations antagonistes, notamment sur le sujet de la défense et de l’armement pour mieux faire valoir une certaine identité européenne au sein de l’OTAN. Et pourquoi pas dans d’autres secteurs au sein d’un même label multifacettes
Par François CHARLES
Economiste, ancien responsable d’affaires industrielles européennes à la DGA, conseil en stratégie, management et affaires européennes, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (IRCE).
Réalités et options
Le grand show étasunien de Ramstein de janvier en Allemagne, précédé par une réunion la veille entre Etats européens, visait à définir une position cohérente sur la fourniture d’armes, bien montrer le caractère défensif de l’OTAN et figer la ligne de défense pour faire jouer ensuite la négociation, au grand désespoir des Ukrainiens. Celui de février réaffirma un soutien mais cette fois plus « lourd » par pression interne européenne mais sans doute aussi étasunienne comme quand l’UE acceptait l’échange de données UE-EU en contrepartie de gaz.
La reprise des avancées russes, pour l’instant minimes, et la peur engendrée à nouveau chez les Polonais, en guerre depuis 10 ans dans les Etats-Majors et les ministères, a su relancer les dynamiques, comme à Vienne qui s’endormait sous les batteries de cuisine de Talleyrand avant que Napoléon ne rentre de l’île d’Elbe, et modifier certaines décisions pourtant encore estimées encore trop frileuses par le Président Zelinsky ne devrait pour autant pas blacklister les autres dirigeants comme il peut le faire étonnement avec les personnes qui cherchent la paix depuis 2014.
La contre-offensive russe, certes d’un groupe spécialement entrainé, impose toujours des matériels immédiatement disponibles à la fois pour les Ukrainiens mais aussi désormais pour de nombreux pays comme la Pologne ou l’Allemagne, achetés surtout en dehors d’Europe qui n’a plus de disponibilités, sauf peut-être cachées, ou avec remise à niveau, avec de l’argent en propre ou en solidarité. Reste à prévoir la formation, avec des délais adaptés en lien avec la technicité.
Certains découvrent les réalités d’une vraie guerre avec impacts civils, avec certaines attitudes d’horreur ou d’une opération spéciale ou extérieure, comme la nomme les Français pour les leurs. Certains diront que les Etats-Unis alimentent le grand Laboratoire ukrainien de l’armement comme ils l’ont fait avec la guerre des étoiles. D’autres mettront le doigt sur le discours ukrainien demandant toujours plus, jusqu’à désormais des avions, bateaux et sous-marins et entrainant peut-être peu à peu les servants étrangers camouflés pour éviter de tomber dans le statut de belligérant comme sait le faire V. Poutine jusqu’à un certain stade, sachant aussi parler de droit pour faire respecter les Accords de Minsk. Leur échec l’a semble-t-il poussé à annexer les provinces et donc de recevoir le blâme de ne pas les avoir respectés, comme sans doute ensuite d’autres raisons qui ont provoqué la tentative d’invasion.
D’autres craignent les débordements ukrainiens en territoire russe. D’autres enfin en profitent pour bousculer l’ordre établi au sein de l’UE sans forcément vouloir jouer le rôle de contre leader, comme l’ont fait les Britanniques. Au-delà des visioconférences, nous assistons à des Conseils et visites à Kiev, des invitations à Strasbourg puis à Bruxelles même au Conseil européen, afin de consolider l’unité, d’assurer d’une prise de guerre, comme dans les années 1990 au mépris de la valeur de certains critères. L’Ukraine n’en demande pas mieux pour accélérer son adhésion à l’UE qui est d’ailleurs sans doute une des principales raisons de l’invasion, plus que l’OTAN qui est déjà aux frontières de la Russie. Encore faudra-t-il qu’elle retrouve ses frontières d’origine ou que les membres modifient les conditions initiales,
L’Ukraine mise sur son Président médiatique, pour jouer à « battez-vous » tout en sachant aussi déjà vers qui elle souhaite se raccrocher, à moins que ce soit un autre jeu, en inventant parfois des faits et en communiquant à la place des autres pour mieux les impliquer, comme avec le missile au-dessus de la Roumanie ou de la Moldavie. Mais sachons aussi que tout est possible quand on sait que des avions russes survolent aussi parfois la Bretagne mais très bien détectés et encadrés. Je dois m’arrêter là sous peine d’être officiellement déclaré pro-russe par de multiples lecteurs et autorités.
Enfin, on assite récemment à des limogeages en masse en Ukraine pour corruption alors que l’UE finance la réorganisation de l’Etat depuis longtemps dans le cadre de la politique de voisinage. Peut-être est-ce une possible actuelle pression vers l’Ukraine en contrepartie de l’envoi de nouvelles armes plus lourdes sans accepter non plus les avions qui demandent aussi plus de temps de formation qu’en 1940. Reste à savoir aussi qui financera tout cela, même s’il le faut sans doute, coûte que coûte, au nom de la liberté comme de la sécurité. Quant aux atouts de l’Ukraine pour l’Europe, si cela est peut-être bon les Ukrainiens et pour les consommateurs européens, nous pourrons aussi demander leurs avis, aux agriculteurs franco-allemands au-delà de la solidarité. Regrettons que les atouts de chaque Pays entrants soient moins considérés que les manques, constatant régulièrement aussi que l’UE n’est forte ensemble que sur le papier ou quand il y a des crises et que l’on ne vit pas que de valeurs comme d’eau fraiche. Mais je vais arrêter sous peine d’être suspecté de soutenir les agresseurs.
Faudra-t-il se préparer à faire le deuil de ne pas avoir assez donné et pas assez tôt ? Si les Russes envahissent l’Ukraine, l’apocalypse écrit, en lien avec la Chine, que l’OTAN considère enfin, sera un peu repoussé.
Les Russes ont attaqué l’Ukraine avec des chars et méritent certainement d’en être repoussés de la même façon, au-delà de construire une ligne Maginot défensives sur les limites actuelles, de quasi 2014 et de janvier 2022, et vers une guerre sans fin. Les uns veulent retrouver leur bien historique et n’acceptent pas cette sous identité ukrainienne et sa volonté de rentrer dans un autre espace, avec des valeurs différentes et avec des écartements de voies de chemin de fer différents avec leurs effets induits, ce qui est loin d’être ludique. Les autres veulent retrouver leur frontière, condition notamment de l’entrée dans l’UE qui est plus importante que d’intégrer l’OTAN. Les uns luttent contre le soi-disant « nazisme ukrainien » quand les autres combattent le « fascisme poutinien », sans parler de stalinisme. Les uns ne veulent pas dialoguer avec V. Poutine, comme quand la France ne voulait pas parler à Bachar el Assad, sachant bien que l’un et l’autre resteront sans doute en place longtemps…et que tant que VP sera présent, le deuil de l’Allemagne de l’Est ne sera pas fait.
On voit par ailleurs, que les Ukrainiens rentrent chez eux et que l’économie fonctionne dans les zones non occupées de ce grand Pays, comme en France en dehors des zones détruites ou occupées lors des guerres. Le fait que les Ukrainiens aient repris une partie des régions annexées par la Russie n’a pas déclenché de guerre nucléaire, sans doute ce n’en vaut pas la chandelle mais qui pourrait finalement arriver si le conflit s’étendait à l’OTAN. On peut aussi se poser la question de ce qu’il serait advenu si V. Poutine avait réussi son coup en février 2022 ou sur quelles cibles peut-il porter ses efforts dans une sorte de meilleure solution de rechange, comme la Moldavie ou le reste de la Géorgie, où finalement l’Occident ne bougera plus, sans imaginer la Roumanie, ni les pays Baltes bien intégrés au sein de l’OTAN.
Les journées pour la paix de Munich ont rappelé, devant le monde quasi entier, intéressé par les convois de nourriture, que la Russie ne doit pas gagner, que la guerre pourra être longue et que l’heure n’est pas (plus) au dialogue avec la Russie. Il est surtout question de reconquérir les esprits, voire les cœurs de pays du Sud non solidaires qui accueillent la Russie et son lobbying sur les autres continents et se sent soutenue.
Enfin, il n’est pas forcément bon de militer pour la paix avec concession quand on se souvient que l’assassin de Jaurès n’a pas été condamné, comme l’agresseur de Dreyfus, mais que celui de Louis XV a été écartelé et ensuite « découpé », contre l’avis du roi.
La problématique et la force de la décision allemande
Face à cela, ou plutôt en l’intégrant, la France, jusque-là leader politique, a réintégré le rang au sein de l’OTAN qui n’était pas en mort cérébrale mais en sommeil et en veille défensive, tant que l’on n’avait pas réellement besoin d’elle. L’Allemagne, quant à elle, commence à prendre des décisions qui affirment son rôle pivot, avec un impact fort, tout en montrant des liens cohérents avec les Etats-Unis dont elle est liée grâce à sa constitution, qui ne l’oublions pas, à veillé à casser autrefois son unité, mais aussi en leader européen en intervenant aux cotés et à la place du secrétaire général de l’OTAN ?
La position allemande peut aussi sembler ambigüe, voire difficile pour elle-même. Gardons en mémoire qu’elle devait limiter son armement, que la France a été la dernière a accepter son réarmement et qu’elle prend seule, désormais, la décision sur des bases humaines à reconstituer, comme a dû le faire le Japon, dont les soldats vont désormais au combat bien armés dans les opérations internationales.
S’agissant de l’export de matériels sensibles, celui-ci est interdit en France comme en Allemagne, sauf autorisation gouvernementale. Cette dernière est avant tout ancrée sur des valeurs et désire harmoniser, au niveau européen, à partir de ses principes forts liés aux valeurs du Conseil de l’Europe. La France, quant à elle, veut se garder le droit d’agir au cas par cas et davantage sur des principes de géopolitique. Nous avons vu les résultats d’une part pour les bateaux MISTRAL et d’autre part pour les missiles MBDA. Pour autant elle se trouve désormais confrontée à une réexportation aux portes de l’UE dans un pays qui fait une certaine unanimité de soutien et potentiellement déjà intégré dans l’UE, alors que bien des critères ne font pas l’affaires, rappelant aussi l’entrée de ceux du Centre Europe.
Si la France avait promis déjà des véhicules avec des canons de 105, il n’était pas question de le faire pour les chars Leclerc, qui vont pouvoir être comparés aux Léopards et autres chars étasuniens beaucoup plus lourds. L’Allemagne a accepté la licence d’exportation pour les Léopards 2 de la Bundeswehr mais aussi, et finalement, pour des Léopards 1 actuellement en stocks dans divers endroits, nécessitant d’ajouter certes aussi un financement pour les remettre en état de fonctionnement et assurer leur approvisionnement en munition. Cela rejoint le fait que la Pologne et les ex PECO ont donné des chars très rustiques d’origine russe, ce qui peut être un point de liaison dans le groupe de Visegrad qui n’est pas toujours à l’unisson, sauf peut-être sur cette absence de règle. Mais l’Allemagne a su user de son parent normatif, toujours en accord avec les Etats-Unis, et ses propres valeurs, pour refuser, au moins pour l’instant, la livraison d’avions, quand elle cherche surtout à renforcer ses propres forces.
Le regain de permission d’identité polonaise en rebond des demandes ukrainiennes
La Pologne s’affiche, d’une certaine façon, comme « contre-leader », et peut parler plus librement car tout le monde soutien d’Ukraine, sans doute en prenant un peu la vedette à la Hongrie, qui s’était vue blâmée autrefois par certains membres du Conseil de l’Europe, qui lui reprochait de mettre en avant ses valeurs chrétiennes pour ne pas répondre aux autres valeurs européennes de justice et de démocratie, qui d’ailleurs ne sont généralement pas plus respectées par les Pays fondateurs.
En devenant un autre moteur en dehors de la zone euro, la Pologne montre qu’elle sait aussi fédérer, avec également les Etats-Unis qui y investissent directement depuis longtemps et accroissent le déficit de balance avec les autres membres de l’OTAN. La Pologne achète hors Europe des matériels déjà disponibles sur étagère, et notamment en Corée du Sud, qui a aidé Sagem à se démarquer de ses maitres d’œuvres français. Elle le fait cette fois sans contreparties attaquables, en conformité avec les règles de l’UE, deviendra peut-être la nation la plus armée du centre Europe, voire de l’Europe, grâce peut être cette fois aussi avec des fonds autorisés européens, qu’elle reconnait désormais comme effet de levier, mais aussi un budget propre, apparemment relevé à 4% de son PIB. Elle va le faire d’ailleurs comme l’Allemagne, qui n’arrête pas de rajouter des milliards et se fait blâmer par la France, comme celle-ci le reprochait il n’y a pas si longtemps à la Suède avant de comprendre l’équilibre historique européen qu’elle ne peut qu’accompagner, n’étant plus assez forte individuellement. Reste à savoir par ailleurs si ses achats externes sont justifiés car les produits européens ne sont pas compétitifs, trop contraignants, inexistants ou s’il s’agit simplement de géopolitique.
La Pologne menaçait de passer outre l’accord d’exportation de l’Allemagne utilisant cette fois le jeu du « sans toi », et en « contre-leader », avec un certain nombre de pays en soutien et une Union Européenne en osmose ukrainienne, utilisant même un fonds pour servir de centrale d’achat, dans un domaine dépassant ses compétences. Les affrontements de même nature germano-polonais, vus dans l’environnement et l’économie, ne pouvaient se reporter aussi dans la défense sur une zone d’influence revendiquée et surtout protégée également par les Etats-Unis.
Les Polonais ont aussi une histoire allemande, et savent rappeler à la France qu’ils avaient acheté des avions en 1939, qui n’ont jamais été livrés, et que les pilotes ont dû partir en Angleterre pour continuer à se battre. Si la Pologne est entrée dans l’UE, elle sait nous rappeler qu’elle l’a fait avec son identité, qu’elle ne souhaitait pas se retrouver une nouvelle fois dépendante et qu’elle n’avait pas forcément le même projet politique. Elle assure son rôle dans le groupe V4 de Visegrad, créé en 1335 puis réactivé en 1993. Si elle continue sempiternellement de reprocher à la France de ne pas être intervenue lors des différentes invasions, oubliant l’Histoire un peu plus ancienne et la chute de l’Empire à cause notamment de la Campagne de Russie pour sécuriser la Pologne, elle s’affronte peu à peu à l’Allemagne, cette fois sur le terrain économique.
La Pologne a toujours cherché à se battre avec panache et se distinguer. Serait-elle un laboratoire ukrainien pour l’intégration, sauf pour quelques domaines, comme par exemple l’énergie où l’Ukraine maitrise déjà le nucléaire.
Il serait intéressant d’entendre ses dirigeants s’exprimer désormais sur le Triangle de Weimar institué en 1991, qui est plus qu’un axe, chacun pouvant discuter avec l’un des deux autres, en espérant que ce n’est pas le triangle des jeux psychologiques de Karpman où chacun a sa place en tant que victime, sauveteur ou persécuteur…
Le resserrement des liens, voire du label franco-allemand capable de prendre la bonne décision grâce à certains modèles de solutions
La France regarde vers le Sud, d’une part avec un traité franco-italien déjà mis à mal par la visite du Président ukrainien à Paris, sans inviter l’Italie, et d’autre part avec l’Espagne dans la défense et aussi avec le Portugal sur l’énergie verte, incluant désormais l’Allemagne. Celle-ci regarde vers l’Est mais avec une relation difficile avec la Pologne et pourquoi pas, du moment que cela est fait en intelligence et en complément, dans une certaine « boussole stratégique » qui, pour certains, n’en n’est rien mais appuyée aussi par le Parlement européen.
Les Français parlent de couple quand les Allemands parlent de moteur. Tout cela est lié à la culture. On ne sait pas forcément toujours bien pourquoi un couple se fâche entre les humeurs, émotions, raisons objectives et subjectives, les jeux de pouvoir et d’influence ! Un moteur est mécanique avec sa partie froide et chaude imbriquées ensemble dès la construction pour durer. La raison d’une panne est souvent vite trouvée, en fonction de sa construction et de son mode d’utilisation. Si un moteur a aussi une enveloppe, en revanche il n’a pas d’âme. Il convient de trouver une expression où l’un ou l’autre ne peuvent facilement se blâmer, comme c’est souvent le cas, mais simplement, savoir s’il faut et comment, relancer le moteur, changer les bougies, les injecteurs, faire de la maintenance permanente ou avec immobilisation, ou alors de façon prédictive.
Si les deux ont la volonté de réglementer l’export militaire ou de matériels sensibles, la façon d’y parvenir peut être différente sur une même destination. L’Allemagne a donné son accord sur la RGPD mais réaliser des affaires, elle certifie sur l’infrastructure du Cloud quand la France le fait sur les personnes, avec le risque avéré connu, et que dire sur la fiscalité, le social, l’énergie etc… Dans le domaine militaire, France et Allemagne s’affrontent, même sur la santé, alors que les compétences d’Etat-major de l’un et les compétences opérationnelles de l’autre peuvent être imbriquées. Il ne peut être pensable que certaines dispositions ou certains accords soient conclus pour éviter de limiter le pouvoir de l’un ou de l’autre, alors qu’il s’agit de les rendre les deux plus forts ensembles.
Les élément communs et compléments franco-allemands devraient les rendre tous les deux plus forts, comme entre pays de l’UE, sans chercher à imposer telle ou telle solution à l’un ni aux autres. La méthode souvent simple directive et tranchante française et la méthode consensuelle de coalition allemande ont chacune leur qualité et peuvent être choisie en fonction des sujets et circonstances. Les plans de relance ont été possibles grâce à la complémentarité entre le garant allemand et le financier français. La difficulté de création d’un label exportable européen, sujet récurrent de nombreuses agences européennes, qui ont les mains liées par leurs directions générales qui font la politique, est peut-être cet aspect multi-solutions dans une même membrane. Comme pour le Cloud, même si le miracle de la paix franco-allemande est un exemple dans le monde entier, il est temps aussi de faire réellement d’autres deuils, par exemple financiers sur les dettes de 1918 et 1945, peut-être rentrées dans la balance de l’acceptation de l’euro en compensation de la réunification.
Euro dollar, l’autre guerre sous-jacente liée à l’Ukraine ?
Si la guerre en ukraine reveille une certaine solidarité, sans doute parfois intéressée, certaines valeurs et certaines réalités, elle bouscule également les monnaies avec leurs jeux d’engrenage. L’euro qui protège est désormais à parité face au dollar qui se valorise aussi envers quasi toutes les autres monnaies. Les Européens savent heureusement se rassembler pour prendre des mesures fortes. La solidarité devrait aussi s’opérer entre banques centrales occidentales en oubliant certaines rancoeurs sous-jacentes.
Par François CHARLES
Economiste, conseil en stratégie, management et affaires européennes, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (IRCE).
Quand l’euro est fort, certains sont mécontents car cela limite l’export, sauf quand les productions sont externalisées, en oubliant le pouvoir pour les achats professionnels et surtout privés avec des taux faibles. Quand l’euro est plus faible, le vent souffle pour montrer ses risques face au dollar en redoutant la remontée des taux dont celui d’usure, alors que dans les années 1990, ils étaient de plus de 10% en France. Certains avancent que la faiblesse d’identité de l’euro à l’international est liée à la politique et la défense mais sans forcément vouloir chercher à indexer les achats d’énergie en euro avant que la crise actuelle, a priori impossible, n’arrive. Les dirigeants russes doivent apprécier, alors que les Européens ne voulaient pas payer leurs fouritures en roubles.
L’euro, poussée par la France envers l’Allemagne avec le soutien du Royaume-Uni qui a eu le droit de ne pas y passer, protege toujours face aux nombreuses crises connues depuis sa création. Elle vient encore de le faire en interne pour protéger ses consommateurs face aux augmentations énergétiques tarifaires. Le problème sera peut etre l’élasticité des règles de déficit de 60 et 3%, largement dépassée par certains pays et l’hypothétique remboursement de la dette, qui devait l’etre par les marchés…
Si l’euro, tellement fort, voire trop fort avant, pour ne pas empecher de dormir nos amis allemands, semble désormais plus faible, ainsi que les autres monnaies européennes principales face au dollar, il n’est pas forcément affichable que la zone euro soit faibles. Face au dollar, l’essentiel n’est-il pas une certaine parité, même si la BCE n’affiche pas de volonté de taux de change avec néanmions une veille sur le panier de biens.
On emprunte désormais en zone euro pour placer en zone dollar suite aux impacts de la guerre en Ukraine, qui devient l’alibi général à la mode, certes avec des Etats-Unis désormais autosuffisants en énergie, mais aussi par crainte de gestions nationales hasardeuses avec d’énormes déficits budgétaires alors que celui des US est abyssal. Mais peut-être considère-t-on aux Etats-Unis qu’il s’agit d’investissements pour aider l’Ukraine et ensuite bien entendu recevoir les dividendes avec la reconstruction du pays, ce qui diffère souvent des valeurs européennes. Alors que l’objectif est de gagner la guerre ou sinon enrayer l’épidémie, personne ne cherche d’ailleurs à savoir si les Etats-Unis, qui achetent pour leur compte pour fournir l’Ukraine, revendent ils finalement et à quel terme en prêtant aussi de l’argent ? Nul doute que l’Ukraine sera fourni ensuite en avions étasunien plutôt qu’européens.
Les Etats-Unis protectioinnistes en profitent aussi pour demander à leurs fournisseurs européens d’analyser désormais des productions locales soit disant pour éviter les ruptures de production liée à l’énergies et en profitent pour demander de baisse de prix. Peut-être devraient-ils aussi nous montrer un possible effort de parité et de solidarité en oubliant les anciens choix énergétiques naturels européens plutôt orientés vers la Russie.
Fumée blanche sur l'accord européen de protection tarifaire sur l'énergie - similitudes avec l'euro
Animé par la présidence tchèque, les ministres des finances des 27 sont convenus certaines mesures pour réguler les factures des consommateurs face à l'envollée des coûts de l'énergie en prévoyant notamment une taxation des super profits. Encore l'effet de levier de la crise a fonctionné.
l'UE va désormais au delà d'une simple facilitation et agit comme régulateur fort à partir de ses pays membres sur un domaine clé et stratégique et partagé, comme la défense et la santé, qui ne sont pourtant pas des domaines réservés ni meme partagés de la Commission, avec des prérogatives utilisant une nouvelle fois les stabilités du marché intérieur et économiques au delà d'une simple régulation que constituait l'Union de l'Energie à son démarrage.
Permettons nous un parralèle. On se souviendra aussi que si l'euro a provoqué une certaine inflation lors de sa mise en place, certes non reconnue par certains décideurs d'à lors, le socle qu'il représente est désormais une véritable barrière face aux crises que n'auraient pu gérer seuls certains pays.
F. CHARLES
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