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les rêves européens : le rendez-vous psychanalytique
CHAPITRE 1 - Le rendez-vous psychanalytique
La Scène se passe chez un psychanalyste – coach ….
Bonjour, j’espère que je ne suis pas trop en retard
Asseyez vous, il vous reste encore 45 minutes
Ah, bon oui c’est vrai, j’suis plus président
C’est parfois dur de redevenir normal
Comme vous dites !
Alors dites moi, que puis-je faire pour vous ?
Oh, c’est assez simple et à la fois compliqué
Je suis là pour ça
Heureusement que certains essaient de me comprendre
Je suis là pour ça
Alors voilà … euh… dites moi, ce qu’on se dit reste entre nous, hein parcequ’avec toutes les affaires qui courent, je n’voudrais pas que ça se sache trop. Je suis content que la salle d’attente soit de l’autre côté car chez un de vos confrères, j’ai eu la malencontreuse expérience d’entendre un ami alors que j’attendais mon tour. Et du coup je suis parti.
Alors dites moi
Je viens vous voir car depuis un certain temps je fais des rêves étonnants
Des rêves étonnants ?
Oui… disons.. historiques
Vous refaites l’histoire ?
Non, c’est plutôt l’inverse
L’inverse ?
Oui oui…. Des personnages illustres viennent me voir dans mes sommeils le soir et pendant mes petites siestes
Oh c’est un honneur !
Oui, oui mais j’aimerais savoir ce que je dois en conclure et en tirer et comment les faire éventuellement partir de mes songes. J’ai parfois l’impression qu’ils sont bien présents
Ah, la politique, ce n’est pas mon truc ni mon boulot
Mais il ne s’agit pas de ça, même si je sais que vous ne dites pas la vérité
Disons que j’en ai fait mon deuil
Et donc ?
Ils veulent me pousser à en reprendre pour un tour comme mon ami Berlusconi
Et cela vous déplaît ?
Non, mais oui enfin, je ne sais pas sauf qu’il ne s’agit pas de ce que vous pensez
Ah ?
Oui, une partie des militants, et même les autres quand je serai revenu, veut que je revienne pour remettre la France sur les rails, ce qui solutionnera beaucoup de choses à droite, sauf contre François Fillon qui va me causer bien des soucis…
Il s’agit de cela ?
Non…
S’agit-il d’une autre fonction ? directeur général du FMI ?...
Vous vous moquez ?
Euh non, maintenant que vous êtes conférencier
En effet, mais je m’ennuierais vite
Alors donc ?
Ils veulent que je m’occupe de l’Europe
Ah ? et cela vous déplaît-il ?
Eh bien, je ne sais pas
Mais si je me souviens bien, quand la France a pris la présidence du Conseil européen, vous avez su faire de grandes choses non ?
Oui, à part avec le Maghreb, comme ensuite avec « l’homme africain »
Oui mais l’Europe doit déjà être plus forte déjà à l’intérieur non ?
En effet, il faut sans doute remodeler tout cela et vos méthodes seraient sans doute les bienvenues pour faire comprendre certaines choses. Je les utilise parfois
Si vous le dites. Mais … que vous disent-ils au juste ?
Je vais vous le raconter
Combien sont-ils ?
Une dizaine
Ah
Ah ?
Oui… je vous propose de les traiter un par un
Bon
Une séance par personnage
Ah ?
Oui
Bon
Non ?
Si si… il faut tirer cela au clair
Bon
D’accord
A raison de 1 à 2h maximum par séance pour 10 séances
Euh..
Non ?
Si
Bien
Alors donc à la semaine prochaine
D’accord
Au fait, notez bien tout, et s’ils reviennent accueillez les avec bienveillance
D’accord
Je compte sur vous
A la semaine prochaine donc
Vous n’allez pas être déçu !
Avec vous ça m’étonnerait
Si vous le dites
Bien, les 45 minutes sont passées
Vous attendez qui ?
Ça vous intéresse ?
Euh non …
Ne le dites à personne, c’est François !
Fillon, ??????
Non… Hollande ! rassurez vous ! sourire ! allez à bientôt !
Le Rafale désormais un succès français mais également européen à l’export
Le schéma se répète. Il aura fallu une certaine crise sécuritaire, certaines prises de position diplomatiques, un euro moins fort et sans doute une douce violence pour faire aboutir les négociations afin que l’Inde, suivie par l’Egypte, financée par l’Arabie Saoudite qui achète à d’autres pays européens, et le Qatar puis prochainement d’autres, comme certainement les Emirats Arabes Unis, se décident à s’offrir cet avion polyvalent dont la valeur technique était reconnue depuis longtemps. Comme je l’écrivais lors de la vente du Gripen au Brésil, nous devons nous réjouir de ce succès français mais également européen, unis en interdépendance dans la diversité et non en éternels concurrents comme nous avons aussi hélas le faire en franco-français.
Par François CHARLES
Ancien responsable d’affaires industrielles internationales dont aéronautique et de la politique de compensations à la DGA, DESS Défense, Président de l’IRCE et de NOVIAL Consulting
Cette vente doit être un succès européen politique et diplomatique pour reconnaître certaines zones d’influence française, en complément de celles d’autres pays européens, dans une logique de représentation commune appuyée par la Haute Représentante des institutions. La vente au Moyen Orient répond à une nécessité de protection face à une menace de déstabilisation mais également à un besoin de double source d’approvisionnement et d’indépendance de certains pays de la zone face aux Etats-Unis ou la Russie. D’autres pays sont concernés dans le monde, comme par exemple le Japon qui a récemment signé un accord avec la France dans le domaine de l’armement, suite aux premiers échanges des années 90, afin de sortir du lien unique étasunien, en levant notamment désormais son interdiction d’exporter après avoir assoupli sa notion d’autodéfense.
Elle doit être un succès européen marketing, commercial et technologique sur le produit, sa maintenance et sa gouvernance de fabrication. Les choix de défense sont certes politiques mais se confortent d’éléments technologiques et économiques pour répondre à un besoin opérationnel et parfois uniquement de dissuasion. Le Rafale est un produit haut de gamme multirôles à la fois bombardier, chasseur, avion de reconnaissance et adaptable sur porte avions, ce que ne sont pas, par exemple, le Gripen ni l’Eurofighter Typhoon (EFA). Cette caractéristique peut être importante dans certains cas pour satisfaire les attentes des clients, non forcément identiques, comme nous l’avons vu au Brésil et en Suisse qui n’avaient pas besoin d’un tel avion à tout faire au détriment cette fois-ci du Rafale. Comme il convenait de reconnaître le succès du Gripen, avion européen, j’espère que les Suédois comme les autres industriels et pays européens reconnaissent officiellement le Rafale sur certains marchés et peuvent l’aider avec leurs différences. Et c’est bien la force potentielle de l’Europe de pouvoir proposer cette diversité de produits, de savoirs faire et de savoir être avec une spécialisation de ses pays et ses industriels unis pour des projets externes. Ceci soude souvent les organisations même si une concurrence interne et constructive peut y être saine, comme il convient même de l’instituer au sein de cluster ou de pôles de compétitivité. Peut-être doit-on aussi finalement considérer l’avion F-35 américano-européen comme tel pour nous aider à nous organiser, comme les Etats-Unis l’ont fait pour nous pousser à la construction de l’Europe ? En matière de gouvernance de projet, il s’agit du choix d’un constructeur unique d’un pays unique qui est certes fragilisé tant que l’avion ne se vend pas à l’export, contrairement aux autres pays qui achètent en commun et font travailler leurs propres industriels en garantissant un carnet de commandes. C’est l’exemple de l’EFA avec des achats sûrs en Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, qui savent aussi réduire les montants initiaux, et à l’export en Arabie Saoudite, Autriche et Oman. Le Rafale parait cher mais l’équation globale semble gagnante car contrairement au civil et au succès d’Airbus, qui fait la guerre tous les jours, le coût de production en commun dans la défense reste plus élevé de par une industrie « protégée » car liée aux intérêts des nations avec néanmoins les limites économiques que l’on sait qui peuvent parfois pousser à la raison. MDBA semble être un exemple de modèle industriel original au service de la défense européenne. Il s’agira aussi de veiller avec soin sur l’ingénierie et les coûts de maintenance et de leur facturation, où l’EFA n’est pas non plus un modèle du genre alors que l’expérience Tornado pouvait le bonifier. Nous pouvons aussi partager nos compétences dans ce domaine désormais clé, également pour la vente, avec un rôle de l’OCCAR, agence internationale, garante de l’équilibre à la fois d’une contractualisation et d’une gestion de configuration initiale forte. Elle doit aussi s’intéresser à la gestion en utilisation avec la considération des identités respectives propres aux réalités liées à la défense loin de répondre volontairement à l’accompagnement au changement. Le management de projet A400M cherche sans doute à réduire les risques de déperdition par une unité de management unique mais sans doute au détriment de cette identité qui doit être préservée comme nous le préconisions dans notre étude sur les meilleurs modèles de coopération industrielle, une sorte de cohabitation entre le moule Airbus et le modèle multidomestique Thales. Espérons enfin que le Service Industriel de l’Aéronautique français rattaché encore à l’Etat sera mis à contribution pour ces compétences en maintenance même pour ce contrat export.
Elle doit être enfin un succès européen sur les compensations réclamées. Les ventes d’avions de chasse, mais aussi de biens à haute valeur technologique sont particulières. En dehors théoriquement de l’Union où l’on tente de faire respecter la directive européenne de 2009 sur les marchés de défense et de sécurité dans une plus grande logique de transparence des marchés et de coopération, elles s’accompagnent quasi-systématiquement de compensations industrielles, financières et/ou commerciales au-delà de la formation des pilotes, d’ailleurs souvent payée. Elles dérogent généralement aux règles du commerce international au profit du pays acheteur, de ses industriels et de son développement économique, avec un jeu de négociation portant sur la valorisation des éléments de haute technologie et notamment face au Buy American Act imposant jusqu’à 75% d’implication industrielle locale, un des points qui pourrait être remis en cause dans le Traité Transatlantique. Même si poussées politiquement, elles peuvent rendre les ventes peu rentables et finalement non justifiées économiquement pour le vendeur ou son pays ne sachant pas les expliquer dans l’approche globale de la transaction (votation Suisse contre le Gripen). D’un aspect positif, elles peuvent permettre par contre de créer des liens nouveaux entre PME sous-traitantes, qu’il ne s’agit pas non plus de remplacer d’un coup de crayon comme autrefois, comme l’ont bien compris les Britanniques. Ces ventes au Moyen Orient ont un avantage car les pays arabes sont pour l’instant moins gourmands en transferts de technologie. Elles ont aussi un inconvénient quand l’industriel ne parvient pas à réaliser ses obligations indirectes qui ne rentrent pas dans son domaine d’activité où quand l’Etat tutelle en impose en signant directement des engagements avec l’état acheteur. Revenant sur la pensée européenne, j’émets le vœu pieux que les autres pays européens et leurs industriels aident la société Dassault Aviation et la France, si elles l’acceptent à remplir ses engagements de façon décloisonnée comme nous l’avions essayé de l’instituer en France dans les années 90 à travers toute la communauté industrielle et étatique de défense, gage ultime de qualité face notamment à la politique du carnet de chèque étasunienne généralement employée.
La faillite de la politique de voisinage de l’UE
L’Italie vient de connaître le deuxième grand naufrage d’immigrés voulant aborder ses côtes depuis la Libye. Mais ne devrions nous pas dire l’Europe ? Sommes-nous encore dans la stratégie de la ligne Maginot ou allons nous prendre enfin conscience qu’il s’agit d’une vraie crise commune aussi grave que celle de l’Ukraine ? C’est une preuve de la faillite de la politique de voisinage, du projet EUROMED, de la défense et de la gouvernance européenne dont il faut remédier.
Par François CHARLES
Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe. www.irce-oing.eu
Qu’il s’agisse de la séparation du bon grain de l’ivraie entre les migrants demandeurs d’asile menacés dans leur pays et qui peuvent être protégés et les autres qui profitent de l’aubaine de ce flux et doivent rentrer dans leur pays, voire ne pas le quitter, avec la mise en place de certaines mesures fortes comme le fait par exemple la Suisse.
Preuve de la faillite de la politique de voisinage car on voit bien que l’investissement que l’Union Européenne réalise chez de nombreux pays partenaires, même non candidats à l’intégration, pour consolider les aspects de démocratie, d’état de droit, de droits de l’homme, de gouvernance, d’économie de marché et développement durable, afin notamment de limiter l’immigration non contrôlée, avec une limite d’ingérence, parfois délicate, ne sert à rien. Cette politique institutionnelle de l’UE est de plus en décalage avec la gouvernance dans le cas de l’immigration qui doit aujourd’hui être gérée localement.
Preuve de la faillite d’EUROMED car on voit bien que les flux les plus risqués viennent d’Afrique et du bassin méditerranéen et qu’une vraie politique d’interdépendance et de responsabilisation doit désormais être faite avec une forte communication, plus qu’une pédagogie, pour dire aux populations certaines réalités avant qu’elles ne s’engagent dans l’inconnu bien plus risqué que leur vie actuelle sauf s’il s’agit d’une action programmée.
Preuve de la faillite de la défense car ces flux de migrants demandeurs d’asile sont surtout indirectement liés à des décisions militaires d’intervention extérieure impliquant certains états européens, dont la France, avec absence de vraie décision européenne, pour lutter contre le terrorisme mais sans voir les effets sous-jacents de flux migratoires potentiels comme on l’a vu aussi avec l’Ukraine et la faillite de l’absence de prise en compte du grand voisin russe et de ses effets induits. J’ai été à la fois fier et honteux de cacher une certaine vérité quand un Malien m’a dit « merci à l’Europe » en voyant mon épinglette européenne, même si certains états, individuellement, ont contribué à un soutien logistique. La délégation limitée à l’agence FRONTEX, qui évacue le problème, doit être renforcée par une force d’action rapide maritime européenne, comme nous l’avons demandé en 2014, afin de surveiller et protéger l’espace maritime des navires de contrebande comme nous savons le faire en mer d’Oman contre la piraterie. Le plan Mare Nostrum italien doit devenir européen avec des contributions diverses en matériel, hommes, budget et soutien logistique. L’imbrication UE/OTAN pour des missions de sécurité civile pourrait y voir aussi un sens.
Preuve enfin et surtout de la faillite de la gouvernance, notamment sur un des domaines généralement réservés d’une politique fédérale touchant la sécurité des frontières mais qui n’est pas le cas de l’UE. Les compétences partagées entre l’UE et les Etats membres expriment leur limite dans cet exemple où l’Etat membre qui reçoit doit traiter le problème avec sa législation, les autres pouvant lui renvoyer la charge. Plus qu’un jeu psychologique, il en va d’une incohérence une fois de plus réaffirmée entre une Europe institutionnelle qui se veut forte mais uniquement sur le papier alimentant de ce fait les nationalismes réactionnaires et légitimés. Nous nous retrouvons dans un cas traditionnel de management des organisations où il convient de transformer le « chacun pour soi » et « ce n’est pas mon problème » dans la création d’une équipe performante auto-responsabilisée et interdépendante où tout le monde devient concerné avec des institutions « porteuses de sens ». Cela ne remet pas en question ni nos propositions de groupes de cohérence de fonctionnement, ni Schengen qui doit fonctionner. Comme dans les risques naturels, ce n’est pas parce qu’un barrage est en amont qu’il faut s’empêcher d’entretenir et surveiller les canaux au-delà. Une coopération européenne police et gendarmerie doit également désormais dépasser le noyau dur actuel. Notons que nous entendons plus actuellement l’ancienne ministre italienne à l’immigration, devenue désormais députée européenne, que la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Frederica Mogherini, elle aussi d’ailleurs italienne, mais ne devant plus défendre son seul pays.
UKRAINE : OBJECTIFS ET REALITES
Veuillez trouver ci-joint un long article "Ukraine : objectifs et réalités" qui fait suite à "Ukraine, rappel de l'histoire" et bien avant "Faut-il sauver le soldat Ukraine" et "La Crimée ou la MESORE de Poutine ?"
En accord avec l'esprit de l'IRCE, Il se veut écrit à charge et à décharge et constitue une base de travail pour une prochaine et potentielle action de tentative de résolution durable du conflit
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Crise ukrainienne : Objectifs et réalités (1)
| Crise ukrainienne : Objectifs et réalités (1)
Par François CHARLES Conseil en stratégie et management, Ancien officier de l’armement, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe
Nous pourrions reprendre les mots de Napoléon au traité de Tilsit face à Alexandre 1er : « au nom de quoi combattons nous ? ». Les lunettes sont différentes. L’UE se bat pour un espace de paix et de sécurité quand la Russie se bat pour un territoire. Au sein même de l’UE et de la France, certains se battent pour défendre ce peuple contre l’oppresseur en oubliant les réalités d’une intégration aux hormones, ou alors défendre l’oppresseur lui-même victime, pour mieux en accuser d’autres et faire apparaître une autre idée nationaliste ou européenne construire autrement, oubliant parfois aussi certaines réalités.
N’oublions pas non plus que les deux grandes puissances qu’étaient alors la France et la Russie ont repris leurs hostilités non pas uniquement à cause de la rupture du blocus par la Russie, qui en mit un autre sur les produits de luxe, mais sans doute surtout par un deuil non fait de la défaite d’Austerlitz comme le relève V. Fedorovski. Je maintiendrai donc pour ma part que si V. Poutine n’a pas fait le deuil de la grande Russie soviétique incluant les républiques non encore membres de l’UE, qui acceptent de travailler avec la Russie sans être pour autant considérées comme russes, il n’a pas fait non plus et surtout celui de l’Allemagne de l’Est. Un peu comme si un couple se séparait sans pour autant que l’un ou l’autre puisse refaire sa vie. Rappelons-nous enfin que si la Russie a alors été appelée à sauver l’Europe, elle l’a fait sans y voir uniquement les intérêts polonais, zone tampon sous la bienveillance de la France depuis 1806, comme la Belgique l’est de la Grande Bretagne depuis 1815 !
Les réalités en Ukraine
L’Ukraine n’est ni la Pologne et un amalgame de peuples, ni la Finlande unie et forte mais un mélange des deux avec une identité qui se réveille par la crise. Dans ses attitudes, elle ressemble davantage à la Russie où la force l’emporte, qu’à l’Europe occidentale et surtout à l’Allemagne, pays de consensus, qui existait pourtant en Ukraine entre l’est et l’ouest jusqu’à ce que les manifestants de la place Maidan jouent l’antithèse du jeu du Schlemiel en poussant à l’exil l’ancien président ukrainien avant qu’il ne recommence de tirer sur la foule, qui avait d’ailleurs provoqué la chute des Romanov ou qu’il continue dans la corruption.
S’agissant de son poids, l’Ukraine n’est pas n’importe quel pays. Elle possède une très grande superficie, une énergie nucléaire à rénover, un lien de proximité avec la Russie avec notamment un énorme pipeline allant en Allemagne, en République tchèque et Hongrie puis sans doute prochainement d’autres pays sud européens, et qui sera rénové grâce à un prêt de 150 millions d’euro (die Zeit 5 déc). Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que l’Ukraine est très pauvre, à commencer par la diaspora russe qui la dénigre en se demandant : pourquoi nous y intéressons-nous ?
L’objectif des Ukrainiens est double désormais : intégrer l’Union européenne pour des raisons économiques mais également pour se libérer définitivement de la dépendance russe tout en continuant si possible ses échanges commerciaux et ses liens industriels. Dans sa conférence de presse, une fois réfugié en Russie, l’ancien président ukrainien semblait mettre en avant le problème d’écartement des voies pour ne pas adhérer à l’UE, cachant sans doute les pressions exercées par Moscou. C’était oublier que l’Union ,co-finance largement les infrastructures des pays impétrants.
Le vote législatif en Ukraine - celle qui a pu voter - est majoritairement pro européen avec quelques bémols quant à l’attitude à adopter vis-à-vis des Russes. Les dernières élections législatives de 2014 ont laissé certains fauteuils vides suite à l’annexion de la Crimée et aux réalités dans la zone Est où le Front Populaire l’a emporté devant le bloc de Petro Porochenko suivi par l’Union Samopomichtch (autonomie) du maire de Lvov (Marianne n° 915).
L’élément positif est que cette radicalisation ne semble pas liée à une nostalgie néo-nazie en terme d’idéologie mais plutôt à un signe de résistance au voisin russe. Certains y verront les mêmes causes et les mêmes effets. Elle entretient par contre une grande volonté d’éradication de la corruption. Quand certains accusent le gouvernement ukrainien d’être en partie pro nazi, ont–ils vécu dans ces pays ? N’ont-ils pas une certaine volonté à montrer une résistance face aux Russes ?
Les deux bastions d’Ukraine de l’est que sont Donetsk et Lougansk, sont en fait deux sous pays et républiques différentes avec des Premiers Ministres et des gouvernements. On peut y rajouter les trois républiques cosaques autoproclamées (Financial Time 7 décembre) espacées de 3 heures de route. Elles sont soutenues par Moscou mais non officiellement sans avoir toutefois l’intention de les annexer, comme en Crimée et en Géorgie. Pour la secrétaire générale de l’Union des Comités des mères de soldats créé en 1989, la présence des forces russes en Ukraine est illégale (le monde 8 déc.) à part la présence de soldats russes en Crimée de par l’accord de 1997. La guerre en Ukraine est différente de la situation à Grosny, où les militaires étaient officiellement « en vacances » (sorte de team building récréatif…) car cela dure et que personne ne sait où les soldats sont envoyés car en plus, les militaires doivent signer une clause de confidentialité, ce qui protège aussi VP sur ses actions. Certaines exactions, contraires aux droits de l’homme, comme en ex Yougoslavie ou pendant la période non contrôlée de la libération, semblent même avoir eu lieu. Au de- là de la parade avec des prisonniers, selon le FT du 7 décembre, la libération de la ville de Slavansk a fait apparaître une fosse avec 14 corps. La diaspora pro russe aime à montrer des enfants soldats en disant qu’ils sont considérés comme des terroristes, alors qu’ils feraient mieux d’aller à l’école …
La crise ne date pas d’hier. Selon toujours le FT du 7 décembre, le gouvernement ukrainien avait demandé informellement en 1994 à Donetsk si l’envie d’une plus grande autonomie existait avec la volonté de conserver la langue russe, hélas sans suite. Même si le gouvernement est revenu en arrière sur la langue, il est indéniable et compréhensif que les russophones de l’Est ne souhaitaient pas se retrouver comme ceux des pays baltes, devenus « non citoyens » car ne parlant pas la langue.
Autres réalités : la catastrophe de l’avion civil abattu et la résistance étrangement efficace des séparatistes démontrent que ces derniers sont alimentés soit par d’anciens stocks ukrainiens, soit par les Russes, comme pour l’invasion de la Crimée avec des véhicules sans plaque descendus du ciel, soit par le saint esprit… la Russie dément bien entendu toute implication pour ne pas déclarer ouvertement la guerre et tenter de tirer quelques ficelles. Il était également étonnant que le convoi humanitaire ait été prévu alors que les magasins ukrainiens étaient encore approvisionnés…
Le cessez-le- -feu entre Kiev et les séparatistes a été signé le 5 septembre 2014 après environ 4000 tués. Il a tout de même changé beaucoup de choses. On compte beaucoup moins de victimes (quelques centaines), les gens retournent travailler (sans salaire) et déambulent dans la rue même pendant les quelques jours chauds d’octobre. Les chiffres du ministère de la défense ukrainien sont souvent plus élevés que ceux de l’OTAN ce qui démontre aussi une certaine sagesse de cette dernière.
Le 16 septembre deux lois ont été adoptées apparemment sans débat (Marianne n° 915) et divisant les responsables comme la population, accordant un statut spécial aux régions de Donets et Louhansk avec une amnistie pour les combattants. Les sondages affichent que la majorité des Ukrainiens est pour la continuation de la guerre.
Depuis la guerre contre la Russie, un certain sentiment national apparaît plus fort qu’auparavant. La population a pris les choses en main depuis les événements de Maidan mais aussi en tabassant des parlementaires et les mettant dans des poubelles sous prétexte de soutenir la modération et donc les séparatistes ! (Marianne n° 915). Certains groupes comme le parti radical emploient aussi les manières fortes pour tabasser les actuels ou anciens séparatistes voyant que le pouvoir n’agit pas. … révolutions arabes ou française ?
Pour autant, le Président Poroshenko se veut positif. Dans un article au Wall Street Journal le 5 décembre, il déclare qu’« après des décades de tragédies et d’instabilité, l’Ukraine est finalement prête à construire un Etat fort ». nouveau parlement pro-européen en place, trois portefeuilles ministériels attribués à des étrangers pour conduire les réformes nécessaires à l’élaboration de critères professionnels et éthiques, lutte contre la corruption notamment pour mener à bien l’agenda d’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union Européenne La mise en place de ministres étrangers, comme auparavant en Russie, mais aussi dans certains pays d’ex-Yougoslavie, pour leur compétences mais aussi une certaine absence de corruption dans les gênes, est une voie de sagesse et de développement.
Pour les ukrainiens, comme pour les insurgés, l’objectif est de passer l’hiver. Janvier 2015 a vu de nouveaux combats à Mariopol, à proximité de la Crimée voisine.
Les réalités en Crimée
Le coup de force a commencé au lendemain de l’inauguration du port militaire ukrainien soutenu par l’OTAN. Ce fut sans doute la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
La Crimée avait demandé son rattachement à l’Ukraine qui l’a accepté quand elle a été cédée par la Russie, dont les dirigeants en gardaient le lien. Souvenons-nous que la Crimée était depuis toujours le lieu des vacances d’été des dirigeants russes avant 1991.
Considérant le faible cordon ombilical entre l’Ukraine et la Crimée, comme je l’ai écrit dans « la Crimée ou la MESORE de Poutine », la Crimée peut être la meilleure solution de rechange sans perdre la face pour chacune des parties. Les occidentaux peuvent considérer que la Russie a violé le territoire alors que celle-ci s’estime être dans son bon droit. Considérant la Crimée comme la Tchétchénie, territoire de la Fédération de Russie, la diaspora russe à Paris fait même le parallèle de la Crimée, voire de l’Ukraine, avec une région française qui se serait soulevée. Notons que les personnes qui n’ont pas voulu devenir russes sont toutes fichées.
Un projet de pont est lancé entre la Crimée et la Russie voisine et l’aide économique russe est attendue. A suivre.
Les réalités entre l’Ukraine et la Russie
L’enfant adapté rebelle Ukraine, mais pays souverain, même si Kiev reste pour les Russes la mère des villes de Russie, veut désormais confirmer son démarquage avec la Russie Le sentiment bienveillant des Ukrainiens, qui existait dans le pays envers les Russes, semble aujourd’hui cassé et les parties occidentales et orientales se rejettent. Si la crise dure, comme dans toutes les formes d’organisation, la population prendra aussi les choses en main. Feront-ils le deuil comme entre Français et Allemands où il est plus facile de parler d’Allemagne nazie pour ne pas dire et même penser qu’ils s’agit des Allemands en général alors qu’Hitler était une vraie star dans son pays avant l’invasion de la Pologne et les tapis de bombe alliées sur les villes.
On peut aimer la Russie des tsars, la Russie démocratique qui a rétabli les religions, la Russie qui se comporte avec force, fidèle à son état d’esprit, face au terrorisme, mais pas celle qui alimente un conflit en Europe, utilisant la manipulation, le mensonge et la fourberie des pseudo- négociations pour ne pas perdre la face. Beaucoup se demandent vers qui se tourner entre les Russes ou les Américains alors que là n’est pas la question. Pour certains, nous assistons à une révélation de ce que n’était pas la Russie et sa pseudo ouverture, comme une personne que l’on apprend à connaître sous stress avec ses cotés obscurs révélés.
Revenant sur les propos de l’Ukraine pauvre, on peut se demander pourquoi la Russie et Vladimir Poutine ne s’y sont pas intéressés plus tôt avec une aide économique dès qu’ils le pouvaient. Nous y reviendrons dans la partie sur les options de maintien ou de sortie de crise.
Les réalités des liens entre l’Ukraine et l’UE
La guerre économique avait remplacé la guerre militaire en Europe mais c’est bien elle qui cette fois-ci a enclenché le conflit militaire. Pour l’UE, l’intégration de l’Ukraine fait partie d’une logique de territoire de paix et de sécurité par des voies économiques et structurelles.
Les liens ne datent pas d’hier. Les relations politiques et économiques se sont développées depuis 1998 par l’accord de coopération dans le domaine des réformes, qui visait bien déjà une pré-adhésion à terme et peut-être trop précipité. Ces actions sont également inscrites dans la politique de voisinage de l’UE visant à réduire les risques de déstabilisation économiques et sociaux aux abords des frontières. Nous n’avons guère entendu M. Poutine s’opposer à cet accord durant tout ce temps alors qu’il a usé de pressions et de jeux psychologiques (Schlemiel, ce bon vieux Joe, sans toi …) qui ont abouti à plusieurs milliers de morts mais sans implication officielle, comme au temps de la guerre froide, un deuil non fait sans doute en connaissance de cause.
Un accord d’association mis en place en 2012 et confirmé en 2013 par un agenda. Le réel besoin économique ukrainien annoncé fut de 12 milliards d’euros. Je parlais de syndrome de l’Allemagne de l’Est rappelant que cette dernière était essentiellement retombée dans le giron de l’ouest par banqueroute financière. Mais si la Russie n’avait pu l’aider en son temps, il en est autrement pour l’Ukraine.
Un gel est arrivé en novembre 2013 au sommet de Vilnius sous prétexte, par le président ukrainien, de refus des contraintes européennes. C’est là que l’on peut penser que les Européens ont peut être voulu aller trop vite dans une notion d’intégration avec ce pouvoir qui ne le souhaitait pas forcément. On se souviendra de la fuite de Frédéric III la veille de signer le couronnement du roi de Bourgogne qui visait à rétablir la paix avec la France …
Ont suivi les événements de la place Maidan où les pro-Russes et la diaspora crient pour leur part à la théorie du complot ainsi que l’invasion et l’annexion de la Crimée. En mars 2014, le Conseil de l’UE condamna la violation de la souveraineté territoriale de l’Ukraine qui avait pour sa part accepté le stationnement de la flotte en Mer Noire par une convention de 1997. L’accord UE / Ukraine sur l’intégration économique et l’association politique fut confirmée (CQFD plus avant) le 27 juin avec le nouveau gouvernement avec une recherche de solution pacifique dans les discussions avec la Russie sur le gaz. Ces dates, ainsi que les sanctions prises par l’UE et par la Russie, ne l’oublions pas, ont été détaillées dans la présentation de l’IRCE sur cette crise et l’impact sur les entreprises faite devant le MEDEF et ci-après.
Une intégration rapide semble être en marche, sans doute trop rapidement au moment où la planche à secousse économique donne à plein. Certes le pays souffre d’une même légitimité sécuritaire que les autres pays de l’Est rentrés en masse 1991 pour fuir si possible définitivement le régime soviétique et qui semblent économiquement bien se comporter, avec une culture industrielle et travailleuse. Il va nous falloir accueillir cette volonté d’intégration comme je l’ai déjà écrit dans « faut-il sauver le soldat Ukraine »
Quant à ce Parlement un peu « dur », on peut aussi se demander si finalement est-ce aussi bon pour l’Union européenne si le pays l’intègre quand on s’émeut de la gouvernance hongroise…
A SUIVRE : OBJECTIFS ET REALITES (2) |
MERCI CHARLIE POUR L'EUROPE
| MERCI CHARLIE POUR L’EUROPE
Par François CHARLES Conseil, coach et formateur en stratégie et management, ancien officier de l’armement, Président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe
L’Europe s’est réunie avec de nombreux dirigeants pour réaffirmer son identité et ses valeurs. Elle a souvent besoin de thérapie collective contre un risque invisible quoique sous-jacent. Le Premier ministre français a été applaudi debout par les députés en affirmant qu’il était légitime d’être fier d’être Français. Profitons de ce drame français pour progresser dans l’optique de notre fierté d’être Européens, unis dans la diversité avec nos propres identités et nos différences qui en font sa force. Et la France a su montrer une fois de plus qu’elle apportait quelque chose à l’Europe, qu’elle avait eu raison d’être présente au Mali, supportée matériellement par ses partenaires même s’ils n’envoyaient pas de troupes sur le terrain. Je préfère souvent dire quelle France pour l’Europe, pour mieux avancer, que l’inverse.
Le peuple et les 50 chefs d’Etats et de gouvernements n’étaient pas en colère pour la même chose Ils se sont retrouvés pour montrer leur solidarité, pour dire que les terroristes ne pourront être tranquilles dans un pays. Ils se sont réunis comme toutes les facettes d’un diamant, composante d’un même bijou. Nous retiendrons cette image émouvante et émotionnelle du couple franco-allemand, comme celle aussi des représentants du moyen orient réunis par la France et l’Europe. Nous remarquerons certaines présences sans doute opportunistes et étonnantes mais encore une fois, tout le monde n’était pas là pour la même chose.
On peut comprendre que tout le monde ne soit pas « Charlie » ni n’apprécie ces caricatures qui insultent même si c’est « pour rire ». Chacun ses lunettes. De même qu’il est délicat de comprendre sans juger le fait que certains jeunes qui ne veulent pas faire la minute de silence considérant qu’ils n’ont eu « que ce qu’ils le méritaient », oubliant les otages tués dans l’hyper Casher.
Certains étaient là pour la liberté d’expression (d’habitude face à un pouvoir), d’autres contre l’extrémisme, le terrorisme et pour un espace de paix et de sécurité contre désormais simultanément des risques diffus (le terrorisme masqué) et les menaces identifiées (un état dit islamique identifié géographiquement avec une armée). D’autres étaient là contre le racisme et l’antisémitisme, d’autres pour essayer d’être forts face à la terreur, d’autres pour la démocratie, la laïcité, pour la république (même si les monarchies européennes n’ont pas à rougir), d’autres pour avoir le droit de regarder dans les yeux ceux qui ne supportent pas le nôtre par suspicion ou haine. D’autres étaient en colère contre le fait d’utiliser les balles contre les opinions. D’autres étaient là pour réaffirmer les bases de notre espace de paix et de sécurité.
Pour autant l’Europe chrétienne ne doit pas tomber dans le piège de partir en croisade contre l’Islam, où veulent nous emmener ces terroristes qui font dans notre monde désormais civilisé ce qu’il est permis de faire dans le nouveau Khalifa, même si Dieu n’a jamais demandé de tuer et même si nous l’analysions peut-être autrement au temps révolu des croisades. Ne remarque-t-on pas des attitudes de plus en plus radicales et haineuses de la part des personnes qui s’estiment incomprises par le système et qui en recréent un autre à leur pensée en s’enfonçant dans le côté obscur de la force ? Ne s’agit-il pas d’une guerre de religion arrivée sur notre sol sans chercher l’alibi de la crise sociale et économique ? N’assiste-t-on pas à une impression que cette réaction n’a fait que renforcer le désir de frapper ? Qu’en est-il de cette Europe qui se veut forte sans comprendre les différences ? Ecoutons le pape qui nous donne encore la voie de la sagesse, comme je l’écrivais dans l’article « urbi et orbi pour l’Europe » : « s’exprimer librement est un droit fondamental mais n’autorise pas à insulter la foi d’autrui » (Le Point). Tout le monde n’aime pas l’Europe, tout le monde n’a pas la foi pour lui-même ni pour autrui. Il serait dommage que l’identité européenne naisse d’un tel constat. Il serait dommage qu’une bonne guerre réunisse tout le monde, et même la Russie.
Et maintenant ? Sur quels sujets et quels thèmes aller de l’avant ? Tout le monde est-il lié ? Nous avions vu Vladimir Poutine côtoyer certains chef d’Etat pour les fêtes du débarquement pour ensuite rappeler qu’il y avait eu plus de soldats russes tués, repris en coeur par les anti-étasuniens français, en oubliant les réalités de la technique russe de la boucherie et du rouleau compresseur. Mais il ne s’agit pas ici de régulation entre chefs d’états sauf peut être avec l’Etat islamique qu’il ne faut bien entendu pas reconnaître.
Le deuil est en cours. Le coup de théâtre plus ou moins attendu et le déni ont vite laissé place à la colère et désormais il est temps pour l’analyse et l’action. Ce drame français partagé au niveau européen appelle des mesures françaises qui doivent être partagées de la même façon pour la sécurité en Europe.
Tout en prenant en compte ce besoin d’identité, cette crise peut faire avancer notre gouvernance et placer enfin la sécurité et la défense dans les compétences exclusives régie par règlements comme dans tout système fédéral sans avoir peur de perdre son identité et en comprenant enfin qu’ensemble nous sommes plus forts si nous savons trouver une interdépendance.
Il est temps d’avoir une réponse cohérente de l’UE comme le réclament en partie le président du Conseil européen et le Premier ministre français (Les Echos 14 janv.), de renforcer les frontières Schengen mais aussi de l’intérieur, comme les cloisons de la coque d’un même bateau, de créer des quartiers à risques avec cloisonnement, d’accroître les échanges de fichiers des données sur les passagers comme ce l’est encore pas le cas voyant bien que l’aéronautique reste une compétence nationale avec les difficultés que cela crée aussi au niveau de Ciel Unique. Il est temps de renforcer la coopération policière, instituer une DGSI européenne, instituer une force d’action rapide navale européenne en méditerranée, étendre l’académie européenne de gendarmerie, mieux formaliser les analyses de risque, ne pas baisser les actions de politique extérieure comme en Ukraine mais aussi en Lybie comme s’émeuvent le Premier ministre italien ainsi que la nouvelle représentante des affaires extérieures, d’origine italienne qui ont une légitimité historique pour en parler.
C’est le moment d’élargir le noyau dur du Conseil National de Sécurité, dont une identité européenne, de prendre en compte les outils d’efficacité de l’OTAN sans chercher à les dupliquer mais en sachant les intégrer avec une réelle interdépendance étasunienne qui semble être prête à coopérer non seulement à sens unique.
Enseigner les valeurs européennes de paix et de sécurité comme enseigner la pédagogie de la laïcité française, comme autrefois quand existait le service militaire, doit être considéré comme une opportunité de dialogue et de prise de conscience avant qu’il ne soit trop tard. Une majorité d’électeurs a voté Front National car lui seul sait les entendre comme dans d’autres pays. La radicalisation religieuse sait écouter et convertir des personnes calmes comme le volcan mais qui savent aussi exploser quand la goutte fait déborder le vase. A ce même titre, certains politiques ou responsables étatiques et administratifs nationaux et régionaux peuvent, par leur simple volonté de pouvoir sans écoute ni bienveillance, empêcher des actions de communication européenne au risque de radicaliser certains experts et certaines populations. Est-ce cela que nous voulons pour l’Europe dont la France et ses 27 partenaires ? |
MES VOEUX EUROPEENS POUR 2015
En ce premier janvier, où vous pourrez désormais découvrir la Lituanie et où nous pouvons désormais accueillir nos amis sans changer de monnaie, le conseil d'administration de l'IRCE se joint à moi pour vous souhaiter une merveilleuse année 2015 pleine de santé, de bonheur et de réussite pour vous, vos familles et vos proches ; Pour continuer sur cette image du diamant sur laquelle je communiquais l'an dernier, je souhaite pour l'Europe, que les idéalistes européens d'un seul moule comprennent la volonté d'identité réaliste et réalisable de chaque peuple qui apparaît souvent lors des élections ; Je souhaite que les idéalistes nationaux comprennent que ces peuples aspirent néanmoins à vivre ensemble dans un monde de paix mais surtout d'échanges économiques, et qu'ils sont prêts à profiter d'une certaine normalisation ; Je souhaite qu'élus et institutionnels trouvent le chemin de l'écoute et de la pédagogie avec une légitimité reconnue et je souhaite que les citoyens sceptiques s'intéressent aux institutions et à leurs actions de façon constructive ; Je souhaite que les dirigeants nationaux, comme les entreprises, comprennent la possible interdépendance entre les Etats dans les domaines clés et stratégiques, notamment sur l'énergie et la défense ; Je souhaite que nous comprenions que nous pouvons être plus forts ensemble au delà de la simple addition de km², d'habitants et de poids du PIB et je sais que certains diront de dettes ; Je souhaite que les pays les plus avancés comprennent pourquoi l'UE aide financièrement les pays rentrants afin de consolider nos économies mais qu'elle doit le faire avec mesure ; Je souhaite que les entreprises comprennent que l'UE a misé sur elles depuis longtemps pour la création de richesses notamment avec la recherche ; Je souhaite que les perfectionnistes et les libéraux comprennent que le système actuel peut être revu et corrigé en instituant notamment des groupes de cohérence de fonctionnement et qu'il est parfois important de consolider les acquis internes pour être plus forts avant toute nouvelle approche commerciale ; Je souhaite que nous n'ayons plus besoin de la Chine ni des Etats-Unis d'Amérique pour comprendre nos atouts économiques et nos armes commerciales, ni de la Russie, pourtant si proche et en grande partie européenne et qui n'a pas fait le deuil de l'échec apparent de sa grande Europe, pour parler d'une seule voix en terme de politique extérieure et de défense ; Je souhaite que les européens des capitales comprennent le rôle clé des régions pour tester et mettre en place certains projets notamment transverses et je souhaite aussi que les européens et les élus des régions comprennent le rôle souvent initiateurs et bienveillant des institutions ; Je souhaite que le modèle particulier engagé pour l'Europe sur le fond et la forme, d'une part fédéral dans son fonctionnement peut-être avec une subsidiarité non reconnue et sans avoir encore intégré les domaines traditionnels régaliens, et d'autre part confédéral dans sa politique générale, trouve ses marques et pourquoi pas dans un système d'Etats-nations ; Je souhaite que nous avancions ensemble à la fois dans un certain équilibre mais dans une nouvelle force motrice économique créatrice de richesses et une composante sociale créatrice d'épanouissement ; Je souhaite qu'une identité propre apparaisse pour que nous puissions dire que nous sommes fiers d'être européens, unis dans la diversité. François CHARLES Président de l'IRCE Institut de Recherche et de Communication sur l'Europe
www.irce-oing.eu L’Ukraine, ou le recommencement de l’histoire
Affaire ALSTOM - ma lettre à A. Montebourg
Monsieur le Ministre,
Je tenais personnellement à vous féliciter pour votre intervention dans la négociation du dossier ALSTOM que j’ai suivi avec attention avec certains de nos membres devant cette alerte de perte de compétence au profit d’une entité non européenne.
Par vos actions, accompagnées par le premier ministre et le Président de la République, vous avez su créer une interdépendance entre d’une part la conservation d’un savoir-faire français dans l’énergie et dans les transports et d’autre part l’apport étasunien qui était certes déjà en relation industrielle mais qui plus est représentait un endormissement potentiellement alarmant bien connu dans l’armement européen.
Bien au fait des réalités de ces dossiers depuis mon passage au service des affaires industrielles de la DGA en charge d’affaires nationales, européennes, étasuniennes et asiatiques, j’ose croire que vos actions vont initier une vraie politique industrielle européenne, qui veille trop à la concurrence interne sans mener de réelle politique externe, et gommer la faillite de notre système d’intelligence économique à la fois national et européen, sur lequel nous travaillons, qui attendait peut-être une légitimité à son existence.
La tentative d’offre concurrente, certes avec le Japon, qui cherche aussi une certaine autonomie avec les Etats-Unis, comme avec le reste du monde, était sans doute opportune. Pour autant, si l’AIRBUS de l’énergie, voire des transports, n’est pas encore éteint, il est toujours possible. Rappelons-nous que les AIRBUS volent avec des CFM 56 qui ont sauvé SNECMA en son temps et qui représentent une des meilleures coopérations transatlantiques tout en conservant une compétence nationale éprouvée et reconnue. AIRBUS et ARIANE ESPACE sont pour l’instant les seul champions européens qui ont créé l’Europe avec la bienveillance de la Commission européenne qui sait donc agir politiquement car il n’existe aucune concurrence interne, ce que les autres secteurs peuvent envier à l’aéronautique. Rappelons-nous enfin, en clin d’œil franco-allemand, que si un moteur, notamment européen, semble être un seul bloc, il comporte toujours une partie froide et une partie chaude bien distincte qui ne les empêchent pas de fonctionner ensemble.
En espérant avoir le plaisir de vous rencontrer à Paris ou en Bourgogne, pour échanger sur ce sujet comme sur d’autres, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées et mon profond respect.
François CHARLES
Président de l'IRCE
les plages du débarquement de l'humanité
La France vient d’accueillir de nombreux chefs d’Etat à l’occasion du 70° anniversaire du débarquement de Normandie. Plus qu’une commémoration, cet événement se voulait être une occasion de plus pour la paix, toujours en Europe, pourtant bien des années plus tard. Plutôt désormais qu’aller en Suisse, pour régler les conflits, peut-être faudra-t-il désormais aller sur ces plages qui pourraient devenir patrimoine mondial de l’humanité et nous souvenir qu’une guerre économique, comme celle déclenchée en Ukraine, pour choisir entre l’Est et l’Ouest, peut faire ressortir la menace des canons.
Par François CHARLES Conseil en stratégie et management, président de l’Institut de Recherche et de Communication sur l’Europe (IRCE)
Le débarquement du 6 juin 1944 fut un déclencheur de victoires des alliés avec la reprise de la progression en Italie et la grande bataille de Biélorussie après avoir certainement agi sur le moral allemand et peut-être des Russes. Après avoir demandé un second front, Staline voulait peut-être aussi ensuite sa propre victoire qui impressionna et commença même à inquiéter. Une fois en Allemagne, la progression des forces alliées occidentales avait été facilitée par les populations qui ne souhaitaient plus la guerre et redoutaient plus encore les Russes par leur attitude dure qui fut ensuite menée dans les pays sous influence. Vladimir Poutine le sait bien, ayant fait ses débuts en Allemagne de l’Est devenue exsangue.
Il ne s’agissait pas du premier débarquement en Europe mais de l’opération la plus grande entre les alliés occidentaux, dont la France, qui permettait ensuite de foncer sur Paris puis l’Allemagne. Les Français allaient enfin être « libérés » des Allemands, comme certains voulaient être libérés des Russes, comme avant ou après certains voulaient être libérés des Français, des Espagnols, des Portugais ou des Anglais puis des Britanniques ou d’autres nationalités pourtant civilisées.
Certains ont reproché la présence de la chancelière, et notamment Valery Giscard d’Estaing qui l’a jugé comme une absence de sens. On se souviendra qu’il avait pleuré quand les Allemands avaient à nouveau défilé sur les Champs Elysées. C’est peut-être oublier que le plus souvent les guerres sont décidées par des hommes et des femmes élues, d’ailleurs comme Hitler au départ, ou proclamées, ou par les militaires souvent rancuniers et non par le peuple, souvent mis à l’index, comme les Russes sifflés à l’Eurovision, qui souhaite souvent ensuite tourner rapidement la page. Ce sont aussi les politiques et parfois les militaires qui savent aussi recréer un terrain favorable aux dynamiques communes et redonner confiance.
Peu ont par contre reproché la présence de Vladimir Poutine, qui représentait donc la demande Russe mais qui avait surtout été invité par François Hollande pour croiser Barack Obama et revoir, en dehors de son pays, la chancelière parlant comme lui russe et allemand. On se souviendra aussi de l’apport de N. Sarkozy pour la question géorgienne. La discussion de 20 minutes entre V. Poutine et le président ukrainien P. Porochenko a été ensuite la cerise sur le gâteau avec certainement un dialogue adulte et interdépendant qui a plu à V. Poutine qui a peur mais qui mène lui aussi une politique de voisinage. Pour son investiture, P. Porochenko a conservé son discours proeuropéen, a refusé le fédéralisme dans son pays mais s’est surtout voulu rassurant en prenant en compte la langue russe contrairement aux pays baltes. Les critères d’intégration à l’UE, si intégration il y a, n’en seront que mieux respectés. Reste la question de la Crimée qui n’est pas considérée comme une solution de sortie de crise par tous et qui pourra être traitée comme une carte de négociation.
Qu’a donc V.Poutine derrière la tête, lui qui essaya de valoriser les agressions reçues par les pays russophones, comme d’autres l’ont fait autrefois pour envahir la Tchécoslovaquie et la Pologne, mais a pourtant compris que les Ukrainiens de l’Est ne souhaitaient pas majoritairement rejoindre la Russie. V. Poutine, qui est là pour longtemps, a besoin d’être rassuré et rassurer son peuple qui n’est pas forcément bien informé. Quand il dit que si l’Ukraine rejoint l’OTAN, et si cette dernière y installe des bases, il ne pourra y rester insensible, de quoi a-t-il donc peur ? Peut-être n’a–t-il pas fait le deuil de la perte de l’Allemagne de l’Est ou de la puissance de la Russie de Pierre le Grand. Peut-être n’a-t-il pas compris que l’Europe n’est pas offensive mais qu’elle est devenue plus forte bien qu’elle tremble face à la Russie avec laquelle elle cherche aussi à entretenir ses liens naturels ? Peut-être n’a-t-il pas compris qu’un pays qui rentre dans l’UE ou dans l’OTAN peut également en sortir sans représailles ? Peut-être devrions nous aussi échanger plus souvent nos lunettes.
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